DANS L’ENTREPRISE /
Trop froid pour travailler? Que dit la loi?
Texte Fien Van Damme & Anaëlle Akwesi Mokuba / PHoto Shutterstock / 14 janvier 2026 / temps de lecture 3 minutes
Après la première vague de froid de l’année, des milliers de travailleurs se sont retrouvés littéralement dans le froid: dans des entrepôts, sur des chantiers, dans des ateliers ou dans des véhicules où la température frôlait le zéro. Se contenter de dire «Habillez-vous plus chaudement!» ne suffit pas. Travailler à des températures trop basses accroît le risque d’accidents et de problèmes de santé. Heureusement, la législation se range du côté des travailleurs: les employeurs sont tenus de prévoir un plan de mesures adéquat. Il est temps d’inscrire ce point à l’ordre du jour du CPPT.
Pourquoi le froid représente-t-il un danger ?
Le froid altère la concentration, ralentit les réflexes et accroît le risque de lésions musculaires. Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de confort, mais bien d’un enjeu de sécurité et de santé. Attendre l’arrivée du gel n’est pas une solution: la prévention commence par un bon plan.
Que prévoit le Code du bien-être au travail?
Le Code du bien-être au travail impose aux employeurs d’identifier, au moyen d’une analyse des risques, les lieux où le froid peut devenir problématique, et de prévoir un plan d’action visant à prévenir ou atténuer les risques.
Lorsque les valeurs d’action risquent d’être dépassées, il faut prendre immédiatement des mesures techniques et organisationnelles. Le CPPT rend un avis à ce sujet et le plan d’action est intégré au plan global de prévention.
Inscrivez donc ce thème à l’ordre du jour et posez des questions précises. Dans quels lieux risque-t-il de faire trop froid? Quels travailleurs sont exposés au travail en plein air? Comment l’analyse de risques a-t-elle été réalisée et quels en sont les résultats? Et surtout: quelles mesures sont prévues et quand seront-elles appliquées?
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«Trop froid pour travailler» ne signifie pas la même chose pour tout le monde, mais dépend de la nature de votre travail.
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Quand fait-il vraiment trop froid pour travailler?
Avoir froid au travail n’est pas une question de ressenti. La loi détermine les températures à partir de laquelle il n’est plus raisonnable de travailler. Ce seuil varie toutefois en fonction des situations et dépend de la pénibilité du travail effectué. Plus l’effort physique est intense, plus le corps produit de la chaleur et plus la température minimale peut être basse. Le Code du bien-être au travail (art. V.1-3 - §1) fixe donc des valeurs d’action. Dès que la température passe sous ces seuils, l’employeur doit intervenir.
«Trop froid pour travailler» ne signifie donc pas la même chose pour tout le monde, mais dépend de la nature de votre travail. La loi parle de «charge physique de travail», c’est-à-dire la quantité d’énergie que le corps doit fournir chaque seconde pour accomplir votre travail. Plus les mouvements et l’effort sont intenses, plus le travail est considéré comme lourd.
18°C: travail très léger (position assise ou debout);
16°C: travail léger (travail de bureau, conduite d’un véhicule);
14°C: travail semi-lourd (travail continu avec les bras et les mains);
12°C: travail lourd (port intensif de charges, marche rapides);
10°C: travail très lourd (excavation, travaux d’escalade exigeants)
À quoi ressemble un plan de mesures?
En général, un plan d’action pertinent combine plusieurs types de mesures:
• interventions techniques: installation de chauffages, limitation des courants d’air et de l’humidité;
• organisation du travail: étalement des tâches, périodes de repos (sur avis du médecin du travail et avec l’accord du CPPT), limitation de l’exposition, recours à des méthodes de travail alternatives ou diminution de la charge physique;
• protection: fourniture de vêtements de travail adaptés et de boissons chaudes gratuites.
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«Le froid au travail constitue un risque sérieux. Assurez-vous que le sujet soit abordé au sein du CPPT et qu’un plan d’action soit élaboré. La prévention n’est pas un luxe mais une obligation légale.»
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Des obligations spécifiques s’appliquent également en cas de froid excessif. D’une part, les obligations liées au froid excessif d’origine climatique (du 1er novembre au 31 mars).
Lorsque le mercure descend sous la barre des 10°C, l’employeur met à disposition des appareils de chauffage dans les locaux de travail ouverts et sur les lieux de travail en extérieur dès que la température descend en dessous de 5°C. Ces équipements peuvent également être installés ailleurs (locaux, véhicules, constructions provisoires, etc.) moyennant l’accord du CPPT (ou, à défaut, de la délégation syndicale). Des règles spécifiques concernent aussi les travailleurs du commerce de détail dès que le mercure descend en-deçà des 10°C. D’autre part, la législation impose des obligations supplémentaires en cas de froid excessif d’origine technologique (par exemple, travail dans des installations frigorifiques).
Pour toute autre question ou demande d’information, nous vous invitons à contacter votre permanent.
CONSEILS
• Le froid au travail constitue un risque sérieux. Assurez-vous que le sujet soit abordé au sein du CPPT et qu’un plan d’action soit élaboré. La prévention n’est pas un luxe mais une obligation légale.
• Les valeurs d’action protègent la santé des travailleurs sans garantir leur confort. Travailler à 14°C est sûr, mais pas agréable. Relayez également les plaintes des collègues en termes de confort.
• Vérifiez auprès de votre permanent s’il existe des accords sectoriels. En effet, certains secteurs ont instauré des accords supplémentaires, comme une indemnité de gel ou une prime de froid.