FACE À FACE /
Malika Borbouse: «La diversité est une précieuse richesse»
TEXTE Donatienne Coppieters / PHOTO Robin Nicolas / 8 avril 2026 / temps de lecture 3 minutes
Le 23 mars, à l’occasion de la Journée internationale contre le racisme, les militants du service Diversité de la CSC sont descendus dans les rues de Bruxelles avec deux cortèges. Sur fond de musique glaçante, un cortège d’hommes blancs vêtus de noir, identiques et sinistres, incarnant une société uniformisée, celle souhaitée par l’extrême droite. Il était suivi de près par un second cortège de femmes et d’hommes de toutes origines, vêtus de couleurs chatoyantes, chantant et dansant, incarnant une société riche et heureuse de sa multiculturalité, sur fond de musique joyeuse. Malika Borbouse, responsable du service Diversité de la CSC, nous explique la démarche.
Qu’est-ce qui vous a motivé à organiser cette action du 23 mars?
L’objectif premier était de rappeler le sens du 21 mars, une date dont beaucoup ont malheureusement oublié l’histoire. Le 21 mars 1960, en Afrique du Sud, plus de 70 manifestants pacifistes noirs ont été massacrés par la police blanche. Six ans plus tard, l’ONU a fait de cette date la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.
Nous aurions aimé pouvoir dire en 2026 que le racisme appartient au passé, mais ce n’est clairement pas le cas. Partout, les politiques d’extrême droite gagnent du terrain. Le contexte géopolitique actuel ravive également les tensions et les haines.
Le cortège noir illustrant une société sans diversité est un scénario qui ressemble à ce que certains dirigeants mettent déjà en place ailleurs, avec beaucoup de violence, aux États-Unis ou en Hongrie par exemple.
Quel message voulez-vous transmettre au public?
Nous voulons poser une question simple: «Votre société, vous la voulez avec ou sans diversité?». Les passants recevaient un flyer avec deux QR codes renvoyant vers deux vidéos: l’une présentant une société sans diversité, l’autre, une société inclusive et solidaire. (voir ci-dessus).
Le racisme est-il en recrudescence en Belgique?
Le racisme reste le critère de discrimination le plus signalé en Belgique. Les signalements pour racisme auprès d’Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations, ont encore augmenté en 2025. Et c’est dans le monde du travail que l’on retrouve le plus grand nombre de signalements, mais les plaintes n’aboutissent pas nécessairement. Pour donner une idée de cette réalité, un licenciement lié à une grossesse aboutit à une sanction dans 55,4% des cas. Un signalement pour racisme n’aboutit à des sanctions que dans 20,4% des cas. Ces chiffres montrent à quel point la lutte contre le racisme reste difficile, mais doit continuer à être menée.
Quel rôle les syndicats doivent-ils jouer face à la montée du racisme?
Un rôle majeur. Le racisme se manifeste fortement dans le monde du travail, et nous devons accompagner les délégués, les former, les soutenir. Concrètement, le service Diversité, qui dispose d’un ou d’une permanente Diversité dans chaque fédération régionale, accompagne les délégations dans le déploiement d’actions concrètes. Nous avons aussi développé des initiatives concrètes que les délégations syndicales peuvent mettre en place pour faire reculer le racisme et les discriminations au travail.

Malika Borbouse: «Notre action du 23 mars voulait montrer que la diversité est une richesse, et qu’une société qui la rejette devient immédiatement plus sombre et menaçante pour une partie de l’humanité.»


Deux cortèges aux ambiances bien différentes ont parcouru les rues du centre-ville de Bruxelles le 23 mars.
En quoi le contexte politique de diminutions de subsides est-il aussi préoccupant au sujet de la diversité et a-t-il un lien avec le racisme?
Nous faisons face à des gouvernements qui défient et affaiblissent les institutions chargées de lutter contre les discriminations. Unia a vu ses subsides réduits de 25% et, en conséquence, a dû licencier 14 personnes. Par ailleurs, un audit a été annoncé à l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes, juste après que l’accord fédéral affirme que la lutte contre les discriminations est une priorité.
Dans l’accord de gouvernement fédéral, le mot «racisme» apparaît trois fois, tandis que «sécurité» apparaît 319 fois. Cela en dit long sur les priorités politiques actuelles.
Quel message souhaitez-vous laisser en conclusion?
Que la diversité n’est pas un concept abstrait. Elle fait vivre nos sociétés. Et que dans un contexte où les discours de haine progressent, il est essentiel de rappeler ce que nous risquons de perdre. Notre action du 23 mars voulait montrer, de manière visuelle et émotionnelle, que la diversité est une richesse, et qu’une société qui la rejette devient immédiatement plus sombre et menaçante pour une partie de l’humanité. De ce monde-là, nous n’en voulons pas et nous devons tous agir pour l’éviter.
Regardez la vidéo de l’action CSC Diversité du 23 mars: https://brnw.ch/video_diversite