L'ACTU /
Budgets wallon et FWB: le social et la solidarité au régime
TEXTE David Morelli / PHOTO Donatienne Coppieters / 19 novembre 2025 / temps de lecture 7 minutes
Alors que le retard du budget fédéral pourrait faire se crasher le gouvernement, les budgets de la Région wallonne et de la FWB ont eux, atterri avec, à l’horizon, des ceintures serrées et un avenir à la diète.
BUDGET WALLON
Sous l’équilibre budgétaire, le démantèlement social
L’annonce, le 20 octobre dernier, du budget de la Région wallonne pour 2026 confirme les craintes de la CSC quant à la trajectoire choisie par le gouvernement. Au total, les économies structurelles annoncées atteindront 270,4 millions d’euros.
Pour la CSC wallonne, le gouvernement Azur (MR/Les Engagés) poursuit sa logique de démantèlement social, sous couvert d’équilibre budgétaire. «La Wallonie encaisse déjà 270 millions d’euros par an de pertes liées aux mesures déjà prises au niveau fédéral, rappelle Daniel Cornesse, secrétaire national de la CSC wallonne et francophone. La limitation des allocations de chômage, l’extension des flexi-jobs et le durcissement de la politique migratoire génèrent des coûts indirects majeurs pour la Wallonie: baisse des recettes fiscales, précarisation accrue, et pression sur les communes et les services sociaux.»
Désengagement et appauvrissement
La coupe de 100 millions d’euros dans les politiques d’emploi et de formation, dont 83,7 millions sur les aides à la promotion de l’emploi (APE) (voir encadré), constitue pour la CSC un désengagement préoccupant du soutien public à l’emploi. «C’est une attaque frontale contre les mécanismes de soutien aux emplois locaux et associatifs, qui jouent un rôle essentiel dans la cohésion sociale et le développement territorial. Cette orientation budgétaire fragilise les acteurs de terrain, affaiblit les politiques d’activation et compromet la capacité collective à répondre aux défis du chômage et de la précarité.»
Ce budget poursuit également une logique d’appauvrissement des pouvoirs publics débutée en 2025 avec le gel de l’indexation des APE Pouvoirs publics et la poursuite du gel des 1% supplémentaire des pouvoirs locaux. À ces mesures, il faut ajouter cette année une réduction de la compensation des communes Plan Marshall. (1) Le tissu associatif est également fragilisé avec une baisse supplémentaire de budget de 8 millions d’euros.
(1) Ces compensations fiscales visent à compenser des réductions des recettes fiscales des communes et des provinces.
Enfin, la santé et les familles seront moins soutenues: le recentrage des missions de l’Agence pour une vie de qualité (Aviq) et l’instauration d’un droit conditionnel aux allocations familiales pour les 18-25 ans (voir p. 13) fait craindre le pire pour l’avenir de ce pilier essentiel de la solidarité.
Trajectoire d’un démantèlement
Avec un solde à financer de 2,015 milliards d’euros en 2026, le gouvernement wallon semble respecter, sur le papier, la trajectoire qu’il s’est lui-même fixée. «Pourtant, analyse Daniel Cornesse, cet équilibre apparent ne reflète pas une gestion rigoureuse des finances publiques, mais plutôt la nécessité de compenser par des coupes sociales sévères les cadeaux fiscaux octroyés aux plus favorisés. En renonçant à plus d’un milliard d’euros de recettes via les baisses des droits d’enregistrement (-525 millions) et droits de succession (-680 millions) d’ici 2029, le gouvernement Azur fait le choix de l’injustice fiscale. Ces mesures fiscales, ni ciblées ni plafonnées, bénéficient principalement aux ménages les plus aisés, tout en affaiblissant durablement les ressources régionales. Le gouvernement promet un retour à l’équilibre budgétaire d’ici dix ans, il le fait en renonçant à des recettes stables, creusant ainsi la dette au lieu de la contenir.»
Enfin, la «transition juste» est elle aussi «mise à mal». Pour la CSC, les quelques annonces du budget 2026 en faveur de la biodiversité ou la simplification des procédures pour les infrastructures énergétiques futures ne suffisent pas à compenser le recul initié en début de législature avec l’abandon des investissements cruciaux pour la transition.
Orientation anti-sociale
Pour la CSC wallonne, le budget 2026 confirme une orientation antisociale qui affaiblit les capacités d’action de la Wallonie, tout en renforçant les inégalités. Les mesures annoncées contribueront-elles à la croissance économique et à la création d’emplois annoncée? «Il faut sur ce point espére r que la réforme des aides à l’embauche se traduise en création d’emplois réels et pas en un nouveau cadeau supplémentaire accordé aux entreprises. Nous appelons à un sursaut démocratique et à une révision profonde des priorités budgétaires, pour une Wallonie solidaire, durable et équitable.» conclut Daniel Cornesse.
Les APE en péril
Le secteur de l’emploi et de la formation est l’un des principaux secteurs concernés par les économies avec 100,2 millions d’euros d’économies à réaliser, dont 83,7 millions d’euros via la réduction de l’enveloppe APE.
Le système d’aide à la promotion de l’emploi (APE) est une aide de la Wallonie, accordée sous la forme d’une subvention forfaitaire annuelle. Elle vise à permettre à des personnes éloignées du marché de l’emploi de retrouver du travail. Ce système, qui prend la forme de points, passe notamment par une subsidiation partielle de la rémunération des travailleurs et une réduction importante des cotisations patronales de sécurité sociale. Cette aide, devenue structurelle au fil du temps, a permis au secteur non marchand de se développer. Les secteurs des pouvoirs locaux, régionaux, provinciaux et communautaires, ainsi que l’enseignement bénéficient également, selon des modalités différentes, de ce budget wallon pour engager du personnel.
Le budget 2026 du gouvernement wallon maintien le gel de l’indexation des APE débuté en 2025 et supprime les APE pour une série d’employeurs comme la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles, les zones de police et de secours, etc. La suppression de la possibilité pour les pouvoirs publics de bénéficier de travailleurs sous contrats APE laisse craindre des pertes d’emploi.
Allocations familiales: conditionnées à partir de 18 ans
Pour les 18-25 ans, des conditions devront être respectées pour continuer à recevoir les allocations familiales: être soit étudiant, soit en formation, soit engagé dans un parcours d’insertion socioprofessionnelle. Un jeune pourra, entre 18 et 25 ans, suspendre sa formation pendant un total de 12 mois tout en bénéficiant toujours des allocations familiales.
Le plafond de revenus pour les familles monoparentales sera quant à lui relevé à 54.867 euros brut par an pour les enfants nés après le 1er janvier 2020.
Région wallonne - Tableau des économies structurelles 2026

Source: gouvernement wallon
BUDGET FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES
Des choix qui coûteront cher aux générations futures
Si la CSC francophone entend aujourd’hui l’urgence de la maitrise budgétaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, elle ne cautionne pas les choix politiques posés depuis la mise en place du gouvernement MR-Engagés.
La Fédération Wallonie-Bruxelles est depuis longtemps sous-financée et nécessite un réinvestissement massif afin d’assurer une meilleure qualité de service et une meilleure accessibilité des services d’intérêt général. Or, aujourd’hui, les réponses du gouvernement nous semblent inefficaces, inéquitables, dénuées de concertation, voire contraires à ce qui est prôné par certains chercheurs.
Le gouvernement MR-Engagés fait preuve d’incompétences et d’idéologie en prônant des mesures telles que la limitation du tronc commun (qui aurait pu générer 40 millions d’euros d’économies par an), en révisant le décret inscription (qui perpétuera les inégalités de notre système d’enseignement), en réhaussant les seuils de réussite aux épreuves externes dans l’enseignement obligatoire (ce qui engendrera un coût supplémentaire de 100 millions d’euros, alors que le redoublement coûte déjà 400 millions d’euros par an à la FWB).
Aujourd’hui, un enfant sur quatre en Wallonie et deux enfants sur cinq à Bruxelles vivent dans une situation de pauvreté.
En réponse à cela, et en se positionnant de manière contraire à ses engagements pris dans le cadre de la garantie européenne pour l’enfance, le gouvernement de la FWB propose l’arrêt de la gratuité des écoles,
la révision des moyens de fonctionnement de l’enseignement différencié, une hausse du minerval étudiant et la non-indexation des subventions aux opérateurs agréés dans le secteur de la petite enfance.
Ce gouvernement précarise davantage les plus précaires et, plus encore, il met en danger notre démocratie en précarisant le secteur de la culture, en renforçant les inégalités d’accès aux activités culturelles et sportives en FWB. Les coupes budgétaires en FWB auront aussi un impact sur les travailleurs de toute une série de secteurs: enseignants, puéricultrices, travailleurs du secteur artistique, assistants sociaux, travailleurs dans le secteur de la santé...
Si le gouvernement de la FWB choisit aujourd’hui de sacrifier les jeunes générations, la CSC ne peut accepter que cela soit fait sous couvert «d’une nécessité de maitriser une trajectoire budgétaire».
Budget 2023: les mesures en bref
255 millions d’euros d’économies seront réalisées en 2026, dont 86,7 millions dans l’enseignement obligatoire:
• hausse du minerval dans l’enseignement supérieur;
• 22 heures de travail hebdomadaire (au lieu de 20) pour tous les enseignants du secondaire supérieur;
• prix des stages Adeps relevés de 10%;
• régime de maladie pour les enseignants aligné sur celui du reste de la fonction publique;
• fin du dispositif permettant aux régents d’accéder à un barème salarial supérieur en suivant un master en sciences pédagogiques.