L'ACTU /
Appuyer sur les points douloureux
TEXTE Maarten Gerard / PHOTO Shutterstock / 13 mars 2026 / temps de lecture 5 minutes
Les tensions géopolitiques dans le monde sont vives. Elles font grimper les prix de l’énergie, avec un impact sensible. Pendant ce temps, le gouvernement De Wever met sa politique en œuvre. La CSC met le doigt sur les points qui font mal, apporte des corrections là où c’est possible et avance des alternatives.
Chaque mois, un nouveau conflit semble éclater. Actuellement, les combats font rage en Iran et, au moment où nous écrivons ces lignes, il n’y a guère d’espoir de voir les hostilités prendre fin. Aussi nombreux soient les arguments mis en avant pour justifier cette guerre, il ne fait aucun doute que, une fois de plus, d’innombrables innocents sont entraînés dans un conflit qui leur cause des souffrances indicibles.
Alors que nous pouvions souvent suivre les conflits à distance, via la télévision, il semble que cette fois-ci l’impact sera bel et bien perceptible. La perturbation de l’approvisionnement en pétrole et en gaz fait grimper les prix de l’énergie et, si le conflit persiste, pourrait avoir de lourdes conséquences chez nous. Non seulement sur les prix de l’énergie, mais aussi, par ricochet, sur l’inflation et la capacité de nos secteurs à forte intensité énergétique.
Clap de fin pour le handicap salarial
Il ne faut toutefois pas céder au pessimisme, ni dramatiser notre position économique. En matière de salaires, les chiffres du Conseil central de l’économie (CCE) montrent que le handicap salarial est actuellement négatif, ce qui signifie que la croissance des salaires dans les pays voisins est plus élevée que chez nous. Il n’y a donc pas de problème salarial, pour autant qu’il ait jamais existé. Ce n’est toutefois pas une raison pour continuer à démanteler des réglementations essentielles, sous prétexte de simplification administrative. Le secteur chimique ne va pas soudainement doubler sa production en reportant l’introduction de la transparence salariale. Le gouvernement devrait néanmoins capter le signal et comprendre que réduire encore davantage la protection des plus vulnérables est une très mauvaise idée.
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«La croissance des salaires dans les pays voisins est plus élevée que chez nous. Il n’y a donc pas de problème salarial, pour autant qu’il ait jamais existé.»
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L’offre d’emploi ultime a disparu des radars
Cette perception ne semble pourtant pas faire son chemin rapidement. Les prochaines vagues d’exclusion du chômage auront lieu ce mois-ci et le mois prochain. Personne ne parle plus d’une offre d’emploi ultime. Le gouvernement De Wever ne tient pas non plus sa promesse d’évaluer systématiquement l’impact des mesures en termes de pauvreté.
Ajuster les pensions, une nécessité
Le Conseil d’État a rendu son avis sur la réforme des pensions. Cet avis réitère de manière douloureusement claire ce que nous affirmons depuis des mois: la protection diminue, en particulier pour les travailleurs et les fonctionnaires. De plus, la réforme renforce les inégalités, notamment au détriment des pensions des femmes, en raison du manque de reconnaissance du travail à temps partiel. Il y a donc lieu de procéder à des ajustements, même si le gouvernement poursuit sa fuite en avant. Sur la base de l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle – à la suite de la plainte déposée par les syndicats – concernant la précédente réforme des pensions, le ministre des Pensions, Jan Jambon, admet désormais à contrecœur que le service militaire devrait peut-être être davantage pris en compte comme période assimilée.
Dans la loi relative à la limitation des périodes assimilées, les périodes avec allocations de garantie de revenu n’entrent finalement pas en considération pour la limitation. Il n’est toutefois pas question d’une réponse de fond à la diminution de la protection ou à l’impact inégal sur les hommes et les femmes.
Entretemps, le travail du gouvernement se poursuit et les premières propositions de la «quatrième vague» pour la réintégration des malades de longue durée sont en cours de discussion. L’effet du renforcement des sanctions et des adaptations en matière de force majeure médicale reste à démontrer.
Avis sur l’index
L’augmentation de la TVA est mise en veilleuse pour l’instant, malgré les mauvais chiffres budgétaires. Dans l’intervalle, la loi-programme est sur les bancs de la Chambre. Nous assistons à des situations absurdes, avec le Premier ministre qui, après un contact avec les employeurs, demande finalement l’avis des interlocuteurs sociaux sur l’index. L’amateurisme et les bavures du gouvernement prêteraient à rire si sa négligence n’avait pas un impact direct sur les revenus des citoyens. Il reste maintenant à voir ce qui pourra faire l’objet -d’une discussion entre les interlocuteurs sociaux, compte tenu des déclarations des employeurs, qui approuvent la mesure à condition de pouvoir empocher la totalité des bénéfices du saut d’index. Et même si un résultat est atteint, reste à savoir dans quelle mesure le gouvernement sera -disposé à le prendre en compte.
Réforme fiscale
Le projet de loi sur la réforme fiscale est aussi en cours d’examen à la Chambre. Le cadeau qui est proposé aura un goût amer pour beaucoup. L’ampleur de l’avantage dont bénéficieront certains travailleurs dépendra fortement de leur situation familiale. Avec la mesure autour de l’index, certains vont d’ailleurs perdre avant même de gagner. Pour les revenus de remplacement, il n’est plus question d’un statu quo, mais bien d’un appauvrissement direct dans la majorité des cas.
À commencer par les chômeurs qui, après la limitation dans le temps, sont pénalisés une nouvelle fois. Les montants minimums pour les parents isolés et les chefs de ménage plongent encore plus sous le revenu d’intégration, qui est actuellement de 1.811 euros par mois pour un chef de ménage. La situation est similaire dans le domaine des pensions, mais avec une variante un peu plus légère.
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Les montants minimums pour les parents isolés et les chefs de ménage plongent encore plus sous le revenu d’intégration, qui est actuellement de 1.811 euros par mois pour un chef de ménage.
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Adaptation du congé pour les aidants proches
La mesure la plus intéressante adoptée par la Chambre à ce jour est une adaptation du congé pour aidants proches pour les travailleurs actifs. À l’initiative de Nahima Lanjri, députée fédérale du CD&V, les travailleurs peuvent désormais prendre un congé pour aidants proches de manière plus flexible, par périodes d’une semaine. Dans la foulée, la majorité a résolu la problématique des aidants proches au niveau du chômage. Les personnes qui demandent une dispense peuvent rester au chômage pendant 12 mois supplémentaires, avec une allocation légèrement majorée: le minimum pour un cohabitant. En bref, une solution en demi-teinte. Les chefs de famille – souvent des mères isolées – vont y perdre ou se retrouver quand même au CPAS. Et dans 12 mois, nous reviendrons à la case départ. Certains politiciens espèrent peut-être que d’ici là, le train sera passé et que le dossier sera tombé aux oubliettes.
Démissionner avec maintien du droit au chômage
Pour celles et ceux qui envisagent de recourir au nouveau système qui permet de démis-sionner tout en conservant le droit au chômage – à condition d’avoir travaillé au moins dix ans – la réglementation est en principe en vigueur depuis mars. Il ne reste plus qu’à attendre les instructions claires de l’Onem. Le concept reste toutefois bancal à ce stade: il manque un cadre clair pour les formations qui peuvent être suivies et un cadre pour la dispense de disponibilité. De plus, le risque demeure que les employeurs exercent des pressions pour en faire un licenciement gratuit (de leur point de vue). Il serait nettement préférable de réorienter l’ensemble du concept vers une forme de crédit-temps.
En fait, c’est une réorientation totale de toute la politique de l’Arizona qui reste nécessaire. Il suffit de jeter un œil aux chiffres du budget pour voir qu’il est temps de changer de cap. Les alternatives ne manquent pas (lire l’article sur https://digizine.online/mvc/6/article/1881).
Mais terminons par une bonne nouvelle. Grâce au cadre d’accord conclu entre les interlocuteurs sociaux, le salaire minimum augmentera le 1er avril 2026 de 35,7 euros pour atteindre 2.189,81 euros brut. La prime fiscale à l’emploi sera également relevée, après notre insistance sur le respect de l’accord, ce qui portera le gain net à près de 50 euros.