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EN DÉBAT /

Enregistrer le temps de travail, stop ou encore?

TEXTE Bram Van Vaerenbergh / PHOTO Shutterstock / 17 décembre 2025 / temps de lecture 3 minutes

À partir du 1er janvier 2027, suite à une directive européenne qui doit être transposée dans la législation belge, l’enregistrement du temps de travail sera obligatoire en Belgique. Cette obligation vise à garantir le respect des durées maximales de travail et de repos imposées par l’Europe. Les employeurs devront mettre en place un système objectif, fiable et accessible pour enregistrer le temps de travail journalier de chaque travailleur. Cet enregistrement sert-il uniquement de contrôle du temps de travail ou vise-t-il d’autres aspects?

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«Un peu plus de prévention interne ne ferait certainement pas de mal»

Piet Van den Bergh, conseiller au service d’études de la CSC

«À une époque où le coût social des longues incapacités de travail dues au burn-out ne cesse d’augmenter, renforcer quelque peu la prévention interne ne ferait certainement pas de tort», estime Piet Van den Bergh.

«La directive européenne parle d’”un système objectif, fiable et accessible pour l’enregistrement du temps de travail quotidien”, elle ne mentionne nulle part le mot “pointeuse”. En 2019 déjà, la Cour européenne de Justice imposait aux États-membres d’obliger les employeurs à instaurer “un système objectif, fiable et accessible” pour mesurer le temps de travail quotidien de chaque travailleur. Cette décision est jugée par les lobbies patronaux comme déconnectée de la réalité. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de contrôler les heures de travail: c’est une question de législation sur le bien-être qui est en jeu.

Cet arrêt fait suite à une action intentée par le syndicat espagnol CCOO suite à la violation de plusieurs dispositions espagnoles et européennes en matière sociale. Comme c’est le cas en Belgique, c’est le travailleur qui doit prouver qu’il a presté des heures supplémentaires. Dans ces conditions, pourquoi nous étonner qu’une étude menée en Espagne ait démontré que plus de la moitié des heures supplémentaires prestées ne sont pas enregistrées ni indemnisées.

Plusieurs tribunaux belges ont déjà statué sur cette problématique. Selon certains juges, la responsabilité incombait davantage aux employeurs qui ne disposaient pas d’un système d’enregistrement du temps de travail. Parce qu’ils étaient dans l’incapacité de prouver quelles heures avaient été prestées, les employeurs étaient rapidement contraints de payer un sursalaire et des arriérés de salaire. D’autres juges ont souligné que l’État belge était tenu de mettre sur pied un système général, afin que l’employeur ne soit pas perdant.»

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«Chaque minute est rémunérée»

Tim Vercammen, délégué syndical chez KBC

Chez KBC, il existe des accords clairs concernant le temps de travail. Chaque minute est enregistrée. «Le système a été mis en place il y a une dizaine d’années en concertation avec les syndicats, et il fonctionne bien», explique Tim Vercammen.

«Le fait que nous enregistrions toutes nos heures de travail permet d’avoir des règles claires. Nous pouvons travailler de manière très flexible. Chaque jour, je dois travailler 7 heures et 24 minutes et, en principe, cela peut se faire entre six heures du matin et dix heures du soir. Bien sûr, ce n’est pas l’idée quand on travaille, comme moi, dans un bureau. Il faut alors tenir compte des heures d’ouverture. Je trouve que c’est un bon système: nous ne travaillons pas une seule minute qui ne soit pas compensée. On peut récupérer le temps de travail flexible ou faire payer les heures supplémentaires. Si nous travaillons le samedi, nous recevons également une compensation, en fonction des heures travaillées. Mais cela se fait automatiquement puisque nous pointons. Si j’ai un rendez-vous tardif avec un client, je peux facilement commencer plus tard le matin. En télétravail, nous ne pouvons pas accumuler de temps flexible et nous le comprenons. Il y a bien des contrôles, mais uniquement quand l’horaire de travail enregistré questionne l’employeur.»

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«Tout se fait dans la confiance entre collaborateur et responsable»

Ghislain Moeskop, délégué syndical chez Belfius

Belfius a choisi, il y a cinq ans, de laisser le personnel décider lui-même s’il souhaitait ou non enregistrer son temps de travail. «Nous avons une clause d’opt-in et d’opt-out», explique Ghislain Moeskop.

«Les personnes qui ne voulaient plus enregistrer leur temps ont reçu des jours de congé supplémentaires. Environ dix pour cent ont choisi de continuer à pointer. La proposition venait de la direction, car les systèmes existants de suivi du temps de travail devaient être modifiés. Nous avons ensuite conclu une convention collective: les collègues qui ne souhaitaient plus pointer ont obtenu trois jours de congé supplémentaires. Les nouveaux collègues n’ont pas le choix: ils sont automatiquement intégrés dans le système sans enregistrement du temps. Est-ce mieux ou pire? Je laisse la question ouverte. Cela dépend surtout du salarié et de son responsable direct, car tout se fait désormais dans la confiance. Personnellement, je garde mes heures de travail en tête et je vise simplement à accomplir mes heures sur la semaine. Un jour, je peux arrêter un peu plus tôt qu’un autre parce qu’un rendez-vous est prévu en soirée, par exemple. Je n’entends pas beaucoup de plaintes à ce sujet. Mais pour les jeunes collègues, il faut parfois être vigilant. Sans enregistrement du temps, il n’y a plus de limite et on la dépasse plus facilement. Si nous devons revenir à la table des négociations pour réintroduire l’enregistrement du temps, nous veillerons à ne pas perdre les jours de congé que nous avons acquis.»

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