/Daniel Cornesse: «La concertation, c'est être écouté, pas seulement entendu!»
INTERVIEW David Morelli / PHOTO Aurélien Goubau / 10 septembre 2025 / temps de lecture 4 minutes
À l’heure d’une rentrée sociale qui s’annonce délicate, Daniel Cornesse devient le nouveau secrétaire national de la CSC wallonne et francophone, succédant à Marc Becker (1). Il nous fait part des enjeux et des défis à relever pour la Wallonie.
FACE À FACE /
Comment appréhendes-tu ce passage à témoin?
Je l’aborde sereinement et en même temps tout en étant conscient des défis colossaux qui sont devant nous, sur le plan social notamment. Les restructurations et faillites se succèdent et le gouvernement wallon est occupé à saboter ses propres outils. Aujourd’hui, les opérateurs d’insertion socio-professionnelle voient leur budget diminuer et les cellules de reconversion, malgré d’excellents résultats, sont sous la menace d’une privatisation. Lorsque l’on interpelle les élus, la musique est toujours la même: nous devons faire des économies! Mais en même temps, la réforme du droit d’enregistrement par exemple provoque un manque à gagner énorme pour la Région, en plus d’être injuste socialement sur la durée d’un prêt. Ajoutons à cela un gouvernement fédéral qui va impacter l’ensemble des Wallons et des francophones en termes de pouvoir d’achat, d’accès à une pension digne ou de constitution de droits sociaux. Dans ce contexte, il devient difficile pour la population de se projeter dans des perspectives positives. Et ça se comprend parfaitement.
Le «bien-vivre en Wallonie» défini lors du congrès wallon de 2022 est-il encore atteignable dans ce contexte politique?
La question du bien-vivre reste plus essentielle que jamais! À l’heure où le politique construit des oppositions entre les citoyens - les travailleurs contre les chômeurs, contre les malades… - nous portons nous, comme CSC, une vision du bien-vivre pour toutes et tous et surtout du bien-vivre ensemble. Les discours actuels tronquent nos représentations sociales et n’apportent aucun élément sur notre manière de faire société ensemble. Comme organisation syndicale, nous continuerons à proposer un projet de société qui puisse aller dans le sens d’un bien-vivre commun, collectif et solidaire.
Comment envisages-tu la concertation avec le gouvernement wallon?
Nous avons pour mission de porter les préoccupations que nous expriment quotidiennement nos affiliés: c’est aussi cela, vivre dans un système démocratique. Mais force est de constater que le gouvernement wallon nous considère davantage comme un caillou dans sa chaussure que comme un partenaire susceptible de proposer des positions solides. Pour nous, la concertation, c’est pouvoir échanger, construire et surtout être écouté, pas seulement entendu! Appréhender la démocratie sur son seul plan politique est une caractéristique forte de la droite. Or, il y a bien d’autres facettes à la question de la participation démocratique, notamment via la concertation et les corps intermédiaires. Aujourd’hui, ce gouvernement nous sort d’une série de mandats et de lieux, comme l’Awex (2) et Wallonie Entreprendre ou détruit complétement d’autres instances comme l’instance Enseignement-Emploi-Formation. Pourquoi? Parce que je pense que ça les embête d’avoir un avis critique qui les empêche d’avancer comme ils le voudraient.
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«Force est de constater que le gouvernement wallon nous considère davantage comme un caillou dans sa chaussure que comme un partenaire susceptible de proposer des positions solides.»
Daniel Cornesse
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Avec les organisations patronales, la concertation n’est pas forcément plus simple. À part sur quelques dossiers, nous n’arrivons plus à engranger des accords importants qui permettraient aux gens de trouver du souffle dans leur carrière ou dans leur pouvoir d’achat. Le contexte politique, entre autres les restrictions sur la liberté de négociation, leur est trop favorable. Au niveau de la concertation wallonne, le constat n’est pas très différent. On devrait pourtant pouvoir se retrouver sur certains dossiers. La prochaine présidence de la CSC au sein du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie (CESEW) pourrait nous permettre cela, pour autant que le politique nous fasse confiance sur les sujets.
Comment dès lors faire entendre vos (contre-) propositions?
Nous sommes aussi un syndicat de propositions et nous devons les faire entendre dans l’intérêt de nos membres et des travailleurs que nous représentons. Nos services d’études regorgent de qualité. Au quotidien, nous forçons une multitude de rencontres, auprès des partis de l’opposition comme de la majorité, pour tenter d’influencer les réformes. C’est une dimension de notre travail parfois méconnue. Mais quand les décisions se prennent plus sur des principes qu’avec des faits objectivés, quand elles pénalisent les travailleurs avec ou sans emploi que nous représentons, alors oui, la mobilisation peut s’imposer, comme ce sera le cas à Namur le 24 septembre et à Bruxelles le 14 octobre.
Quelles sont les dossiers importants de cette année sociale pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)?
L’exclusion programmée en 2026 de 125.000 Wallons et Bruxellois du chômage va amener une question sociale fondamentale qui va forcément occuper toute notre attention. Par exemple, 41% de ces personnes sont des cohabitants, des femmes dans la plupart des cas. Il y aura un impact direct de quelques centaines d’euros sur le revenu de leur ménage. C’est énorme. Et ce n’est qu’une dimension des conséquences de cette mesure qui coûtera au final très cher aux Wallons et Wallonnes. Je ne suis pas certain que le politique ait pris la mesure de l’enjeu social auquel nous allons être confronté.
J’ai par ailleurs envie d’adresser personnellement un message aux employeurs qui ont applaudi cette mesure. Allez-vous maintenant «jouer le jeu» et engager ces personnes? Êtes-vous capables de conclure des accords avec nous pour leur apporter des réponses et de l’espoir?
Sur les compétences de la FWB, il y a forcément les réformes de l’enseignement que nous suivons de très près et qui nous préoccupent particulièrement. La remise en question du tronc commun est problématique. Et la réforme du qualifiant et de l’enseignement pour adulte pose la question du caractère émancipatoire de l’enseignement. La question de l’accueil de la petite enfance sera aussi cœur des débats.
Nous avons aussi bien entendu la volonté de réformer le dispositif APE qui structure des secteurs entiers, notamment le non-marchand. Nous serons là aussi pour défendre ces secteurs qui font sens contre toute tentative de détricotage ou de marchandisation.
Quelles attentes peuvent avoir les affiliés de la part de la CSC wallonne et francophone?
Notre organisation a la capacité de construire, au départ de ce que les travailleurs vivent dans leur entreprise et dans leur milieu de vie, des revendications et une vision politique porteuse d’un avenir où il fait mieux vivre pour tout un chacun. Qu’ils ne se privent pas de l’opportunité de participer à la construction d’une société plus prospère et désirable. C’est un enjeu fondamental pour nous que les questions sociales et économiques intéressent le plus grand nombre.
Daniel Cornesse: bio express
Daniel Cornesse, 45 ans, a un parcours scolaire et professionnel indubitablement orientés sur la question du travail. Gradué en psychologie du travail, le Liégeois a débuté sa carrière en 2003 comme formateur dans un centre d’insertion professionnel du Mouvement ouvrier chrétien (Moc) et, parallèlement, chez SOS dépannage (aujourd’hui, Réso asbl). Il rentre cinq ans plus tard à la Fédération liégeoise de la CSC comme permanent interprofessionnel et puis comme coordinateur syndical, fonction qu’il occupera pendant 10 ans. Durant ces années, il siègera dans de nombreux lieux liés à l’emploi et à l’insertion, dont la présidence de la Mission locale pour l’emploi de Liège. En 2023, il devient permanent à la CSC Alimentation & Services pour s’occuper des secteurs des titres-services et de l’horeca. Le 1er juillet dernier, il a succédé à Marc Becker à la tête de la CSC wallonne.
Écoutez son interview pour «Opinions CSC» sur www.lacsc.be/podcast.