close

Une question ou une remarque? Faites-le nous savoir!

Syndicaliste // Confédération des syndicats chrétiens (CSC) // Secrétariat de rédaction // Donatienne Coppieters // syndicaliste@acv-csc.be // Besoin de plus d'informations? Visitez www.cscmilitants.be

Terug naar huidig nummer

INTERVIEW /

«Le gouvernement vide les caisses de la sécurité sociale»

TEXTE Bram Van Vaerenbergh / PHOTO Shutterstock / 13 MAI 2026 / temps de lecture 5 minutes

Le gouvernement Arizona ne cesse d’étendre le cadre des flexi-jobs et des jobs étudiants. Or, ces deux statuts pèsent déjà lourdement sur le budget: 380 millions d’euros pour les flexi-jobs et 750 millions d’euros pour les jobs étudiants. Ce phénomène illustre ce que l’on appelle le «syndrome belge»: les charges élevées qui pèsent sur le travail ne sont pas traitées de manière structurelle, mais compensées par des exonérations fiscales. «Quand les recettes de la sécurité sociale s’amenuisent, c’est finalement tout le monde qui en paie le prix», explique Hielke Van Doorslaer, économiste politique et chercheuse au groupe de réflexion Minerva.

Les flexi-jobs, les jobs étudiants: tout le monde en a déjà exercé un ou connaît quelqu’un qui en a un. Mais en quoi ces statuts fragilisent-ils la sécurité sociale?

Le problème dépasse le cadre de ces deux statuts et s’inscrit dans une logique d’ensemble. Dans notre pays, nous essayons d’alléger la forte pression fiscale nominale sur le travail en multipliant les mesures d’exception ou les «échappatoires»:
flexi-jobs, jobs étudiants, plans cafétéria, sociétés de management… Mais ces palliatifs n’effacent pas le problème de fond. Au contraire, ils rendent le système plus complexe et tarissent les recettes de l’État et de la sécurité sociale.

À l’origine, les flexi-jobs ont été introduits dans le secteur de l'Horeca. Ne répondaient-ils pas à une certaine logique?

En effet, leur création dans le cadre du «plan Horeca 2015» s’inscrivait dans une démarche cohérente, limitée à la commission paritaire de l’industrie hôtelière. Ce secteur se caractérise par une main-d’œuvre abondante, avec de nombreux pics d’activité, un grand besoin de personnel flexible et une tradition historique de travail au noir.
Après l’introduction de la «caisse blanche», on a cherché un moyen de répondre à ces enjeux, ce qui était légitime. Mais aujourd’hui, en étendant les flexi-jobs à l’ensemble des secteurs, cette logique sectorielle a complètement disparu. Pourquoi tous ces secteurs ont-ils soudainement besoin d’un tel mécanisme d’exception?

L’exception est donc devenue la règle?

Exactement, l’exception est devenue structurelle, perdant du même coup toute légitimité. Aujourd’hui, les flexi-jobs sont défendus parce qu’ils sont fiscalement avanta-geux, tant pour le travailleur que pour l’employeur. Cela ne constitue pas pour autant une véritable politique de l’emploi. En généralisant ce dispositif à tous les secteurs, les emplois classiques et réguliers pourraient progressivement être remplacés par des statuts moins coûteux. Résultat: des recettes en baisse pour la sécurité sociale, sans création d’emplois à la clé. Par ailleurs, cette politique est beaucoup trop peu évaluée. La seule évaluation officielle réalisée par la Cour des comptes, en 2019, se limitait au secteur de l'Horeca, auquel la mesure était initialement destinée. Elle révélait déjà qu’un flexi-job sur trois entraînait le remplacement d’emplois fixes.

ronde-foto-hielke.png

«Pourquoi tous ces secteurs ont-ils soudainement besoin d’un tel mécanisme d'exception?»

Hielke Van Doorslaer
(Denktank Minerva)

Et qui supporte en définitive le coût de cette politique?

En premier lieu, la sécurité sociale, car les cotisations sociales perçues diminuent.
Mais les travailleurs les plus précaires en pâtissent tout autant. Les flexi-jobs menacent de remplacer les emplois d’insertion classiques. Or, ces emplois sont importants pour les personnes qui éprouvent des difficultés à trouver du travail: les personnes peu qualifiées, les jeunes diplômés, les demandeurs d’emploi, etc.
Le paradoxe n’en est que plus évident. Le gouvernement affiche sa volonté de mettre davantage de personnes au travail et d’accroître le taux d’activité mais, dans le même temps, il mène une politique qui rend ces emplois peu qualifiés plus attractifs pour ceux qui travaillent déjà. Il permet ainsi aux étudiants et aux travailleurs hautement qualifiés ou bien rémunérés de concurrencer les groupes vulnérables pour accéder aux mêmes postes. Mais si ces publics fragilisés restent plus longtemps au chômage, cela nuit à nouveau à la sécurité sociale.

Et quelles sont les répercussions pour notre économie?

Ce mécanisme nuit également à notre productivité. Beaucoup de flexi-jobistes sont diplômés du supérieur ou exercent déjà une activité principale. Ils ont une activité complémentaire fiscalement avantageuse dans des emplois souvent bien en-deçà de leur niveau de qualification. À l’échelle macroéconomique, on incite donc les individus à délaisser des activités plus productives pour des occupations qui le sont moins. On subventionne ainsi un travail à faible productivité.

Le problème est-il similaire pour les jobs étudiants?

Nous observons une profonde évolution de ce statut. Là où il ne permettait autrefois qu’un nombre limité de jours de travail par an, il autorise désormais jusqu’à 650 heures, soit près d’un tiers d’un temps plein. L’attrait fiscal pousse de plus en plus d’étudiants à travailler. Mais cette décision a des conséquences: si les étudiants travaillent davantage, ils consacrent moins de temps aux études. Il n’est donc pas étonnant qu’ils mettent plus de temps à terminer leur cursus.
Et le gouvernement s’empresse alors de reprocher aux étudiants de ne pas étudier assez efficacement ou de ne pas prendre suffisamment leurs responsabilités.
Les autorités considèrent ce phénomène comme un problème individuel, alors que ce sont précisément ces politiques qui incitent les étudiants à faire du travail leur activité quasi principale.

Certains rétorquent que les individus cherchent simplement à avoir plus d’argent net à la fin du mois. Peut-on vraiment le leur reprocher?

Non, du point de vue individuel, c’est parfaitement compréhensible. Si les gens ont la possibilité de gagner un peu plus en bénéficiant d’avantages fiscaux, il est tout à fait logique de le faire. La responsabilité n’incombe pas au travailleur ou à l’étudiant, mais à la politique qui les y incite. C’est pourquoi nous devons mener le débat collectivement. Ce qui semble avantageux au niveau individuel peut se révéler très néfaste pour l’ensemble de la société. Quand les recettes de la sécurité sociale s’amenuisent, c’est finalement tout le monde qui en paie le prix.

Cotisations et droits sociaux réguliers pour les étudiants jobistes:

750 millions d’euros

Que propose la CSC?

La cotisation spéciale des étudiants jobistes serait alignée sur la cotisation normale applicables aux travailleurs salariés. Les étudiants se constitueraient également des droits sociaux proportionnels aux périodes prestées.

Pourquoi?

Le travail étudiant est actuellement moins cher pour l’employeur que le travail régulier, mais il est aussi moins avantageux à long terme pour l’étudiant jobiste.
Les étudiants qui travaillent durant leurs études perdent rapidement trois ans de droits sociaux pour la constitution de leur pension.

Quels seraient les bénéfices?

Percevoir des cotisations normales par l’intermédiaire de l’ONSS tout en accordant les droits sociaux correspondants permettrait de dégager 750 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Cotisations et impôts réguliers pour les flexi-jobs:

380 millions d’euros

Que propose la CSC?

Actuellement, les travailleurs en flexi-job ne paient ni cotisations sociales personnelles ni impôts sur le revenu. Grâce à cette mesure, nous instaurerions à la fois des cotisations et des impôts pour les travailleurs en flexi-job.

Pourquoi?

L’exonération fiscale accordée aux flexi-jobs rend le travail flexible attractif pour ceux qui cherchent à exercer une activité complémentaire, mais cette mesure s’applique au détriment des cotisations des travailleurs fixes. À travail identique, un travailleur fixe conserve un salaire net bien inférieur. Inversement, les travailleurs peuvent occuper des flexi-jobs moins productifs de manière plus avantageuse, et malgré tout conserver davantage qu’avec leur emploi fixe. Ce statut détourne une partie de la main-d’œuvre vers des secteurs moins productifs, au détriment des travailleurs qui ne peuvent trouver un emploi que dans ces secteurs. Il en résulte également une redistribution fiscale injuste entre les travailleurs, car la charge fiscale pèse de manière disproportionnée sur les travailleurs fixes.

Quels seraient les bénéfices?

Grâce aux cotisations versées à l’ONSS et à l’impôt des personnes physiques, cette mesure pourrait rapporter environ 380 millions d’euros en 2026, calculés sur la base du nombre de travailleurs en flexi-job en 2025. Ce montant est amené à croître, à mesure que le nombre de flexi-jobistes continue lui aussi de progresser d’année en année.

Related articles