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/Marc Becker: «La concertation avec le gouvernement wallon est quasi inexistante aujourd’hui».

INTERVIEW David Morelli / 10 septembre 2025 / temps de lecture 4 minutes

Près de 20 ans après sa prise de fonction, Marc Becker, secrétaire national en charge des affaires wallonnes et francophones, a pris sa retraite le 30 juin dernier. Il revient sur ses thèmes de prédilection: la Wallonie et les Wallons.

FACE À FACE /

Comment appréhendes-tu ce passage à témoin?

Je suis plutôt serein parce qu’il s'est fait dans la sérénité avec les centrales et les responsables de fédération. Et j'ai confiance en Daniel [NDLR: Cornesse, son successeur – voir son interview]. Je pense que les choses se passeront bien. Au départ, c’est une charge qui est relativement lourde. Mais au fil du temps, on l’appréhende plus facilement grâce aux réseaux tissés, à l’expérience et à une super équipe qui m’a permis de soutenir cette charge plus facilement.

Comment décrirais-tu l’évolution de la Wallonie depuis 20 ans?

Institutionnellement, la 6ème réforme de l'État a abouti au transfert de nombreuses matières fédérales vers les Régions: allocations familiales, emploi, économie, environnement… Avec la création de l’Aviq, la Région wallonne a également obtenu des compétences au niveau des soins de santé. Les choses ont donc fortement évolué sur ce plan. Politiquement, la situation a radicalement évolué depuis un an. Jusqu’à présent, nous avions des majorités de centre-gauche qui favorisaient fortement la concertation sociale. La majorité de droite a clairement les syndicats dans sa ligne de mire. Elle essaye à tout prix d'éviter toute forme de concertation sociale, pour le moment en tout cas.

Selon toi, qu’est-ce qui a amené la population wallonne à voter majoritairement plus à droite?

Je pense que, globalement, c’est le fait que beaucoup de travailleuses et de travailleurs vivent dans des conditions proches de la précarité alors qu’ils travaillent comme des fous, de manière de plus en plus flexible, mais sans retour en matière de salaire ou de confort. Tous ces éléments ont créé un mal-être au travail, comme en témoigne l'augmentation du nombre de malades de longue durée. Face à cette situation, la droite a proposé des réponses simples, de manière un peu populiste. Je pense que ces réponses simples à des problèmes complexes leur ont permis de gagner les élections.

Le «bien-vivre en Wallonie» tel que défini lors du congrès wallon de 2022 est-il encore atteignable dans le nouveau contexte politique ?

Fondamentalement, le contexte qui a amené aux positions prises pendant ce congrès est resté le même: mal-être au travail, enjeux de transition climatique et numérique, etc. Ces enjeux sont toujours face à nous. Je pense que les réponses apportées lors du congrès restent les bonnes. Il faut continuer à s'appuyer sur les pistes définies dans ses résolutions pour travailler à sensibiliser les travailleurs sur les politiques à mener pour arriver à du «bien vivre» tout en respectant la planète et en étant solidaire les uns des autres. Il faut continuer à marteler ces positions avec persévérance, même si le contexte n'est pas facile. Je pense qu’à un moment donné, la vérité éclatera et nous pourrons reprendre la main sur une série de débats.

Comment définirais-tu les relations entre les syndicats et les gouvernements wallons et de la Fédération Wallonie-Bruxelles?

Actuellement, elles sont quasi inexistantes, contrairement au passé où on avait beaucoup de concertation. Et lorsqu’il y a des relations, c'est souvent pour essayer de réduire notre influence. On le voit clairement dans la posture du ministre de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet, qui ne cache même pas sa volonté de s'attaquer aux organisations syndicales. Ce qu’il fait à la hache! Il n’y a actuellement aucune concertation avec les gouvernements wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La prétendue concertation sur laquelle ils communiquent n'est qu’une posture.

Quels sont les outils qu'aura ton successeur pour tendre vers le «bien vivre»?

Il y a un important travail d'éducation permanente à faire auprès de nos affiliés pour leur réexpliquer quels sont les tenants et aboutissants des problèmes actuels. Le MR se présente comme le parti des travailleurs mais, dans les faits, il est d'abord le parti des employeurs: toutes leurs mesures sont contre les travailleurs. Notre boulot est d'arriver à expliquer que les politiques menées par la droite ne correspondent pas à leurs discours électoraux. La droite est dans une posture purement idéologique portée par une volonté de supprimer toute opposition à un libéralisme du marché devenu fou. Il faut remettre en place une forme de contestation avec les travailleuses et les travailleurs, d’autant que la récente enquête nationale de la RTBF a pointé que les trois principales préoccupations des Belges sont les salaires trop bas, la santé et une fiscalité équitable. Ce sont exactement nos priorités! Ce sont les préoccupations que nous remettons sans cesse sur la table ! Mais, jusqu’à présent, le gouvernement a quand même réussi à faire passer son narratif. Il faut avoir le courage de réfléchir sur notre communication. Elle n’est peut-être plus appropriée au contexte actuel.

Quels sont les défis les plus importants auxquels ton successeur devra faire face?

Le trop faible taux d'emploi en Wallonie est un enjeu important auquel il faut répondre via des emplois de qualité. Le niveau de précarité et de pauvreté est également beaucoup trop important par rapport à des régions adjacentes. Et la réforme sur la limitation des allocations de chômage va frapper de plein fouet la Wallonie, davantage que les autres Régions. La priorité des priorités pour la Wallonie, c'est de réduire son taux de pauvreté et améliorer le niveau de vie. Cela passe par une série de mécanismes et de dispositifs d'accompagnement mais aussi de formation. Les outils existent mais il faut faire en sorte de les améliorer pour qu’ils fonctionnent mieux.

Quel événement t’a particulièrement marqué durant ton mandat?

Le premier congrès wallon, en 2013. La CSC wallonne y a élaboré ses propres lignes de force et renforcé son identité particulière au sein de la CSC, tout en restant dans une CSC globale forte. D’une certaine manière, il a institué la reconnaissance d’une CSC wallonne en tant que telle.

As-tu un conseil à donner à ton successeur?

Je lui dis simplement «Bon vent!» parce que je lui fais totalement confiance.

Marc Becker: bio express

Le Montois, assistant social de formation, a été permanent interprofessionnel à la Fédération de Mons avant de devenir responsable national des Jeunes CSC, de 1988 à 1996. Après un passage par la Confédération européenne de syndicats (CES), il a officié comme secrétaire fédéral de la CSC Mons-Borinage-Centre. En décembre 2005, il a accepté le mandat qu’il a porté jusqu’à aujourd’hui.