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FACE À FACE /

Cédric Simon: «Plus que jamais, il faut se revendiquer antifasciste»

INTERVIEW & PHOTO Donatienne Coppieters / 14 JANVIER 2026 / TEMPS DE LECTURE 5 minutes

L’antifascisme traverse aujourd’hui une crise de perception. Longtemps considéré comme une évidence démocratique, il est désormais fragilisé par une propagande de droite et d’extrême droite qui l’associe à la violence ou au terrorisme. Quelles sont les associations antifascistes aujourd’hui en Belgique? Qui sont les «antifas» vite réduits à des «casseurs» dans les manifestations syndicales et autres actions? Cédric Simon, permanent interprofessionnel à la CSC de Bruxelles, membre CSC du Front antifasciste bruxellois et, à ce titre, de la Coordination antifasciste de Belgique, fait le point sur ce mouvement.

Dans quel contexte la coordination antifasciste a-t-elle été créée et qui en fait partie?

La Coordination antifasciste de Belgique (Cab) a été créée en février 2024 à l’initiative de plusieurs fronts locaux, dont le Front antifasciste de Liège et le Front antifasciste bruxellois (Fab) dont la CSC Bruxelles et le Moc Bruxelles font partie. Dans un contexte préélectoral de montée de l’extrême droite en Wallonie (via le parti Chez nous) et en Flandre, diverses organisations - syndicats, mouvements d’éducation populaire, partis et organisations de jeunesse - se sont rassemblés autour d’un texte commun affirmant des valeurs antifascistes et démocratiques.

La Cab fonctionne comme une coordination interrégionale large et pluraliste. Toute organisation peut y participer à condition d’adhérer au texte de référence. Elle regroupe principalement des fronts antifascistes locaux, mais aussi des organisations nationales pour qui l’antifascisme est central. La Cab joue un rôle de réseau, soutenant et relayant les appels des fronts locaux. Ses assemblées générales se tiennent en fonction des besoins, notamment lors de campagnes ou mobilisations importantes. Les décisions se prennent par consensus.

Le profil des militants est varié, avec une forte présence de jeunes et de personnes issues du monde syndical. À Bruxelles, la convergence avec les quartiers populaires s’est renforcée, notamment après les attaques racistes à Molenbeek. Dans une ville cosmopolite particulièrement ciblée par l’extrême droite, il est essentiel pour les acteurs syndicaux de se tenir aux côtés de ces mobilisations.

Quels sont les objectifs et moyens de la Cab?

Son objectif est de construire un mouvement antifasciste de masse, populaire, large et unitaire au sein duquel tous les progressistes puissent se retrouver. Elle souhaite aussi renforcer les alliances au sein de la société civile, en lien avec les dynamiques syndicales.

La Cab cherche principalement à mobiliser contre l’extrême droite dans le cadre de manifestations (comme le 16 juin 2024 au lendemain des élections) ou de rassemblements. Ces mobilisations peuvent être de petite envergure et impliquer les militants les plus engagés comme elles peuvent être plus massives, ce qui est pour nous un objectif central.

La Cab met aussi en commun des outils pour les fronts locaux, comme la «valise à outils» destinée à sensibiliser et former. Un sous-groupe de travail a été créé pour mutualiser les outils des différentes associations membres de la Cab: formations, actions, supports pédagogiques…

Le Front antifasciste bruxellois (Fab), de son côté, organise des ciné-débats, des formations et des activités en collaboration avec le Moc ou le Cepag, pour aller vers les jeunes et les quartiers. La CSC Bruxelles investit aussi ce champ, en organisant des formations interprofessionnelles pour outiller ses militants et contrer les idées réactionnaires. Deux journées sont d’ailleurs prévues en février 2026 (voir Bon à savoir). L’éducation populaire est un moyen pour éviter l’entre-soi et s’ouvrir à un maximum de milieux sociaux. Elle reste une arme puissante du mouvement ouvrier face à la puissance médiatique de la droite et de l’extrême droite.

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«L’éducation populaire reste une arme puissante du mouvement ouvrier face à la puissance médiatique de la droite et de l’extrême droite.»

CÉDRIC SIMON

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Pourquoi le mouvement antifasciste est-il stigmatisé en Belgique?

Sur le plan idéologique, une réflexion s’impose parce que l’antifascisme est devenu un terme sulfureux. Historiquement, des organisations comme la CSC et le Moc sont intrinsèquement antifascistes: le modèle belge de concertation sociale est issu du Pacte social de 1944, conçu, finalement, pour conjurer définitivement le fascisme. Mais aujourd’hui, ce mot est dévalorisé par une propagande de la droite et de l’extrême droite, qui l’associe à la violence et au terrorisme. Trump, par exemple, a qualifié les «antifas» d’organisations terroristes, une rhétorique déjà bien connue en Europe et en Belgique, mais aujourd’hui amplifiée. Le Vlaams Belang notamment, mais aussi des partis politiques aujourd’hui au pouvoir ont repris cette idée, proposant d’interdire les organisations antifascistes.

Cette évolution est inquiétante: elle fragilise l’antifascisme et pousse certaines organisations progressistes à s’en distancier. Aujourd’hui, le terme «antifascisme» a été récupéré par la droite et est devenu presque suspect à gauche. On assiste à une redéfinition du concept qui marginalise l’antifascisme et ouvre la voie à des interdictions sous prétexte de lutte contre l’extrémisme. L’avant-projet de loi Quintin est exemplatif de cette dérive.

Comment la Cab se positionne-t-elle par rapport aux actes délictueux et aux violences dans les manifestations commises par des personnes identifiées comme «antifas»?

Certains antifascistes se revendiquent de l’autonomie, une tendance proche de l’anarchisme. Parmi eux, certains recourent parfois à des actions pouvant entrainer des dégradations matérielles, comme le 14 octobre 2025, contre l’Office des étrangers, symbole d’une institution jugée oppressive. Ces pratiques, souvent associés aux tactiques de «black blocs», suscitent des désaccords et des débats internes: si la colère est comprise, les modes d’action sont plutôt critiqués au sein de la Cab car ils risquent de produire l’effet inverse et empêchent la participation de personnes peu à l’aise avec ce type d’action. Pour autant, nous refusons de nous indigner de petites dégradations matérielles sur la devanture d’une institution comme l’Office des étrangers dans un contexte où la Belgique est condamnée des milliers de fois pour défaut de droit d’asile. Nous avons en tête les mots d’Elder Camara: la première des violences, mère de toutes les autres, est institutionnelle.

Même si certaines méthodes d’action peuvent être discutées et critiquée, il faut défendre les jeunes en colère, dont la révolte est légitime face aux injustices. Leur mobilisation antifasciste est forte: lors de la venue de Jordan Bardella à Bruxelles, le 13 novembre 2024, 1.500 à 2.000 personnes, surtout des jeunes, se sont rassemblées au pied levé, à l’appel de la Cab, pour dire non à l’extrême droite. Cette manifestation largement pacifiste a été durement réprimée.

L’inquiétude des jeunes est réelle: ils voient l’extrême droite progresser partout, y compris au sommet de la première puissance mondiale, et constatent que des figures influentes promeuvent ouvertement des idées fascistes. Leur peur de l’avenir est profonde et leur révolte ne peut pas être réduite à du vandalisme.

Comment renforcer le mouvement antifasciste aujourd’hui?

Dans ce contexte, la Cab défend une stratégie de massification: construire un rapport de force en nombre avec pour mots d’ordre la lutte contre l’extrême droite et contre la casse sociale qui l’accompagne.

Il est crucial que les organisations syndicales et le mouvement ouvrier s’investissent pleinement dans la lutte antifasciste, malgré ses contradictions. Plus nous y serons investis, plus nous seront en mesure d’en faire une force de rassemblement. Notre représentativité et notre force collective font de nous des acteurs incontournables pour contrer l’extrême droite. L’alliance entre syndicats et société civile, dans le cadre des coordinations antifascistes, est perçue comme la condition d’une mobilisation massive et efficace. Assumer une posture antifasciste claire est une nécessité et à ce titre, l’investissement de la CSC pour combattre l’avant-projet de loi Quintin est un signal fort. Il montre bien que nous, syndicalistes, défendons la démocratie contre les dérives autoritaires et que nous sommes donc, nécessairement, des antifascistes.

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