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DOSSIER MARCHE DES CARRIÈRES /

Prendre votre pension anticipée pourrait vous coûter très cher

TEXTE Patrick Van Looveren / PHOTO Shutterstock / 10 septembre 2025 / temps de lecture 5 minutes

Le gouvernement De Wever complique le départ à la pension anticipée et instaure un nouveau système de bonus-malus. L’impact du malus, c’est-à-dire de la diminution du montant de la pension pour ceux qui ne remplissent pas une série de conditions de carrière, est important. Les femmes sont particulièrement visées.

Il faut rappeler avant tout que les plans du gouvernement tels que nous vous les présentons ci-dessous sont le résultat de l’accord d’été conclu entre les partis gouvernementaux, qui doit encore être voté au parlement. Les mesures ne seront d’application qu’après leur publication au Moniteur. Sachez aussi que si vous pouvez partir à la pension anticipée en 2025, rien ne change, même si vous prenez votre pension plus tard. Tous ceux et celles qui ne peuvent prendre leur pension anticipée qu’à partir de 2026 tomberont sous le coup du nouveau régime. Le système du bonus-malus signifie qu’une personne qui arrête de travailler avant l’âge légal et qui ne peut pas justifier de prestations de travail suffisantes sera concernée par un malus (une diminution du montant de sa pension mensuelle). Par contre, une personne qui continue à travailler après l’âge légal de la pension et qui remplit les conditions bénéficiera d’un bonus (une augmentation du montant de sa pension mensuelle).

La pension anticipée est-elle maintenue?

Oui. Les conditions de carrière et d’âge requises pour pouvoir prendre une pension anticipée sont maintenues: 43 années de carrière si vous avez 61 ou 62 ans et 42 ans de carrière si vous avez 63, 64 ou 65 ans. Mais le nombre de jours de travail nécessaires par an augmente. Si vous prenez votre pension anticipée avant le 1er janvier 2027, toutes les années de carrière comptant au minimum 104 jours travaillés ou assimilés sont prises en considération (législation actuelle). Si vous prenez votre pension anticipée après le 1er janvier 2027, seules les années de carrière qui comptent 156 jours travaillés ou assimilés entrent en considération. Cette augmentation du nombre de jours nécessaires implique que 40% des femmes et 30% des hommes devront reporter leur départ à la retraite (calcul de la Commission du vieillissement). Dans 80% des cas, ce sera parce qu’ils n’atteignent pas les 156 jours pour leur première année de carrière.

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Le congé pour soins, le congé de maternité et, grâce aux actions syndicales, le chômage temporaire sont assimilés à des jours de travail effectif.

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La législation en vigueur permet aussi de partir à la pension anticipée à 60 ans si l’on peut prouver 44 années de carrière comptant chacune 104 jours travaillés ou assimilés. Le ministre des Pensions, Jan Jambon, met en avant le fait qu’à partir de 2027, on pourra prendre sa pension dès 60 ans, avec 42 ans de carrière, ce qu’il présente comme un assouplissement. Mais, pour chacune de ces années, il faudra justifier au minimum 234 jours de travail effectifs. Les jours de chômage temporaire sont assimilés à des jours de travail effectif, mais ce n’est pas le cas pour d’autres périodes d’absence. Peu de gens rempliront de telles conditions.

Quelles conditions faut-il remplir pour éviter le malus?

Ce n’est pas parce que vous remplissez les conditions pour prendre une pension anticipée que vous n’êtes pas concerné par un malus. Des conditions supplémentaires s’appliquent. Si vous ne les remplissez pas, vous serez sanctionné financièrement.

• Vous devez pouvoir justifier d’au moins 35 années de carrière, avec au moins 156 jours effectivement travaillés chaque année.

• Au total, vous devez compter au minimum 7.020 jours effectivement travaillés. 35 ans de travail à mi-temps ne suffisent donc pas, car on n’arrive ainsi qu’à 5.460 jours.

Le congé pour soins, le congé de maternité et, grâce aux actions syndicales, le chômage temporaire sont assimilés à des jours de travail effectif. Au départ, la maladie n’était pas prise en compte dans le calcul du travail effectif mais, sous la pression, une correction pour la maladie est désormais prévue. Il s’agit toutefois d’un calcul compliqué qui ne compense que très partiellement. De nouveaux ajustements s’imposent donc.

À combien s’élève le malus pension?

Pour chaque année où vous ne remplissez pas la double condition, un pourcentage sera retenu sur le montant de votre pension brute mensuelle. Ce pourcentage est lié à votre année de naissance (voir tableau).

La diminution s’applique pour chaque mois où vous prenez votre pension avant l’âge légal de la pension (66 ans si vous êtes né entre 1960 et 1963 et 67 ans si vous êtes né à partir de 1964) et est définitive à partir de ce moment-là (jusqu’à la fin de votre vie).

À combien s’élève le bonus pension?

Si vous continuez à travailler après l’âge légal de la pension et si vous remplissez la double condition de carrière (comme pour le malus pension), vous bénéficierez à partir du 1er janvier 2026 d’un bonus pension (une prime en plus du montant normal de votre pension).

Beaucoup de gens le sentiront dans leur portefeuille

Le Service fédéral des pensions présente sur son site internet une série d’exemples (fictifs) avec des montants de pension (disponibles sur www.sfpd.fgov.be/fr).

Jef prend sa pension 4 ans avant l’âge légal et a droit à 1.800 euros brut. Il justifie de 36 ans de carrière avec au moins 156 jours de travail effectif et de 6.580 jours de travail effectif sur l’ensemble de sa carrière (moins que les 7.020 jours requis). Il ne remplit qu’une seule des deux conditions et sera donc impacté par le malus. Il est né en 1975. Son pourcentage annuel de malus est donc de 5%. Sa pension sera réduite de 20%, soit 360 euros par mois (4 année d’anticipation x 5%). Sa pension s’élèvera donc à 1.440 euros brut.

Il s’agit là d’un exemple concret. Beaucoup de personnes seront dans la situation de Jef. Une pension mensuelle de 1.440 euros, ce n’est pas grand-chose. Faut-il alors travailler plus longtemps? C’est ce que le gouvernement veut, mais il faut en être capable. Supposons que vous ayez le dos cassé à cause d’un travail pénible et qu’il vous soit impossible de continuer, vous serez mis devant le fait accompli et devrez vous contenter d’une maigre pension.

Les femmes sont particulièrement visées

«Si j’avais su, tu te serais occupé davantage des enfants». Cette phrase va résonner dans de nombreux salons. La femme qui a travaillé à temps partiel, et ne remplit ainsi pas les nouvelles conditions de carrière pour éviter le malus, est punie pour un choix qu’elle a fait dans le passé et sur lequel elle ne peut plus revenir.

Une simulation de la Commission du vieillissement montre que 49% des femmes et 22% des hommes qui ont pris leur pension anticipée l’an dernier ne rempliraient pas les nouvelles conditions de carrière et devraient donc faire face à une réduction du montant de leur pension (malus). Dans un certain nombre de cas, cela représente plusieurs centaines d’euros par mois. Ceux qui veulent éviter le malus n’auront donc pas d’autre option que de travailler plusieurs années de plus.

Les personnes qui ont été au chômage (qui ne constitue pas une période assimilée) ou en maladie (qui n’est assimilée que partiellement) pour une longue durée le ressentiront aussi dans leur portefeuille.

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