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EN DÉBAT /

Droits des femmes: faut-il défendre l’égalité et/ou l’équité?

TEXTE Donatienne Coppieters / ILLUSTRATION Shutterstock / 11 février 2026 / temps de lecture 4 minutes

L’égalité et l’équité sont deux notions proches mais distinc-tes, surtout lorsqu’on parle des droits des femmes. Les expliquer aide à mieux comprendre les enjeux des politiques publiques et des luttes féministes. L’égalité désigne le fait de traiter chaque personne de manière identique, quel que soit son sexe, origine, religion ou autre caractéristique. Ainsi, la Constitution belge affirme que tous les citoyens sont égaux devant la loi et garantit l’égalité entre femmes et hommes. L’égalité implique donc les mêmes droits et opportunités pour tous, sans discrimination. Pour différencier l’égalité et l’équité, on utilise souvent l’analogie du mur et des cais-ses. L’égalité, c’est mettre tout le monde devant un mur, mais seuls les plus grands voient au-dessus. L’équité, c’est donner des caisses de hauteurs différentes pour que chacun puisse voir au-delà. L’équité tient donc compte des différences entre les individus. Elle reconnaît les inégalités et cherche à les compenser pour atteindre un équilibre plus juste. Ainsi, en matière de genre, l’équité prend en compte les spécificités physiques et sociales féminines.

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Blanche Garcia, 
permanente Femmes CSC pour le Brabant wallon

«Il est nécessaire de briser les tabous de langage»

«Dans ma réalité professionnelle, on utilise plutôt le mot égalité qui est plus facile à comprendre. Mais ce qu’il faut défendre, c’est que les femmes puissent exercer leurs droits dans des conditions d’égalité, car aujourd’hui, à compétences égales, les opportunités ne sont pas les mêmes qu’on soit homme ou femme.»

«Si l’on se contente des conditions légales identiques sans changer les réalités de départ, nous n’atteindrons jamais nos objectifs. En Belgique, bien que la loi sur l’égalité salariale existe, elle est souvent détournée par les employeurs qui dévaluent les métiers majoritairement féminins ou profitent du fait que les femmes réduisent leur temps de travail pour s’occuper de leurs proches. C’est pourquoi je considère que l’équité est plus importante que l’égalité légale, car elle exige de créer des conditions réelles permettant aux femmes d’évoluer et d’accéder à des postes plus élevés.

Dans le contexte des droits des femmes, l’équité signifie que les droits doivent s’appliquer de manière à ce que les femmes obtiennent les mêmes résultats concrets que les hommes, en tenant compte notamment de leurs spécificités physiques liées aux «3 M»: menstruation, maternité et ménopause. J’ai remarqué, par exemple, que la ménopause est un sujet de préoccupation majeur pour les travailleuses, mais qu’elle est absente des conventions collectives comme la CCT n°104 sous prétexte que les hommes ne sont pas concernés.

Concernant le cycle menstruel, je suis plus réservée sur l’appellation «congé menstruel», car j’ai peur que cela expose les femmes à des stigmatisations ou des moqueries de la part des employeurs. Je préférerais des solutions plus globales, comme le droit à un jour de congé non justifié par mois pour tout le monde, l’extension des jours de maladie sans certificat médical, un suivi médical rémunéré durant les heures de travail et l’aménagement de locaux de détente pour gérer les douleurs ou le stress.

Il est nécessaire de briser les tabous de langage. J’ai été très surprise de constater, lors de formations sur la gratuité des protections menstruelles, que les hommes se montraient très constructifs et posaient des questions pertinentes, alors que les femmes semblaient parfois plus mal à l’aise avec le sujet. Il est essentiel que nous soyons plus à l’aise avec ces concepts pour faire évoluer les mots en même temps que la réalité.»

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Valérie Lootvoet,
directrice de l’Université des femmes

«L’équité est indispensable mais n’est pas un objectif»

«Dans une société parfaitement égalitaire, l’équité ne serait pas nécessaire car elle constitue, en fait, une mesure compensatoire.»

«Le fait par exemple qu’une femme puisse recevoir la pension de son mari si elle n’a pas travaillé est une mesure compensatoire (donc équitable si elle n’a pas ou peu travaillé pour s’occuper de ses enfants). Cependant, ce n’est pas le modèle que je défends. Le modèle que je soutiens est celui où les femmes accèdent à l’emploi et à des périodes assimilées pour se constituer une carrière complète. L’idée n’est pas que les hommes ne fassent rien à la maison, mais qu’ils partagent de manière égalitaire - et non pas équitable - l’ensemble du travail rémunéré et non rémunéré. Les mesures compensatoires ont donc leur utilité dans un contexte inégalitaire pour résorber les écarts, mais elles ne constituent pas un horizon à atteindre.

En Belgique, l’égalité homme-femme est inscrite dans la Constitution et il existe des lois comme celle sur l’égalité salariale. Mais en réalité, s’il n’est plus possible de créer des lois directement discriminatoires, il subsiste aujourd’hui de nombreuses lois indirectement discriminatoires qui touchent les femmes.

Je pense par exemple aux lois sur l’organisation du travail: les employeurs utilisent des dispositions légales pour organiser le travail à temps partiel, qui concerne majoritairement les femmes. De même, la réforme actuelle du chômage risque de placer une série de femmes sous la dépendance économique de leur mari. On le voit aussi avec le statut de cohabitant qui pénalise le plus souvent les femmes.

Quant à savoir s’il faut privilégier l’équité pour tenir compte des spécificités féminines, tout dépend du modèle social que l’on défend. Je pense que dans certaines situations, il faut impérativement des mesures d’équité pour éviter que les femmes dépendent d’autrui.

L’équité est donc indispensable pour pallier des inégalités spécifiques, mais l’objectif pour les droits des femmes demeure un paysage égalitaire où les structures de la société ne créent plus de dépendance ou de discrimination indirecte.»

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