EN ACTION /
L’inaction coupable des enseignes de mode
TEXTE & PHOTO Donatienne Coppieters / 22 MAI 2025 / TEMPS DE LECTURE: 3 MINUTES
Douze ans après la pire catastrophe industrielle de l’histoire moderne de l’habillement, les marques de mode ne protègent toujours pas les ouvrières et ouvriers de l’industrie textile et ne s’engagent toujours pas contre les violations persistantes des droits humains et syndicaux dans les pays producteurs. Et pourtant, elles disposent des moyens pour le faire!
24 avril 2013: 1.138 personnes sont tuées et des milliers d’autres blessées par l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble du secteur textile au Bangladesh. Dans ces ateliers étaient fabriqués une partie des vêtements d’enseignes de mode que nous portons chaque jour.
24 avril 2025: rue Neuve à Bruxelles. Une centaine de personnes portant banderoles et calicots déambulent lentement dans la rue commerçante avec des banderoles: «Stop Business Impunity!», «Des salaires dignes pas la prison!», «Répression au Bangladesh, marques complices: Kiabi, Zara, Aldi, Levi’s, Decathlon, M&S, Bestseller, C&A, Carrefour, H&M, Vans, Matalan, Lidl, Next, Primark, Calvin Klein, Gap, Lee»…
Le groupe fait une halte devant les magasins de quatre enseignes dont les chaînes d’approvisionnement sont entachées de répression syndicale: Zara, H&M, C&A et Primark.
Des progrès... trop faibles
Depuis 12 ans, les promesses de transformation de l’industrie de la mode restent largement lettre morte dénoncent les plateformes achACT et Schone Kleren Campagne, une large coalition d’organisations syndicales et d’ONG, dont la CSC et WSM sont membres.
En 2013, sous la pression de la société civile, certaines marques ont accepté de signer un Accord sur la santé et la sécurité. Mais celui-ci est géographiquement limité, principalement au Bangladesh et au Pakistan. Et des droits essentiels, comme la liberté syndicale ou le versement d’un salaire vital, dépendent encore du bon vouloir des enseignes. En novembre 2023, des manifestations ouvrières au Bangladesh ont été violemment réprimées lors du processus de révision salariale, dans le silence assourdissant des marques et enseignes de mode…
Des marques toujours réfractaires
De plus, malgré les preuves de l’efficacité de l’accord, certaines marques, dont Decathlon, Amazon, Ikea ou Urban Outfitters, continuent de s’en tenir à des engagements volontaires. En refusant de signer des accords juridiquement contraignants, elles exposent leurs travailleurs à des risques bien connus ou nouveaux, liés au changement climatique: vagues de chaleur, inondations, conditions de travail de plus en plus extrêmes.
Une législation européenne en péril
En avril 2024, lors du 11ème anniversaire du drame, le Parlement européen adoptait la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité. Ce texte ouvrait la voie à une responsabilisation réelle des multinationales vis-à-vis des violations sociales et environnementales dans leurs chaînes de production.
Mais à peine un an plus tard, cette avancée historique est déjà menacée: une «proposition omnibus» émise par la Commission européenne cherche à édulcorer le texte initial!
«Les marques peuvent signer des accords juridiquement contraignants. Elles peuvent garantir la sécurité des ouvrières, leur liberté de se syndiquer, leur droit à un salaire vital. Elles peuvent le faire mais elles choisissent de ne pas le faire, s’indigne Nigun Kucuk, vendeuse et déléguée chez C&A lors de l’action.
La Clean Clothes Campaign appelle à la fois les marques et les institutions européennes à faire preuve de courage: en signant des accords juridiquement contraignants et en renforçant la législation européenne.
Pour aller plus loin
Une chronologie des événements cruciaux survenus dans l’industrie de l’habillement au Bangladesh avant et depuis l’effondrement du Rana Plaza est disponible sur le site www.ranaplazaneveragain.org/timeline
Une pétition demandant à Kontoor Brands (Wrangler, Lee) ainsi qu’à 11 autres grandes marques de signer l’accord est disponible sur cleanclothes.org.
Les messages commémoratifs de l’effondrement du Rana Plaza peuvent être déposés sur le site suivant ranaplazaneveragain.org.
Un aperçu de l’état d’avancement des procédures judiciaires contre les propriétaires de l’immeuble et des usines du Rana Plaza est mis à disposition par BLAST et peut être consulté ici:
https://cleanclothes.org/file-repository/update-of-rp-cases_april25blast.pdf/view
Clean Clothes Campaign estime qu’il est vital que les procès contre les responsables, y compris le propriétaire de l’immeuble et les usines qu’il abrite, soient menés à terme, conformément aux conventions internationales sur les droits humains.
Plus d’informations sur la campagne en cours contre les accusations toujours pendantes contre les travailleurs et travailleuses qui ont protesté contre la maigre augmentation salariale de 2023:
https://cleanclothes.org/campaigns/crackdown-2024
Une action par courrier électronique ciblant H&M et Inditex est disponible ici: https://cleanclothes.org/hm
De plus amples informations sur la manière dont l’accord pourrait bénéficier à un plus grand nombre de travailleurs et travailleuses sont disponibles sur: https://cleanclothes.org/campaigns/the-accord/keep-all-workers-safe