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L'immigration en Belgique : une histoire ancienne

Texte : A-C M-L // Photo : Shutterstock // ÉTÉ 2026 // TEMPS DE LECTURE : 3 minutes

Le mot immigration revient fréquemment dans le débat belge. Manque de main-d’œuvre, accueil des réfugiés, intégration, identité : les discussions sont vives et parfois présentées comme inédites. Pourtant, ce phénomène n’est pas récent. La Belgique, en tant que pays, s’est construite autour de vagues d’immigrations successives.

Quand les villes du XVIe siècle accueillaient les exilés

Dès le XVIᵉ siècle, bien avant la naissance de la Belgique, les villes de l’actuel territoire belge attirent déjà des populations venues d’ail­leurs. À Anvers, Gand ou Bruxelles, des milliers de protes­tants fuyant les guerres de religion trouvent refuge dans les Pays-Bas méridio­naux. Ils arrivent des Provinces-Unies, de France ou d’Allemagne, apportant avec eux savoir-faire, réseaux commerciaux et nouvelles idées.

À l’époque, l’accueil n’est pas mo­tivé par l’humanitaire mais par l’économie. Ces exilés arrivent avec des compétences bien précises. Leur contribution au dynamisme urbain est largement documentée. Alors que certains habitants s’inquiètent déjà de leur nombre ou de leurs pratiques religieuses, d’autres soulignent leur utilité pour la prospérité locale.

Au XIXᵉ siècle, l’immigration est vue comme une nécessité

Après 1830, la jeune Belgique industrielle a un besoin urgent de bras. Les mines wallonnes et les usines attirent de nombreux travail­leurs étrangers, principalement venus des régions voisines. L’immi­gration est perçue comme un des moteurs du développement économique.

Cependant, les ouvriers étrangers ne sont pas amenés à s’intégrer à la population locale. Ils sont souvent cantonnés aux emplois les plus pénibles, logés à l’écart et peu protégés sur le plan social. L’image de l’immigré utile mais invisible s’installe dans les esprits. Il est toléré pour son travail mais rarement pleinement intégré, et ce, quelle que soit la nature de son travail (intellectuel ou manuel).

Après la seconde guerre mondiale : main-d’œuvre contre promesse de retour

Après 1945, la Belgique conclut plusieurs accords de recrutement de travailleurs étrangers, notamment avec l’Italie, puis l’Espagne, la Grèce, le Maroc et la Turquie. L’objectif est clair : faire venir une main-d’œuvre temporaire, peu qualifiée et bon marché pour soutenir la reconstruction et la croissance économique du pays.

Peu à peu, cette logique de temporalité courte et définie dans le temps se met à évoluer. Les familles sont autorisées à rejoindre les travailleurs, leurs enfants finissent par naître et grandir en Belgique. L’immigration devient rapidement une immigration de peuplement, dont l’État n’avait pas vraiment analysé les tenants et les aboutissants. Les discussions sur l’intégration, l’école, la langue et leur place dans l’espace public prennent de l’ampleur.

« L’histoire longue met en évidence une constante : à chaque phase de transformation économique ou sociale, la Belgique s’est appuyée sur des apports venus d’ailleurs »

2026 : une histoire qui se répète ?

Aujourd’hui, la Belgique fait face à une situation paradoxale : une pénurie de main-d’œuvre persistante dans certains secteurs et une crispation accrue autour de l’immigration et de l’asile. Les discours changent, les contextes aussi, mais les mécanismes demeurent familiers.

L’histoire longue met en évidence une constante : à chaque phase de transformation économique ou sociale, la Belgique s’est appuyée sur des apports venus d’ailleurs. Et à chaque fois, l’intégration a suscité débats et résistances.

Ce que l’histoire nous apprend

L’étude des trajectoires d’immigration en Belgique ne permet pas de résoudre les défis actuels mais aide à comprendre et relativiser l’idée d’une crise totalement nouvelle. La Belgique n’a jamais été un pays figé. Elle a toujours été un carrefour européen, façonné par des migrations successives économiques, sociales ou politiques, depuis la nuit des temps.

La question centrale, hier comme aujourd’hui, n’est donc peut-être pas « faut-il accueillir ? » mais « comment organiser l’intégration sur le long terme ? ». L’histoire belge ne donne pas de réponse toute faite. Elle offre toutefois le recul nécessaire pour penser le présent avec moins de simplifications.

Cet article n’a pas la prétention d’être exhaustif. Il ne fait que survoler en quelques lignes plusieurs siècles d’histoire.

Sources

- Jonathan Israel, The Dutch Republic: Its Rise, Greatness and Fall, Oxford University Press, 1995.

- Herman Van der Wee, The Low Countries in the Early Modern World, Variorum, 1993.

- Els Witte, Jan Craeybeckx et Alain Meynen, Histoire politique de la Belgique, Éditions Vie Ouvrière.

- Gérard Noiriel, Le creuset français. Histoire de l’immigration, Seuil, pour une analyse comparative des mécanismes industriels et migratoires.

- Myria – Centre fédéral Migration, dossier historique « L’immigration de travail en Belgique après 1945 ».

- Anne Morelli, Histoire des étrangers et de l’immigration en Belgique, Couleur Livres.

- Statbel, données sur l’emploi et la pénurie de main-d’œuvre ; Myria, Rapport Migrations annuel.

- Rudi Van Doorslaer (dir.), travaux sur l’histoire sociale et migratoire de la Belgique.

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