L’ACTU /
Réforme des pensions: ce qui change pour les travailleurs
TEXTE Maarten Gerard / PHOTO Shutterstock / 17 juin 2026 / temps de lecture 4 minutes
Le Parlement fédéral a approuvé la réforme des pensions le 28 mai 2026. Ce vote entraînera des conséquences pour de nombreux travailleurs en Belgique. Nous avons réalisé une «foire aux questions» qui passe en revue les principales nouvelles règles. La plupart de ces mesures concernent les pensions qui prennent cours à partir du 1er janvier 2027.
Cette «foire aux questions» (FAQ) porte sur la réforme des pensions des travailleurs du secteur privé. Toutes les personnes qui relèvent du régime des travailleurs salariés sont donc concernées: les personnes actuellement actives, les demandeurs d’emploi, les malades de longue durée, les invalides, mais aussi les victimes d’un accident du travail. Cette réforme s’applique donc à tous les statuts du régime des travailleurs salariés.
Cette FAQ ne concerne ni les indépendants, ni le secteur public (fonctionnaires nommés). Bien que leurs régimes de pension – et en particulier celui des fonctionnaires – soient également modifiés, ces changements ne sont pas abordés ici. Si vous désirez plus d’informations sur ces modifications, vous pouvez vous adresser aux centrales compétentes de la CSC.
1. Pension anticipée: conditions plus strictes
• Jusqu’en 2026, une année est prise en compte comme année de carrière à partir de 104 jours par an (calcul basé sur un régime de travail de 6 jours par semaine) pour la constitution du droit à la pension anticipée.
• À partir de 2027, le nombre de jours est porté à 156 par an.
Cette mesure est rétroactive, ce qui signifie qu’elle s’applique également aux années de carrière antérieures. De ce fait, les carrières à temps partiel ou les carrières interrompues sont moins rapidement considérées comme des années de carrière complètes. Dans la pratique, le nombre d’années permettant de justifier un départ à la pension anticipée diminue.
Il existe bien une nouvelle possibilité de pension anticipée à 60 ans avec 42 années de carrière, mais uniquement à condition d’avoir presté chaque année au moins 234 jours.
2. Malus: une carrière insuffisante au moment du départ à la pension anticipée entraîne une réduction de la pension
En cas de départ anticipé à la pension, le montant de votre pension sera réduit. C’est le principe du malus. Pour échapper au malus, vous devez remplir une double condition: justifier de 35 années de carrière comptant chacune 156 jours de travail effectif et totaliser 7.020 jours de travail effectif. Si vous ne remplissez pas cette double condition, vous perdrez, par année d’anticipation, un pourcentage de votre pension.

3. Périodes assimilées et malus en cas de pension anticipée
Les périodes suivantes sont considérées comme des périodes travaillées durant votre carrière: maladie, service militaire, congés pour soins (congé de maternité et congé de naissance, congés thématiques et crédit-temps avec motif de soins) et chômage temporaire. Vous disposez en outre de cinq jours qui permettent de compenser un déficit dans la carrière.
4. Le chômage et les régimes de fin de carrière donnent lieu à une pension moins élevée
Pour les pensions prenant effet en 2027 ou plus tard, un salaire fictif inférieur est appliqué aux périodes assimilées de chômage et de fin de carrière (RCC) qui prennent cours à partir du 1er février 2025. Ce salaire fictif est limité au plafond salarial minimum. Dès lors, ces périodes contribueront moins au montant final de la pension.
Vous voulez en savoir plus?
Rendez-vous sur notre FAQ pensions sur www.lacsc.be/reforme-des-pensions.
Vous y trouverez aussi une fiche explicative de la réforme en une page.
Une mesure en préparation
Le gouvernement souhaite imposer un nouveau «pourcentage de limitation» aux personnes qui prennent leur pension à l’âge légal (ou même avant). Cela signifie que certaines périodes assimilées ne seront plus entièrement prises en compte dans le calcul de la carrière, mais seulement jusqu’à un pourcentage maximum. Ce pourcentage sera progressivement réduit jusqu’à atteindre 20% de l’ensemble de la carrière.

Qu’est ce qui ne tombera pas sous cette mesure de limitation?
• Toutes les autres périodes non travaillées (maladie, invalidité, congés pour soins…): elles continueront à être entièrement assimilées.
• La pension de divorce: elle ne sera pas soumise au pourcentage de limitation.
• La pension minimum garantie: elle restera calculée selon les règles actuelles, sans réduction liée à la nouvelle mesure.
La CSC va saisir la Cour constitutionnelle
La CSC est très mécontente de cette réforme. Premièrement, celle-ci ne tient pas suffisamment compte des droits que les travailleurs ont acquis par le passé, ni de leurs attentes légitimes. Deuxièmement, elle pénalise très durement les femmes, mais aussi tous les travailleurs qui ont des carrières précaires ou discontinues, les personnes qui ont été contraintes de travailler à temps partiel, qui ont connu des périodes d’inactivité ou des difficultés au cours de leur vie professionnelle.
Le Conseil d’État a confirmé que la réforme des pensions engendrerait des discriminations. De son côté, le Bureau fédéral du Plan anticipe un élargissement de l’écart entre les pensions, une augmentation des inégalités et une hausse de la pauvreté. Nous étudions actuellement toutes les pistes possibles afin de remédier à cette situation.
La CSC contestera cette loi devant la Cour constitutionnelle afin que celle-ci décide si la loi doit ou non être annulée. Une fois la loi publiée au Moniteur belge - ce qui a été fait le 30 mai - nous disposons de six mois pour introduire un recours. La CSC entend notamment soulever des questions fondamentales: l’atteinte aux droits acquis, l’inégalité de traitement entre travailleurs, la proportionnalité des mesures.
La CSC continue de lutter pour un système de pensions juste et solidaire qui tienne compte des carrières réelles, respecte les femmes et valorise le travail de soin non rémunéré (care), protège les travailleurs vulnérables, garantisse la sécurité juridique.
Dans l’intervalle, nous continuons à informer, accompagner et soutenir chacune et chacun au mieux, car cette réforme nous concerne toutes et tous.