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FACE À FACE /

Aurore De Keyzer: «Être féministe aujourd’hui, c’est se battre pour l’intérêt de toutes et tous»

INTERVIEW & PHOTO Donatienne Coppieters

Les mesures du gouvernement Arizona ne sont pas neutres en termes de genre. Elles fragilisent les pensions, la santé et l’équilibre entre vie privée et professionnelle, ce qui impacte davantage les travailleuses. Face à ces menaces, Aurore De Keyzer, responsable des Femmes CSC, souligne l’importance des mobilisations syndicales et collectives pour préserver les acquis sociaux, unir les luttes et contester une vision politique hostile aux femmes.

En préparation de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, pourquoi avoir mis en avant comme premier thème celui du backlash?

Le concept de backlash désigne l’idée que, dans un continuum de temps, les avancées sociales sont suivies de reculs. Comme le disait Simone de Beauvoir, il suffit d’une crise pour que les droits des femmes soient remis en question. Autrement dit, rien n’est jamais définitivement acquis.

Aujourd’hui, ce retour en arrière est visible sur plusieurs fronts. Par exemple, le droit à l’avortement est de nouveau contesté dans certains pays où il avait été dépénalisé. En matière de droit du travail, les réformes de l’Arizona ramènent parfois les conditions de travail à une époque antérieure à la création des syndicats, dans les années 1.800, en durcissant les conditions d’accès à la pension ou en rendant la conciliation vie privée-vie professionnelle quasi impossible.

Le choix du thème du «backlash» pour ouvrir le dossier pédagogique (1) s’est donc imposé comme une évidence, car il reflète l’air du temps. On observe aujourd’hui une corrélation entre la montée de l’extrême droite et la mise en place de politiques «anti-
femmes». Le gouvernement Arizona est un véritable «boys club» qui ne réalise aucune analyse de genre, mène des politiques d’une violence incroyable pour les femmes, sans que cela semble les inquiéter. Face à cette menace, le rôle des Femmes CSC est de se battre pour inverser cette tendance et défendre les conquis sociaux.

Ces mesures concernent pourtant aussi bien les femmes que les hommes…

En effet, ces attaques concernent tous les travailleurs, mais les femmes sont les plus touchées. Par exemple, les nouvelles conditions pour obtenir une pension complète pénalisent lourdement les carrières féminines, souvent marquées par des temps partiels involontaires, des pauses-carrières, des arrêts pour soins aux enfants ou comme aidante-proche. Le gouvernement voulait même ne pas prendre en compte les congés de maternité dans le calcul de la pension.

Grâce à la pression syndicale et aux manifestations de ces derniers mois, le gouvernement a dû reculer sur certains points du texte des pensions, comme la garantie du congé de maternité pour le calcul de la pension.

La rue a une voix, et c’est en maintenant cette pression que l’on peut faire reculer un gouvernement qui affiche du mépris pour la concertation sociale.

Quelles sont les thématiques qui préoccupent le plus les Femmes CSC actuellement?

Trois thématiques majeures sont particulièrement préoccupantes cette année. En plus de l’enjeu des pensions, deux dossiers impactent particulièrement les femmes. D’une part, la flexibilisation toujours plus grande du travail: le manque de prévisibilité des horaires et la réduction des primes de nuit nuisent gravement aux femmes qui s’organisent en fonction de leur charge familiale.

D’autre part, le «congé sac à dos» qui vient complexifier le crédit familial. Ce projet porté par le CD&V est un système où les parents et les grands-parents pourraient prendre un congé pour garder un enfant. Chaque enfant aurait ainsi un «sac à dos» dans lequel les proches pourraient venir puiser. Cette proposition manque totalement d’analyse genrée. On risque de voir majoritairement les femmes (ou les grands-mères) être les utilisatrices de ces congés, ce qui les pénalisera davantage sur le marché du travail. Nous voulons des congés payés où les femmes ne perdent pas de revenu. Mais il faut également renforcer les offres de services publics comme les crèches. Et bien évidemment, que les pères jouent leur rôle aussi à ce niveau-là.

 

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«Les femmes sont les premières cibles des mesures Arizona.»

AURORE DE KEYZER

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Alors qu’on n’interroge jamais un homme sur sa capacité à gérer ses dossiers après la naissance d’un enfant, cette réflexion est systématiquement adressée aux femmes. La victoire sur les congés de paternité est présentée comme un enjeu crucial pour repartager le travail domestique et familial. Ce rééquilibrage dans la sphère privée a un impact direct sur la vie professionnelle des femmes, leur évitant de se retrouver avec des pensions misérables à cause de carrières hachées ou non pensées pour la maternité. En somme, ces aménagements ne sont pas des problèmes, mais des opportunités pour favoriser la rétention des talents dans les entreprises.

En quoi une journée comme le 8 mars est-elle importante?

Les journées des 8 et 12 mars sont cruciales pour montrer la puissance de la mobilisation collective. Le 8 mars permet de se coaliser avec le monde associatif et féministe pour revendiquer des droits de citoyennes à part entière. Le 12 mars, les femmes se placeront en bloc de tête pour montrer qu’elles sont les premières cibles des réformes Arizona.

Cette lutte est d’autant plus nécessaire que les femmes sont les premières victimes des maladies professionnelles et de longue durée, souvent dues à l’augmentation des cadences et à la «double journée» (travail et famille) qui n’est pas reconnue.

Malgré un gouvernement très à droite, la résistance est possible. L’histoire sociale montre que les femmes ont toujours été à la pointe des combats. Le «backlash» est une vague, un mouvement de l’histoire, et il est essentiel de rester mobilisés pour que la vague remonte vers plus de droits.

Pourquoi est-il important de garder un groupe spécifique Femmes CSC?

Certains pensent que la question des femmes devrait être uniquement transversale, mais sans une structure spécialisée, l’analyse de genre disparaît. Il faut des personnes qui possèdent ce «filtre» pour décoder les mécanismes sexistes et le patriarcat. Être féministe aujourd’hui, ce n’est pas être contre les hommes, c’est lutter pour l’égalité et l’équité (voir p. 28-29) et la justice.
Quand on améliore les conditions de vie et les salaires des femmes, c’est toute la société et le pouvoir d’achat des ménages qui en bénéficient.

Qu’attendez-vous des hommes et des délégués syndicaux dans les luttes féministes?

Les hommes et les délégués masculins doivent être considérés comme des alliés essentiels. De la même manière que les femmes soutiennent les grèves dans les secteurs majoritairement masculins (comme l’automobile), les hommes ont toute leur place dans les mobilisations pour les droits des femmes, car il s’agit d’un combat commun pour les travailleurs. Le 8 mars, leur rôle est d’être présents et de porter nos revendications. Mais sans monter sur le podium pour prendre la parole à la place des femmes.

L’enjeu est également de former les délégués masculins aux questions d’égalité homme-femme et au sexisme ambiant. Cette approche gagnant-gagnant permet de recruter davantage de femmes, notamment dans les corps spéciaux (pompiers, police, militaires), renforçant ainsi la force militante globale sans que cela soit perçu comme une menace pour les places des hommes.

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