close

Une question ou une remarque? Faites-le nous savoir!

Syndicaliste // Confédération des syndicats chrétiens (CSC) // Secrétariat de rédaction // Donatienne Coppieters // syndicaliste@acv-csc.be // Besoin de plus d'informations? Visitez www.cscmilitants.be

Retour au numéro actuel

L’ACTU /

«Stop Diversity»?! Un danger pour nos valeurs et nos libertés

TEXTE Malika Borbouse / PHOTO Shutterstock / 22 mai 2025 / temps de lecture: 4 minutes

Il y a tout juste 10 ans, les États-Unis voyaient se présenter un candidat à la présidence, du nom de Trump. En Europe, nous n’avions jamais entendu parler de lui et étions loin d’imaginer à quel point il impacterait l’ensemble de notre monde, jusqu’au cœur de nos entreprises belges. Plongée au cœur d’un système profondément raciste, machiste, xénophobe, complotiste, climatosceptique…

Peu avant son premier mandat, il a d’abord tenu des propos sexistes qui, rendus publics, nous ont convaincus qu’il ne serait jamais président: «Quand t’es célèbre, tu fais ce que tu veux. Tu peux attraper les femmes par la chatte.» Mais Trump devient bien le 45ème président des États-Unis. À vrai dire, aucun des scandales qui le concerne ne semble lui barrer la route.

En 2018, il sépare les enfants des migrants clandestins de leurs parents, pour ensuite les enfermer comme s’il s’agissait d’animaux en cage. Ça a choqué le monde entier, mais il ira au bout de son mandat.

En 2020, le secrétaire californien aux ressources naturelles insiste auprès de Trump pour lutter contre le réchauffement climatique et préserver les forêts des incendies. Trump répond que ça va refroidir et que les scientifiques n’y connaissent rien. Cinq ans plus tard, en plein hiver, la Californie s’est embrasée comme jamais.

Toujours en 2020, nous assistons abasourdis à l’assaut du Capitole, car Biden au pouvoir ne serait que le résultat d’une fraude électorale.

En 2024, en pleine campagne électorale, il mime une fellation sur son micro, accuse les migrants haïtiens de l’Ohio de manger des chats et des chiens et falsifie les comptes destinés à sa campagne présidentielle pour payer une star du porno, à hauteur de 130.000 dollars. Condamné deux fois, il affirme que c’est un scandale et que les juges sont corrompus.

Un seul maître à bord

20 janvier 2025: Trump est réélu président. L’impensable se reproduit. En l’espace de trois mois, nous assistons impuissants à un déferlement de mesures, de déclarations et d’intimidations aberrantes et totalitaristes. Il gracie d’ailleurs les 1.500 personnes pénalisées pour l’assaut du Capitole.

De qui s’entoure-t-il? De 12 milliardaires et multimillionnaires xénophobes, racistes, masculinistes, complotistes et climatosceptiques. Son ministre de la Défense, Pete Hegseth, est accusé d’agressions sexuelles, réputé pour sa consommation d’alcool excessive et ses colères démesurées. Il tente de retirer les femmes et personnes transgenre de la défense, devenue «trop woke». Steve Bannon, son ancien conseiller, et Elon Musk font des saluts nazi en public. Selon Bannon, «il faut inonder les médias de merde et de polémiques, vraies ou fausses». Cette méthode empêcherait tout débat de fond et offrirait un boulevard à l’extrême droite. On entre dans l’ère du plus fort, le règne de l’insulte et des brutes épaisses ultracapitalistes déterminées à mettre à terre l’ensemble des démocraties.

Déshumanisation glaçante

La déshumanisation atteint son paroxysme lorsque la Maison blanche publie le 18 février une vidéo où des migrants sont expulsés sur un format sonore «agréable» destiné à procurer un bien-être profond et épidermique. Le 25 février, une autre vidéo glaçante est publiée par Musk et Trump, montrant Gaza en ruine et puis Trump en sauveur, apportant «la vie» dans un décor surfait créé par l’IA, avec le visage de Trump en ballons dorés gonflés à l’hélium.

-//-

Nous invitons les déléguées et délégués à amener le débat en instances afin de réaffirmer les valeurs démocratiques et d’inclusion.

_

Son côté mégalomane ne nous étonne plus. On le voit partout, tout le temps. Sur ses 30 premiers jours de mandat, il a signé 72 décrets, là où Obama, en 100 jours, en avait signé 19. Trump sature l’espace médiatique et politique pour assoir sa toute-puissance, ne nous laissant ni le temps, ni l’énergie de nous relever. Il s’autoproclame roi sur ses réseaux sociaux et se met à vouloir acheter et annexer des territoires: Canada, Groenland, canal de Panama comme s’il remplissait son panier sur Amazon. Il décrète que le «Golfe du Mexique» s’appellera dorénavant «Golfe d’Amérique». Et les journalistes refusant de se soumettre à cette nouvelle dénomination sont interdits de bureau ovale et d’accès à l’avion présidentiel.

Il a tenté de destituer le chef de la Cour fédérale du district de Washington et l’a traité de «gauchiste radical». En effet, la justice reste une entrave majeure à sa toute-puissance. Il a déclaré: «Ces juges veulent endosser les pouvoirs de la présidence, sans avoir à atteindre les 80 millions de votes.» Autrement dit: «On a voté pour moi, j’ai donc tous les droits!».

Il fait supprimer 8.000 liens internet de scientifiques alertant du réchauffement climatique et retire les USA des Accords de Paris pour le climat. Terminé les voitures électriques: il envoie des équipes forer pour récupérer «l’or liquide» (les énergies fossiles). Il réautorise les pailles en plastique et déclare que les requins se frayeront un chemin. Il autorise des douches plus longues et un débit plus important. Il gèle les fonds de USAid, interrompant l’aide humanitaire dans 120 pays. Il se retire de l’ONU, de l’OMS, force l’Europe à augmenter de 800 milliards d’euros ses dépenses militaires pour se préparer à la guerre. Il augmente les droits de douane pendant sept jours, créant l’un des plus gros clash financiers des États-Unis et est accusé de manipulation boursière. Etc.

plus

Ingérence dans les entreprises européennes

Et soudain, le 29 mars, il somme toutes les entreprises européennes d’abandonner leurs programmes internes de diversité et d’inclusion si elles veulent conserver leurs contrats fédéraux avec les États-Unis. C’est une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, mais plusieurs entreprises belges, dont GSK, ont pris peur et se sont exécutées (voir p. 13).

Il menace également de supprimer les subsides de scientifiques qui travaillent sur base de critères liés à la diversité et le genre. Idem auprès d’universités telles qu’Harvard et Columbia, et auprès de cabinets d’avocats car tout ceci serait devenu «trop woke».

Il attaque réellement les politiques de diversité-équité-inclusion de toute part avec pour «argument»: «Soumettez-vous ou vous perdrez. Vous n’arriverez plus à fonctionner car je vous couperai tout argent public!»

Amener le débat dans l’entreprise

Cet homme est un véritable danger pour nos valeurs et nos libertés. Nous invitons les déléguées et délégués à ne pas céder à ce genre de tentative d’ingérence et à amener le débat en instances afin de réaffirmer les valeurs démocratiques et d’inclusion. La lutte contre les discriminations fait partie de l’ADN des syndicats. Votre permanente ou permanent ainsi que le service Diversité de la CSC peuvent vous accompagner pour mettre en place des actions concrètes, des chartes pour la diversité et des clauses de non-discrimination dans vos règlements de travail (voir p. 13). Résistons en ne faisant aucune concession à nos valeurs!

Articles liés publiés précédemment