PAROLES DE MILITANT /
Nabil Allami, délégué permanent au CPAS de Bruxelles-Ville
TEXTE Donatienne Coppieters / PHOTO Michael De Lausnay / 14 JANVIER 2026 / TEMPS DE LECTURE 2 MINUTES
«L’une des difficultés majeures réside dans le fait que le gouvernement demande aujourd’hui aux CPAS bruxellois d’assumer une mission qui relève historiquement d’Actiris.»
«Mon rôle est d’assurer un quotidien de travail serein et respectueux pour mes collègues du plus grand CPAS du pays, qui compte environ 2.600 travailleurs. La réforme sans précédent relative à l’exclusion du chômage entraîne pour le CPAS de la Ville de Bruxelles un afflux massif de personnes. La première vague, intervenue au 1er janvier, concerne 930 personnes (28.000 pour l’ensemble de la Région bruxelloise). En mars, environ 2.500 personnes supplémentaires seront touchées, puis encore 2.400 en avril, pour la seule commune de Bruxelles.
Le CPAS de Bruxelles compte un peu moins de 250 assistants sociaux répartis dans 12 antennes. Trois nouvelles antennes ouvriront pour répondre à la hausse des demandes.
Nous veillons à ce que l’ensemble de la chaîne des intervenants – de l’accueil à l’accompagnement – soit renforcée, car la charge de travail va considérablement augmenter. Une trentaine d’assistants sociaux supplémentaires ont été engagés. Malgré cela, leur charge de travail passera d’une moyenne de 115 dossiers par personne à environ 130.
L’accueil a été renforcé sans recourir à des agents de sécurité, afin de préserver une image humaine, digne et accessible du service public. À la place, une équipe volante d’une quinzaine de personnes – contre sept initialement – intervient dans les différentes antennes pour apaiser les tensions et soutenir les équipes.
Le personnel est déjà sous forte pression depuis plusieurs mois. La réforme est complexe et les équipes sont sollicitées en permanence. Nous sommes dans les premiers jours des exclusions et, pour l’instant, la situation reste gérable, mais les inquiétudes sont particulièrement importantes pour le mois de mars.
L’une des difficultés majeures réside dans le fait que le gouvernement demande aujourd’hui aux CPAS bruxellois d’assumer une mission qui relève historiquement d’Actiris en matière d’accompagnement vers l’emploi, sans leur donner les moyens humains et matériels nécessaires. Actiris bénéficie actuellement d’une dotation régionale annuelle de plus de 800 millions d’euros, alors qu’une partie des personnes qu’il suivait jusqu’ici dépendront désormais des CPAS bruxellois. Dans ce contexte, il apparaît légitime que les CPAS revendiquent une part de cette dotation afin d’assumer correctement cette nouvelle charge.
Les CPAS ne disposent en pratique que d’un seul outil principal: le contrat d’insertion article 60. Celui-ci permet une remise à l’emploi temporaire, limitée à un an. À l’issue de cette période, la personne retrouve un droit au chômage et, en l’absence de solution durable, revient au CPAS. Ce mécanisme crée un cercle sans fin. À cela s’ajoute la problématique persistante du manque d’emplois peu qualifiés dans la capitale et de la discrimination à l’embauche, qui constitue un véritable fléau à Bruxelles.»