DOSSIER SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL /
Bpost Fleurus: La sécurité au travail, y compris pour les intérimaires
TEXTE Eva Van Laere / PHOTOS Aude Vanlathem / 8 avril 2026 / temps de lecture 5 minutes
L’organisation du travail ne garantit pas systématiquement la protection de la santé et de la sécurité des statuts précaires. L’équipe syndicale a un rôle vital à jouer à ce sujet. C’est ce qu’illustrent les actions inspirantes mises en place par l’équipe du centre de tri Bpost de Fleurus.
Au centre de tri de Fleurus, le travail est intense, cadencé et physiquement exigeant. Dans ce contexte, la sécurité, la santé et le bien-être au travail ne sont jamais acquis. Ils nécessitent une vigilance permanente et un travail syndical constant, mené au plus près du terrain et ce auprès de tous les travailleurs, permanents et intérimaires. Ici, tout le monde est logé à la même enseigne. Cet engagement est aujourd’hui reconnu comme essentiel, y compris par la direction qui sait que des conditions de travail sûres et respectueuses sont indispensables, tant pour la protection des travailleurs que pour le bon fonctionnement du site.
Une présence syndicale forte
À Fleurus, en dehors de la période de rush de fin d’année lorsque l’e-commerce et le traitement des colis augmentent fortement, 10 à 12% des travailleurs sont intérimaires. La coexistence de statuts et de contrats différents, la diversité des origines, des langues parlées et des parcours variés rendent indispensable une présence syndicale tout aussi diverse, forte, structurée et accessible.
La CSC peut compter sur une équipe d’environ vingt déléguées et délégués, répartis sur l’ensemble des vacations. Elles et ils assurent une présence continue sur le terrain en étant à l’écoute des travailleurs, en expliquant les règles de sécurité, en prévenant les risques et en intervenant rapidement en cas de difficulté.
«La sécurité et le bien-être ne se décrètent pas. Ils se construisent chaque jour, sur le terrain, vacation après vacation, en restant proches des travailleurs et en assurant un dialogue social continu avec la direction», explique Grégory Vandersmissen, permanent CSC.
À Fleurus, la sécurité et le bien-être ne repo-sent donc pas sur des slogans, mais sur un travail syndical quotidien, mené par une équipe nombreuse, présente et engagée. Grâce à cette vigilance collective, les travailleurs - intérimaires comme permanents - peuvent exercer leur métier dans des conditions plus sûres et plus dignes.
«Les intérimaires sont bien intégrés depuis le début.»
Grégory Vandersmissen
Faire vivre la sécurité dans la pratique
L’égalité de traitement entre travailleurs per--manents et intérimaires se pratique aussi au quotidien: briefing préalable à l’embauche par l’agence d’intérim, accueil sécurité sur le lieu de travail et, pendant le temps de travail (de un à trois jours), mise en place d’un système de parrainage, d’équipements de protection individuelle (les «EPI») identiques pour tous les travailleurs, tant en matière de normes de sécurité que de confort, initiatives et campagnes pour promouvoir les consignes de sécurité, utilisation de pictogrammes pour être compris par tous, participation active et représentative de l’ensemble des travailleurs, y compris les intérimaires, à la conception et à la mise à jour des procédures de sécurité et de bien-être.
Les délégués préparent et participent activement aux CPPT, se réunissent en urgence lorsque c’est nécessaire, analysent les incidents et les accidents, exigent des adaptations de postes et de procédures, et suivent de près chaque changement de processus de travail. L’objectif est clair: prévenir plutôt que réparer, informer et accompagner en cas d’incident ou d’accident, et veiller à ce que tous les travailleurs, permanents et intérimaires, obtiennent ce à quoi ils ont droit, de la reconnaissance de l’accident comme accident du travail, à l’indemnisation.
Prévenir la pénibilité et protéger la santé
Le travail au centre de tri peut être physiquement exigeant. Chaque travailleur dispose d’une fiche de poste de travail reprenant le détail du poste de travail et les risques pour la santé liés à l’exécution du travail. Cette fiche est communiquée à l’agence d’intérim conformément à la législation, avant l’embauche. En cas de risques spécifiques, une surveillance de la santé est imposée, avant l’embauche et à intervalles réguliers pendant l’occupation.
L’introduction d’exosquelettes, de systèmes de levage par ventouse, de pictogrammes de sécurité et de briefings quotidiens en début de vacation répond à une préoccupation centrale: réduire les risques physiques et préserver la santé et le bien-être à long terme.
Ces dispositifs ne sont pas imposés d’en haut. Ils sont testés, évalués et ajustés avec l’implication directe des délégués et d’un échantillon représentatif de tous les travailleurs, y compris les intérimaires, qui relaient les retours du terrain et signalent les situations à risque.
«Le bien être et la sécurité au travail passent aussi par le respect. Quand une ligne est franchie, notre rôle est d’agir immédiatement.»
Fatma Durusoy
Un espace syndical protégé pour tous
Le local syndical, distinct des espaces RH, est un outil central de sécurité et de bien-être au travail. Il ne s’agit pas d’un privilège, mais du résultat de la concertation sociale et du travail syndical persévérant. Chaque organisation syndicale à son propre local. Cet espace permet aux travailleurs - permanents comme intérimaires - de s’exprimer librement, de signaler des problèmes de sécurité, de harcèlement ou de surcharge de travail, et de demander conseil ou accompagnement, sans pression ni regard extérieur. Le fait que ce tronçon du site ne soit pas sous surveillance caméra n’est pas anodin. Il garantit un climat de confiance et de confidentialité indispensable à la protection et à l’accompagnement des travailleurs.
Protection et respect
La signature d’une charte de la diversité, incluant explicitement les travailleurs intérimaires, vient compléter et renforcer, dans le cadre d’un travail de fond, le règlement de travail et le code de conduite existants. Elle s’inscrit dans une démarche globale de prévention du bien-être psychosocial et couvre notamment l’origine, la culture, les croyances religieuses, l’orientation sexuelle et l’identité de genre (LGBTQ+). Cette charte a une portée collective forte: elle est signée par l’ensemble des travailleurs - permanents et intérimaires -, par le management, ainsi que par les membres des équipes syndicales, affirmant un engagement partagé et transversal en faveur du respect et de l’inclusion. Chaque signalement est traité avec sérieux. Un cas récent de harcèlement envers une travailleuse intérimaire a donné lieu à une enquête complète, à la suspension temporaire de la personne mise en cause et au maintien de la mission de la victime.
«Le bien-être et la sécurité au travail passent aussi par le respect. Quand une ligne est franchie, notre rôle est d’agir immédiatement et de protéger la personne concernée. Nous y sommes très attentifs, la direction aussi », explique Fatma Durusoy, déléguée principale CSC.