MOBILITÉ /
Trajets domicile-travail: des trajectoires régionales bien différentes
TEXTE Danièle Ernotte & Véronique Thirifays / PHOTO Shutterstock / 13 MAI 2026 / temps de lecture 4 minutes
L’enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail 2024-2025 confirme que la Belgique connaît un glissement structurel vers les modes actifs et les transports publics. Mais derrière cette tendance nationale se cachent deux réalités fort différentes pour Bruxelles et la Wallonie.
Depuis 20 ans, les entreprises qui occupent plus de 100 travailleurs en Belgique sont légalement tenues d’envoyer tous les trois ans au Service public fédéral Mobilité & Transports un état des lieux des déplacements domicile-travail de leurs travailleurs. Le conseil d’entreprise (CE) est également associé à cette enquête car il doit remettre son avis sur ce diagnostic.
Cette collecte récurrente d’informations constitue une base de données précieuses et également un levier pour améliorer la concertation sociale sur la mobilité des travailleurs, un thème qui impacte à la fois leur qualité de vie et leur portefeuille.
Bruxelles: basculement vers les transports en commun et essor du vélo
Avec seulement 30,4% de travailleurs utilisant la voiture en 2024 (contre 45,1% en 2005), Bruxelles enregistre la baisse la plus spectaculaire du pays. Cette transformation repose sur plusieurs facteurs structurels: densité urbaine, politiques anti‑voiture, congestion chronique et une offre importante en transports publics.
L’usage des transports en commun pour se rendre au travail y atteint des niveaux élevés:
• 33,1% des déplacements domicile-travail sont effectués en train.
• 20,9% en métro‑tram‑bus.
Fait unique: les transports publics dépassent largement les modes privés motorisés (32,4%).
Par ailleurs, la progression du vélo est saisissante: de 1,2% en 2005 à 9,4% en 2024.
L’effet combiné des infrastructures cyclables et des obligations imposées aux employeurs bruxellois (plans de déplacements, parkings vélos, douches, sensibilisation) renforcent cette dynamique.
Enfin, Bruxelles présente le taux de télétravail le plus élevé:
• 74% des unités d’établissement l’autorisent.
• 94% des travailleurs y ont accès.
• 28% des déplacements sont évités grâce à ce mode de travail.
Wallonie: la voiture reste hégémonique
La Wallonie demeure quant à elle un territoire «auto‑centré». En 2024, 82,8% des travailleurs utilisent la voiture pour se rendre au travail, un chiffre qui n’a quasiment pas évolué en 20 ans.
Cette dépendance automobile s’explique par diverses conditions structurelles: faible densité de population, distances domicile‑travail plus longues, réseau ferroviaire et TEC moins présents, moindre accessibilité aux transports publics pour une majorité d’entreprises ou organisations.
Ainsi, seuls 4,4% des travailleurs wallons utilisent le train et 3,3% le métro, le tram ou le bus.
Même si les proportions restent modestes, la Wallonie progresse sur les modes «doux»:
• le vélo passe de 1,3% (2005) à 3,3% (2024),
• le covoiturage, bien que faible (2,3%), reste légèrement plus développé qu’en Flandre ou à Bruxelles,
• la marche représente 3% des déplacements, un chiffre relativement stable.
À noter aussi que les employeurs wallons mettent en place moins de mesures structurelles. Par exemple:
• 67% des travailleurs en Wallonie bénéficient d’un parking vélo sécurisé (contre 92% à Bruxelles).
• seulement 37% des entreprises wallonnes offrent une information active sur les transports publics (54% à Bruxelles).
Comment réduire le coût des trajets?
La hausse substantielle des prix de l’essence et du diesel pose une fois de plus la question de la dépendance aux énergies fossiles, notamment pour se déplacer. Elle démontre une fois de plus la nécessité d’une prise en compte d’une politique de mobilité multimodale.
Concrètement, la multimodalité ne se résume pas à un simple changement de mode de transport (par exemple, de la voiture au train). Il s’agit avant tout de réfléchir avant de prendre sa voiture.
• Se demander si un déplacement est réellement nécessaire permet d’en éviter certains. Pour les trajets domicile‑travail, il est possible de les remplacer par du télétravail lorsque les conditions le permettent.
• Repenser ses modes de déplacement: marcher pour les courtes distances, utiliser le vélo ou privilégier les transports en commun. En combinant ces alternatives (marche‑train, vélo‑train, marche‑bus, vélo‑bus…), on réduit la dépendance à la voiture individuelle et on diminue le coût des trajets domicile‑travail.
• Lorsque la voiture reste indispensable, suggérez à votre employeur d’organiser du covoiturage. Et adoptez une conduite plus douce et économe en carburant.
Le rôle des politiques régionales et des employeurs
La Région de Bruxelles‑Capitale impose aux grands employeurs un plan de déplacements d’entreprise, la désignation d’un coordinateur mobilité, et elle développe des infrastructures pour le vélo.
Résultats:
• 90% des unités bruxelloises disposent de vestiaires et de douches.
• 95% des parkings vélos sont couverts.
• 66% offrent la gratuité des transports en commun.
En Wallonie, si les mesures y sont moins généralisées, on observe de belles avancées:
• 81% des unités disposent de vestiaires et de douches pour les cyclistes.
• 74% des parkings vélos sont couverts.
• 60% offrent la gratuité des transports en commun.
Le rôle de la concertation sociale en entreprise
Les résultats de l’enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail sont abordés dans le cadre de la concertation sociale au sein des entreprises, ce qui permet de nouer un dialogue sur les déplacements domicile-travail et d’encourager les entreprises à adopter des mesures favorisant une mobilité plus durable et plus efficace.
Au plan syndical, la mobilité est un enjeu important pour les travailleurs, que ce soit pour l’amélioration de la qualité de vie ou pour l’aspect financier. La participation des travailleurs et de leurs représentants est donc essentielle pour faire évoluer les pratiques.
Une des actions-clés de l’équipe syndicale sera de sensibiliser les travailleurs: en donnant un coup de main pour la recherche d’alternatives de transport, en consultant les travailleurs sur leurs souhaits en matière de mobilité, en encourageant les travailleurs qui font le pas vers des modes de déplacements plus durables ou en lançant une action pendant la Semaine de la mobilité
(un concours, un défi par exemple).
Pour aller plus loin:
• Fiche Rise – «Domicile-lieu de travail: vers une mobilité plus douce pour le climat et les travailleurs»: https://brnw.ch/mobilite_domicile_travail
• Enquête fédérale sur les déplacements domicile-travail 2024-2025: https://brnw.ch/enquete_mobilite
Agir pour une mobilité plus durable
Comme chaque année, la Semaine de la mobilité se déroulera en Wallonie du 16 au 22 septembre. Nous vous invitons à la préparer dès maintenant.
La cellule mobilité de la CSC est partenaire de la Semaine de la mobilité en Région wallonne. Elle accompagne les délégués et leur équipe syndicale afin de préparer une action de sensibilisation à la mobilité durable durant la semaine.
Inscrivez-vous au défi mobilité 2026!
Quel type d’actions peuvent être menées dans le cadre du défi mobilité? Trouvez des idées pour sensibiliser les travailleurs à la mobilité durable sur https://brnw.ch/semaine_mobilite_2026
N’hésitez pas à prendre contact: mobilite@acv-csc.be - Véronique Thirifays: 0474.37.45.09
Plus d’infos sur la Semaine de la mobilité: https://brnw.ch/semaine_mobilite_2026