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/Quand les employeurs abusent du statut étudiant

TEXTE & PHOTO David Morelli / 13 MAI 2026 / temps de lecture 3 minutes

De plus en plus de jeunes demandeurs d’emploi souhaitent reprendre un statut étudiant pour pouvoir accéder aux jobs étudiants. Daphné Schmets, permanente Jeunes à la CSC Liège-Verviers-Ostbelgien, est désormais confrontée à ce type de demande alarmante pour l’avenir des travailleurs et de la sécurité sociale.

FACE À FACE /

Quel est ce nouveau phénomène auquel tu es confrontée?

Il faut d’abord rappeler que le premier job d’un étudiant, c’est de suivre les cours et d’étudier. Pourtant, la réforme du travail permet désormais aux étudiants de travailler jusque 650 heures par an, soit un tiers-temps.

Je suis contactée depuis longtemps par des jeunes qui n’ont que quelques heures de formation ou des cours du soir et qui veulent travailler en contrat étudiant. Mais aujourd’hui, je reçois aussi de plus en plus d’appels de jeunes qui veulent renoncer à leurs allocations de chômage ou d’insertion pour pouvoir bénéficier d’un contrat étudiant. Cela témoigne de la gravité de la situation engendrée par l’abus du recours à ces jobs par certains employeurs qui ne proposent plus que des jobs étudiants.

Pourquoi proposent-ils de plus en plus des contrats étudiants?

Un contrat étudiant est bien plus intéressant pour certains employeurs qu’un contrat classique. Avec ce type de contrat, ils ne payent pas de cotisations patronales, à part pour les accidents du travail. Les patrons de certains secteurs donnent désormais plus facilement des contrats étudiants que des CDD, voire que des contrats intérim. De ce fait, de jeunes demandeurs d’emploi qui suivent des cours du soir et qui ont besoin d’un travail parce que leurs allocations d’insertion ne sont pas suffisantes souhaitent renoncer à leur statut et revenir en arrière.

Les jeunes peuvent-ils revenir en arrière au niveau de leur statut?

Non. La loi mentionne qu’un étudiant peut obtenir un contrat étudiant ou qu’un patron peut donner ce type de contrat uniquement si les études constituent l’activité principale de la personne. Mais, bien que ce type de demande soit légalement irrecevable, il y a un manque flagrant de contrôle. Et ça, c’est dingue, car c’est tout bénéfice pour les employeurs qui, au lieu d’engager une personne en CDI ou d’augmenter les heures d’une personne à mi-temps, préféreront engager des étudiants. C’est une fraude à la sécurité sociale qui est possible du fait du manque de contrôle! La seule arme que nous avons actuellement pour faire face à cette situation, c’est d’expliquer aux jeunes pourquoi un tel changement de statut serait nocif pour eux.

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Daphné Schmets, permanente Jeunes à la CSC de Liège-Verviers-Ostbelgien:
«Les contrats étudiants, tout comme les flexi-jobs, sont des contrats pourris qui sont pourtant de plus en plus élargis.»

Il n’est donc pas intéressant pour les jeunes de revenir au statut d’étudiant?

Continuer à travailler en contrat étudiant, c’est se tirer une balle dans le pied parce que le jeune ne cotise pas pour ses vacances, pour le chômage, pour sa pension... C’est aussi refuser un droit à la sécurité sociale pour obtenir un contrat qui ruine la sécurité sociale. En plus, les carrières sont de plus en plus longues: même à partir de 25 ans, il faut commencer à penser à sa pension. Elle semble très loin, mais le malus pension peut entraîner des conséquences financièrement graves dans le futur.

Quelle est ta réaction par rapport à cette problématique?

Tout d’abord, il est important de rappeler que pour les Jeunes CSC, il n’est pas normal que les étudiants aient à travailler pour payer leurs études. Plus un étudiant travaille, plus il a de chances de rater ses études et de ce fait, avec le décret paysage, de ne plus être finançable s’il met trop de temps à faire ses études. Ensuite, je trouve cette situation alarmante. Les contrats étudiants, tout comme les flexi-jobs, sont des contrats pourris qui sont pourtant de plus en plus élargis. Dans ce contexte, il est essentiel que les employeurs soient contrôlés quant à l’usage qu’ils font des contrats étudiants au vu du profit faramineux fait sur leur dos. Et plus largement, cette question revêt un enjeu syndical qui touche l’ensemble des travailleurs.

En quoi cela concerne-t-il l’ensemble des travailleurs?

Sur le terrain, on constate que ce dont on avait peur s’est réalisé.

Aujourd’hui, quand on va dans certaines enseignes de grands magasins, il n’y a plus que des étudiants aux caisses. Des patrons qui leurs demandent de ne pas aller à l’école le lendemain ou de ne pas aller aux cours parce qu’ils ont besoin d’eux, ça arrive tout le temps. Ces abus sont devenus courants. Les employeurs utilisent trop d’étudiants et ils leur demandent des choses qu’ils demandent aux travailleurs classiques: faire plus d’heures, des quotas, des chiffres de ventes... Si on engage un étudiant, on n’engage pas une personne en CDI. Donc il y a un gros problème pour toute la classe des travailleurs.

Jeunes CSC informent les étudiants et les jeunes sur leurs droits.

Téléchargez ces brochures sur www.jeunes-csc.be

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