DOSSIER MARCHE DES CARRIÈRE /
Réforme de l’assurance chômage: les grandes lignes
TEXTE David Morelli / ILLUSTRATION Shutterstock / 10 septembre 2025 / temps de lecture 3 minutes
La loi-programme adoptée par le Parlement le 18 juillet dernier instaure la limitation dans le temps des allocations de chômage. Cette limitation aura un impact négatif majeur sur la vie de dizaines de milliers de personnes, alors que rien ne prouve qu’elle rendra le marché du travail plus performant et qu’un silence assourdissant règne sur les réelles perspectives d’emploi que le gouvernement prétend offrir à ces personnes.
En 2025, la réduction des droits aux allocations de chômage touchera 184.000 personnes. Y compris des travailleurs en situation de handicap et des demandeurs d’emploi âgés. Le postulat simpliste de ce gouvernement consiste à dire que si l’on supprime les allocations des chômeurs, ils trouveront plus vite un emploi. Toute la responsabilité est ainsi rejetée sur le demandeur d’emploi, sans jamais interroger le rôle des employeurs, qui n’offrent pas d’emploi adapté.
On ne remettra pas davantage de personnes au travail en les abandonnant à leur sort et en cessant de les accompagner dans leur recherche d’emploi, en leur fermant l’accès à des formations plus longues ou en les privant de toute perspective. Dans ce contexte, la modeste concrétisation de «l’ultime offre d’emploi», dans sa forme actuelle, en dit long. C’est pourtant le cœur du débat: quelles opportunités concrètes offrons-nous à ces personnes? Limiter les allocations de chômage dans le temps ne permettra ni de créer des emplois adéquats, ni d’éliminer les discriminations. C’est le véritable défi que les gouvernements, régionaux et fédéral, doivent relever ensemble. Nous devons mettre en place un système permettant à chacun de participer pleinement au marché de l’emploi en tant que travailleur à part entière.
L’exclusion en pratique
À partir du 1er janvier 2026, l’exclusion du chômage après deux ans d’inactivé va débuter et provoquer un afflux important d’exclus vers les CPAS pour recevoir un revenu d’intégration. Les CPAS seront refinancés en partie (mais pas suffisamment) pour leur permettre de faire face à cet afflux. L’accueil des exclus du chômage a d’ailleurs été phasé. Les mesures s’appliquent au 1er janvier 2026 pour les personnes au chômage depuis plus de 20 ans, au 1er mars 2026 pour les chômeurs depuis au moins 8 ans et au 1er avril 2026 pour ceux de plus de 2 ans. En juillet 2026 s’ouvrira une seconde phase. En 2026, 184.000 personnes seront exclues du chômage.
Dérogations
Pour les chômeurs qui, au plus tard au 31 décembre 2025, suivent une formation menant à un métier en pénurie, la date de fin du droit pourra être, sous certaines conditions, reportée jusqu’à la fin de cette formation. Par la suite, seules les personnes suivant une formation dans les fonctions de soins critiques d’infirmier ou d’aide-soignant pourraient se voir accorder une dérogation.
Pour les plus de 55 ans qui perdent leur emploi, il faudra justifier 30 ans de carrière. Les périodes assimilées (maladie, invalidité, accident du travail, etc.) seront comprises dans le calcul. Cette condition de carrière va augmenter d’un an chaque année jusqu’en 2030 (31 ans en 2026 jusque 35 ans en 2030). Les travailleurs des arts, des ports et les pêcheurs de mer reconnus et les personnes en situation de handicap occupées dans une ETA ne sont pas soumis à cette limitation.
Allocations sur base du travail
Concernant les allocations de chômage sur la base d’un travail, on assiste à un durcissement en matière de durée, mais aussi des conditions d’accès et des montants, qui étaient déjà particulièrement stricts.
Pour obtenir un an d’allocations, il faudra avoir travaillé au moins un an (312 jours) au cours des trois dernières années précédant la demande. Ensuite, chaque période de quatre mois supplémentaires travaillés donnera droit à un mois supplémentaire d’allocations. Une sortie progressive du régime pour les personnes concernées aura lieu à partir du 1er janvier 2026.
Montants
La dégressivité est accrue. Les allocations de chômage seront plus élevées durant les premiers six mois pour les revenus plus élevés, mais elles diminueront plus fortement au fil des mois. À partir de 13 mois, le forfait est appliqué.
Durant les trois premiers mois de la première période d’indemnisation, le travailleur touchera un montant d’allocation de 65% de la rémunération prise en considération au début du chômage, avec plafond. Entre le 4ème et le 12ème mois, le montant sera porté à 60% mais, à partir du 7ème mois, le plafond sera baissé. Un montant forfaitaire sera versé à partir de la seconde année, adaptée à la situation du chômeur.
L’avantage fiscal accordé en cas de chômage sera progressivement supprimé.
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À partir du 1er janvier 2026, l’exclusion du chômage après deux ans d’inactivé va débuter et provoquer un afflux important d’exclus vers les CPAS pour recevoir un revenu d’intégration.
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Allocations d’insertion: durcissement
Les allocations d’insertion, octroyées aux jeunes qui sortent des études (sous conditions), sont limitées à un an, au lieu de trois ans préalablement. Le stage d’insertion débute immédiatement à la fin des études et est raccourci de moitié (156 jours de stage d’attente sous condition d’avoir deux évaluations positives de la part du Forem/Actiris/VDAB en matière de preuve de recherche active d’un emploi, d’être titulaire d’un diplôme du secondaire supérieur ou d’avoir terminé une formation en alternance.) La demande doit être faite avant 25 ans.
Problèmes opérationnels
Non seulement la décision de limiter les allocations de chômage dans le temps n’a pas de sens sur le fond, mais il est clair que la mise en œuvre de ce fétiche politique posera d’énormes problèmes opérationnels. Le calendrier modifié, qui prévoit une exclusion progressive entre le 1er janvier et le 1er avril 2026 (voir le tableau des exclusions), reste également très court, ce qui soulève des questions quant à la possibilité pour les citoyens de connaître leurs droits et d’obtenir l’aide nécessaire en temps utile. Ce seront des dizaines de milliers d’enquêtes sociales supplémentaires à traiter par les CPAS. Ceux-ci vont crouler sous la surcharge de travail. Même si des moyens supplémentaires sont annoncés, les profils nécessaires pour gérer l’afflux de dossiers vont manquer. Mais les citoyens ont besoin d’un revenu.
Nous observons déjà une grande incertitude et une anxiété parmi les demandeurs d’emploi. Dès le 13 septembre, les personnes au chômage depuis plus de 20 ans recevront un courrier de l’Onem intitulé «Arrêt de vos allocations» leur signifiant que leur «droit prendra fin le 31 décembre 2025.»
Calendrier des exclusions
Qui perdra ses allocations à partir de quand?
• 1er janvier 2026:
- plus de 20 ans de chômage.
- allocation d’insertion avant le 1er janvier 2025.
• 1er mars 2026: au moins 8 ans de chômage.
• 1er avril 2026: plus de 2 ans de chômage.
• 1er juillet 2026: personnes en deuxième période d’indemnisation.
• Entre le 1er juillet 2026 et le 30 juin 2027: personnes en première période d’indemnisation au 1er juillet 2025 avec moins de 5 ans de passé professionnel.