close

Une question ou une remarque? Faites-le nous savoir!

Syndicaliste // Confédération des syndicats chrétiens (CSC) // Secrétariat de rédaction // Donatienne Coppieters // syndicaliste@acv-csc.be // Besoin de plus d'informations? Visitez www.cscmilitants.be

Retour au numéro actuel

ANN VERMORGEN /

«La présence de nombreux jeunes lors de nos actions me donne plein d’espoir»

INTERVIEW Bram Van Vaerenbergh / PHOTO Maarten De Bouw / 17 décembre 2025 / temps de lecture 6 minutes

Ce fut une année riche en actions: de l’information et de la sensibilisation aux grèves en passant par les manifestations. Le moment est idéal pour revenir sur cette période avec notre présidente, Ann Vermorgen, tout en se projetant vers l’avenir. «Nos militants ont contribué à faire bouger les lignes. Plus important encore, ils représentent une masse silencieuse qui compte sur nous pour porter sa voix», déclare Ann Vermorgen.

Quel regard portez-vous sur l’année écoulée?

Un fil vert a traversé toute l’année 2025: nous avons sensibilisé et informé un grand nombre de personnes, mais nous les avons également amenées à se mobiliser. Tant nos militants qu’un public plus large au sein de la société.

Beaucoup de gens descendaient dans la rue pour la première fois. Certains arboraient des costumes originaux, d’autres avaient des pancartes percutantes ou des déclinaisons humoristiques de notre cactus. Cette ambiance, cette créativité étaient vraiment remarquables. Que les citoyens continuent à descendre dans la rue ne m’a pas étonnée. Les raisons d’être en colère ne manquent pas. Pendant toutes ces actions, ils ont pu se rendre compte qu’ils n’étaient pas seuls avec leurs inquiétudes, qu’ils faisaient partie d’un collectif plus large.

Au-delà des actions, comment la CSC a-t-elle pesé sur le débat politique?

Nous avons porté plusieurs dossiers dans les médias, chiffres à l’appui, et nous avons trouvé des personnes courageuses, prêtes à témoigner de leur réalité: des travailleurs plongés dans le chaos des pensions, qui voient s’éloigner l’emploi de fin de carrière auquel ils aspirent, ou qui voient disparaître leur travail dans les quartiers. Ces témoignages donnent un visage à ce que nous voulons transmettre aux responsables politiques. Notre action donne des résultats. En effet, je pense que les responsables politiques ont d’abord cru que le mouvement de protestation finirait par s’essoufler, mais nous avons tenu bon. Cela les a manifestement agacés.

Dans quelle mesure cette pression a-t-elle permis des ajustements?

Ce n’est pas simple, car le fait est que nous avons affaire à un gouvernement peu enclin à écouter. Mais sous notre pression, il n’a pas pu faire autrement. Prenons l’exemple des emplois de fin de carrière qu’il voulait supprimer et que nous avons finalement pu sauver grâce à la concertation sociale, un mécanisme que ce gouvernement méprise. Grâce à nos efforts, le chômage temporaire et la maladie continuent à être pris en compte pour la pension, tout comme la première année de carrière, et le congé de maternité, que le ministre Jan Jambon avait tout simplement «oublié». Nous avons aussi obtenu des ajustements concernant le travail de nuit, car les pouvoirs publics entendaient tout bonnement bafouer le droit international.

Quelle est aujourd’hui l’ampleur des tensions entre le gouvernement, les employeurs et les travailleurs?

Les employeurs sont installés confortablement dans un fauteuil avec ce gouvernement. Ils n’ont dès lors plus aucun intérêt à la concertation sociale.

Ce gouvernement semble même ne pas connaître la concertation sociale.

On nous a demandés de rendre un avis sur l’indexation automatique des salaires pour fin 2026, mais le gouvernement y touche déjà maintenant. Cela m’a mise très en colère.

 

-//-

«Bart De Wever n’écoute que Tina, mais il ferait mieux d’écouter aussi Tamara. Des alternatives existent.»

ANN VERMORGEN

_


«Les travailleurs méritent le respect!» est notre slogan, mais ce respect semble bien loin...

Au travers de ces mesures, le gouvernement s’attaque surtout aux citoyens ordinaires. Les travailleurs et les pensionnés en paient le prix, surtout ceux qui ont eu moins de chance, les personnes qui perdent leur emploi, les malades de longue durée, etc. Tous ces groupes sont ciblés. Dans le même temps, des milliards continuent d’être versés en subventions salariales, alors que des études confirment que ces mesures ne sont pas toujours efficaces.

Pourquoi est-il crucial de continuer à défendre nos alternatives?

Le Premier ministre, Bart De Wever, semble n’écouter que son amie Tina («There is no alternative», selon la célèbre formule de l’ancien Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, ndlr), mais il ferait mieux d’écouter Tamara («There are many alternatives ready and available»). Il existe encore de nombreuses alternatives.

Je suis d’accord pour dire que tout le monde doit contribuer, mais cela suppose aussi d’oser se tourner vers les plus fortunés au sein de notre société, et de remettre en question les subventions salariales. Prenons la TVA: l’écart entre ce que nous devrions percevoir et ce qui est réellement encaissé est de 11%. Si nous pouvions ne serait-ce que ramener ce pourcentage à la moyenne européenne de 7%, cela permettrait de dégager 1,63 milliard d’euros. Sans nouvelles mesures, simplement en percevant correctement ce qui doit l’être.

Le gouvernement choisit de continuer à s’attaquer à la sécurité sociale?

Exactement. Pensons aux flexi-jobs ou au travail des étudiants, où les cotisations versées ne sont pas équivalentes. Je comprends que des personnes dont les revenus sont faibles exercent un flexi-job. Le système les y incite. Mais je ne comprends pas qu’il permette une concurrence déloyale avec le barman qui, lui, paie l’intégralité des cotisations sociales. Les flexi-jobbers entrent désormais en concurrence avec tous les chômeurs de longue durée à qui l’on doit proposer un emploi. Le marché de l’emploi subit actuellement une énorme dérégulation, orchestrée par les pouvoirs publics.

Quels autres dossiers restent totalement inacceptables?

La réforme des pensions. Nous sommes déjà parvenus à faire reculer certains plans grâce aux assimilations, mais le malus pension demeure un problème majeur. Cette mesure touche les femmes de manière disproportionnée, car leurs carrières sont plus souvent interrompues. Faut-il pénaliser celles qui ont fait le choix de s’occuper de leurs enfants? Il reste aussi énormément de travail concernant le secteur public. D’une part, on exige des services publics de meilleure qualité. D’autre part, on y impose des économies drastiques. Nous avons besoin de services publics solides et de qualité, mais ils sont devenus une épine dans le pied du gouvernement.

Y a-t-il malgré tout des raisons d’espérer en 2026?

Ce qui me donne de l’espoir, c’est la solidarité entre les générations. Nos militants ont réussi à informer et à sensibiliser de nombreux jeunes. Lors de la marche des carrières du 14 octobre, ils formaient massivement la tête du cortège. J’ai également vu beaucoup de jeunes sur les piquets de grève à la fin du mois dernier. Eux aussi se rendent compte qu’ils devront travailler plus longtemps, plus durement et de manière plus flexible pour une pension moindre. Et qu’il leur sera plus difficile d’obtenir un prêt pour une maison sans sécurité d’emploi.

De nouvelles actions sont-elles déjà prévues en 2026?

Je sens que nos militants ont besoin de souffler un peu entre Noël et le Nouvel An. En janvier, nous recommencerons à sensibiliser et informer sur les mesures du gouvernement. Nous ferons le point sur la situation. Nous préciserons les décisions concernant l’indexation. Nous ferons également le point sur le travail de nuit et les heures supplémentaires. Nous utiliserons les premières semaines de février pour mettre en place des actions régionales et, la semaine du 9 mars, nous frapperons fort avec une grande manifestation dans le cadre du contrôle budgétaire, parce que les comptes ne tiennent pas la route. 

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser à nos militants pour la nouvelle année?

Je tiens à les remercier sincèrement pour ce qu’ils ont accompli au cours de l’année écoulée. Ils ont réellement contribué à faire la différence. Je sais que le changement demande du temps et que la perte de salaire commence à peser.

Mais ensemble, nous faisons la différence. J’aimerais rappeler aux militants qu’ils représentent une masse silencieuse qui compte sur nous. On peut être fan de Taylor Swift ou de Bruce Springsteen, sans assister à tous leurs concerts.

C’est pareil pour nous: tout le monde ne manifeste pas ou ne fait pas grève avec nous, mais beaucoup comptent sur nous pour porter leur voix.

Articles liés publiés précédemment