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DANS L’ENTREPRISE /

Les pompiers demandent une protection adéquate

INTERVIEW Fien Vandamme & Anaëlle Akwesi / PHOTO Michael Delausnay / 13 mars 2026 / temps de lecture 4 minutes

Exposés régulièrement à des fumées toxiques et à des substances cancérigènes, les pompiers paient un lourd tribut à leur engagement. Leur risque de développer certains cancers est nettement supérieur à celui de la population. Pour des professionnels comme Yves De Vogelaere, qui a vu plusieurs collègues succomber à la maladie au fil de ses trente années de service, l’urgence est claire: renforcer la protection et durcir les procédures pour préserver ceux qui nous protègent.

Au cours de votre carrière, comment avez-vous pris conscience de l’ampleur des risques sanitaires auxquels les pompiers sont exposés?

En 30 ans de carrière, j’ai perdu plusieurs collègues suite à des cancers. Des études scientifiques montrent que les pompiers présentent un risque nettement plus élevé de développer certains cancers. Elles montrent aussi que les pompiers vivent en moyenne dix ans de moins que ceux qui ne sont jamais exposés aux substances toxiques libérées lors d’un incendie.

Comment investit-on dans la prévention actuellement?

Lors d’une intervention en cas d’incendie, nous portons toujours des appareils respiratoires afin de nous protéger contre les substances toxiques présentes dans la fumée. Mais les gaz de combustion pénètrent également dans nos combinaisons, c’est pourquoi elles sont lavées après chaque intervention et subissent régulièrement un nettoyage en profondeur au CO2 liquide sous pression. Une décontamination est également effectuée sur place: dans un véhicule spécialisé, nos tenues sont emballées de manière sécurisée et le matériel que nous utilisons, comme les radios, les caméras thermiques et les casques, est nettoyé. Nous nous lavons également les mains et le visage avec des lingettes. Toutes ces mesures visent à réduire au maximum l’exposition aux substances cancérigènes.

En a-t-il toujours été ainsi?

En 2015, une circulaire du ministre de l’Intérieur de l’époque, Jan Jambon, a défini le traitement des vêtements contaminés, mais les procédures de sécurité que nous trouvons normales aujourd’hui ne sont réellement en place que depuis quatre ans environ. Auparavant, l’exposition aux substances dangereuses n’était guère prise en compte. Il n’était pas question de nettoyer nos vêtements en profondeur: nos vestes étaient simplement suspendues dans le couloir, près des dortoirs. Le matin, on sentait tout de suite s’il y avait eu un incendie. L’odeur imprégnait tout. Nous dormions littéralement à côté de vêtements contaminés. Après une intervention, il nous arrivait de manger ou de boire couverts de suie. Je me souviens que nous mangions parfois une gaufre ou buvions un coca avec le visage et les mains tout noirs. C’est impensable aujourd’hui. La culture était totalement différente à l’époque: plus on était sale, plus on gagnait en respect en tant que pompier. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Nous connaissons les risques; nous procédons toujours à une décontamination avant de manger ou de boire. La propreté est désormais synonyme de professionnalisme et de sécurité.

 

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«Êteindre un incendie n’est pas un acte d’héroïsme inconsidéré. En tant que pompiers, nous demandons une protection adéquate, pas des applaudissements.»

YVES DE VOGELAERE

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Ces mesures sont-elles suffisantes?

Elles réduisent sensiblement le risque, même s’il n’est jamais nul. Nous restons inévitablement exposés à ces substances. En appliquant toutes ces mesures de manière systématique, nous réduisons considérablement ce risque. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît notre profession comme cancérigène: nous travaillons constamment avec des substances nocives et cancérigènes. Pourtant, en Belgique, le cancer n’est toujours pas reconnu comme maladie professionnelle pour les pompiers. C’est un combat important pour les syndicats. Au sein du CPPT, la prévention et la sécurité sont des sujets de discussion permanents. Le respect des procédures de sécurité et d’hygiène et l’achat d’équipements font partie de notre travail de militants. Heureusement, l’employeur y attache également une grande importance. Mais dès que nous constatons qu’une mesure n’est pas appliquée ou pas correctement ou que les moyens sont insuffisants nous intervenons rapidement.

Substances dangereuses, prévention et environnement: ces trois thèmes sont-ils liés?

Lors d’un incendie industriel, des équipes de pompiers spécialisées ou la protection civile mesurent la qualité de l’air. Sur cette base, des notifications peuvent être émises, comme la recommandation de fermer portes et fenêtres. L’eau utilisée pour éteindre l’incendie doit également faire l’objet d’une attention particulière: normalement, elle s’écoule dans le réseau d’égouttage, mais en cas d’incendie industriel, elle est souvent récupérée ou contenue, pour éviter toute pollution de l’environnement. Dès qu’il y a des substances dangereuses ou des risques de pollution, nous mettons tout en œuvre pour protéger l’environnement.

Autre point préoccupant: la nature des incendies a changé. Les intérieurs, autrefois composés principalement de bois et de coton, contiennent aujourd’hui des matériaux synthétiques, des plastiques et des colles qui libèrent beaucoup plus de substances cancérigènes en cas d’incendie. Lorsqu’ils brûlent, les panneaux des meubles modernes comme ceux d’Ikea, les colles et les câblages électriques produisent une fumée toxique qu’il ne faut pas sous-estimer.


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«Des études montrent que les pompiers vivent en moyenne dix ans de moins que ceux qui ne sont jamais exposés aux substances toxiques libérées lors d’un incendie.»

YVES DE VOGELAERE

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Votre manière de travailler doit-elle évoluer avec ces risques?

Absolument. Des risques accrus exigent une meilleure protection, des procédures plus strictes et leur application systématique.
En tant que pompiers, nous devons constamment anticiper l’évolution des matériaux.
Et en tant que travailleur et membre d’un syndicat, il est essentiel de veiller à obtenir la protection adéquate. Vous y avez droit et les employeurs sont légalement tenus de vous fournir tous les équipements de protection nécessaires pour travailler en toute sécurité. Le conseil le plus important est le suivant: assurez-vous de recevoir la protection correcte. Si ce n’est pas le cas, faites appel au syndicat pour l’obtenir. Éteindre un incendie n’est pas un acte d’héroïsme inconsidéré: en tant que pompiers, nous demandons une protection adéquate, pas des applaudissements.

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Yves De Vogelaere travaille depuis 29 ans au sein du corps des pompiers de Bruxelles. Il est également pompier volontaire depuis 18 ans dans la zone de secours des Ardennes flamandes. En tant que représentant des travailleurs, il veille à ce que les interventions se déroulent de la manière la plus sûre possible.

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