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Les punitions ne guérissent pas!
texte Anne Léonard, secrétaire nationale / 17 décembre 2025 / temps de lecture 2 minutes
Je vous emmène un instant au Royaume-Uni, lorsque David Cameron venait tout juste de devenir Premier ministre en 2010. L’une de ses premières mesures: un nouveau contrôle d’un million de malades, entre 2010 et 2013. Si un potentiel de travail était détecté chez le malade, l’allocation de maladie lui était supprimée. Les conséquences? 290.000 malades supplémentaires souffrant de troubles psychiques. Une utilisation d’antidépresseurs en forte hausse. Et environ 600 suicides. Cette mesure britannique vous semble-t-elle familière?
Dans notre pays aussi, le gouvernement prévoit la même chose: les contrôles seront renforcés, des sanctions financières mises en place et les allocations risquent d’être supprimées.
Deux milliards d’euros, c’est ce que le gouvernement De Wever veut récupérer auprès des malades de longue durée. Alors même que l’expérience étrangère montre l’inefficacité d’une telle politique punitive envers les malades, nos ministres n’en tiennent aucun compte.
Tant que la pénibilité du travail et les conditions de travail qui rendent malade ne sont pas prises en compte, les travailleurs continueront à tomber en incapacité. Mais les malades de longue durée sont depuis si longtemps présentés dans le débat public comme des profiteurs que le gouvernement ne ressent guère de pression pour mettre en place une politique réellement efficace.
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«On ne choisit pas d’être malade et aucune sanction ne vous guérit!»
ANNE LÉONARD
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Pas de mesures pour un travail soutenable, mais des tableaux remplis de chiffres froids sur le nombre de malades qui, chaque année, perdront leur allocation lors des contrôles afin d’économiser deux milliards d’euros. Aucun soutien pour une politique de prévention en entreprise, mais bien des sanctions financières si, en tant que travailleur malade, vous ne vous rendez pas chez le médecin du travail.
S’opposer à la stratégie de division
Si nous voulons que les responsables politiques s’attaquent au travail qui rend malade plutôt qu’aux travailleurs malades, la première étape consiste donc à s’opposer syndicalement à cette stratégie de division. Un salarié peut basculer dans la maladie ou le chômage à la suite d’une simple décision managériale, d’un accident du travail ou d’un accroc de santé. C’est précisément pour faire face à ces risques que nous avons construit notre système de sécurité sociale. La droite cherche aujourd’hui à le démanteler en stigmatisant les chômeurs et les malades comme des «inactifs» qui ne veulent pas travailler.
Grâce à la mobilisation et à la résistance syndicale de ces derniers mois, certaines mesures parmi les plus dures de la politique relative aux malades de longue durée ont déjà été atténuées. Nous avons, par exemple, évité que les travailleurs perdent encore des droits à la pension parce qu’ils sont tombés malades pendant leur carrière.
L’utilisation des malades de longue durée comme une variable d’ajustement budgétaire, sous couvert de suspicion et de menace de sanctions, reste toutefois au cœur de la politique du gouvernement. Dans le débat, que ce soit sur le lieu de travail, autour de la table des fêtes ou ailleurs, opposons à cette logique un message clair et profondément humain: on ne choisit pas d’être malade et aucune sanction ne vous guérit!