PAROLES DE MILITANTE /
Camille Van Tomme: «Un prof qui fait correctement son métier travaille plus que 40 heures semaine!»
TEXTE Donatienne Coppieters / PHOTO Aude Vanlathem / 19 novembre 2025 / temps de lecture 2 minutes
Enseignante à l’Institut Notre-Dame de Bonne Espérance (INDBE) à Braine-le-Comte
«Je suis prof de religion et d’histoire en 3è, 4è et 6è secondaire. Je suis engagée pour 22 heures. Au niveau syndical, je suis déléguée depuis un an et demi à l’INDBE et mandataire pour la zone qui regroupe l’Institut technique St-Gabriel à Braine-Le-Comte et les trois implantations de St Vincent à Soignies.
Si le ministère ajoute deux heures de cours par semaine, j’aurai une classe supplémentaire, soit entre 25 et 30 élèves en plus. Cela implique davantage de travail de préparation, de corrections et de suivi. Pour chaque heure de cours, il faut concevoir le contenu, effectuer des recherches, rédiger les supports. En religion, je n’ai pas de manuel. Je crée l’ensemble des cours et dois souvent les adapter suite aux réactions des élèves.
Il faut également concevoir les évaluations, les corriger. Et assurer les photocopies alors qu’à l’INDBE, nous disposons de deux copieuses, régulièrement en panne, pour enseignants. À cela s’ajoutent les tâches administratives demandées par le ministère: bulletins par compétences, réunions de parents, organisation des sorties, plan de pilotage… En moyenne, les enseignants travaillent entre 40 et 45 heures par semaine, bien loin des 22 heures évoquées. Les deux heures hebdomadaires de plus que la ministre veut nous imposer représentent un surcroît de travail conséquent. Quel autre métier
accepterait une telle charge supplémentaire sans être rémunéré?
Mes mandats syndicaux mobilisent également du temps: les réunions CE et CPPT, les réunions préparatoires, les assemblées générales à la CSC… soit environ 20 heures mensuelles supplémentaires. J’ai dû d’ailleurs démissionner de mes mandats CE/CPPT car cela devenait trop lourd à gérer.
Suite à l’annonce du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles le 10 octobre - un vendredi pour limiter les réactions - nous avons organisé une assemblée du personnel le lundi 13. Le 14 octobre, lors de la manifestation nationale, plus de 50 enseignants de notre école sur 80 étaient en grève.
Lors de la réunion de parents début novembre, nous avons aussi sensibilisé les familles au fait que le professeur qu’ils rencontrent ce jour-là pourrait ne pas être reconduit en septembre. Parce qu’ajouter deux heures de cours par enseignant signifie qu’un enseignant sur dix risque de perdre son poste.
Le 10 novembre, nous avons fait la grève parce qu’il est essentiel que la population comprenne qu’affaiblir l’enseignement, c’est compromettre la formation des élèves. La presse ne nous aide pas: elle réduit le débat à “deux heures en plus”.
Il faut déconstruire l’image erronée des profs planqués, souvent en vacances. La réalité est tout autre.