DOSSIER 12 MARS /
Saut d’index partiel: le gouvernement s’attaque aux revenus
TEXTE David Morelli (adapté D.C.) / PHOTOS Shutterstock / 11 février 2026 / TEMPS DE LECTURES 4 MINUTES
Le gouvernement Arizona a décidé d’attaquer une nouvelle fois le mécanisme d’indexation automatique des salaires. Cette fois, c’est un double saut d’index partiel qui va mettre à mal le pouvoir d’achat des travailleurs et des allocataires sociaux. Explications.
Comment et quand les salaires et les allocations sont-ils indexés?
En Belgique, les salaires et les allocations sociales sont indexés sur l’inflation, c’est-à-dire sur l’évolution des prix. L’indexation ajuste automatiquement les rémunérations pour maintenir le pouvoir d’achat, sans constituer une véritable augmentation salariale. Dans la fonction publique, ce mécanisme est fixé par la loi. Dans le secteur privé, il dépend des décisions prises au sein de chaque commission paritaire.
Différentes modalités d’indexation
Dans certains secteurs, l’indexation intervient à un moment fixe, généralement une fois par an ou, dans certaines commissions paritaires, chaque semestre, trimestre ou parfois même chaque mois. Dans d’autres, elle dépend de l’indice-pivot: dès que celuici est dépassé, les salaires ou allocations augmentent automatiquement. C’est le cas pour les traitements des fonctionnaires, les allocations sociales et les salaires de certains secteurs comme le nonmarchand. L’indicepivot ayant été franchi en décembre 2025, les allocations sociales et les traitements publics ont augmenté de 2% en mars 2026, tandis que plusieurs secteurs non marchands ont appliqué la hausse dès janvier.
Une compensation partielle
Mais en réalité, aucun système d’indexation ne compense totalement la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation. L’indice santé exclut certains produits comme l’alcool, le tabac ou les carburants, ce qui réduit mécaniquement l’ajustement. De plus, tous les ménages n’ont pas les mêmes dépenses: ceux qui consacrent une part importante de leur budget à l’énergie subissent des pertes plus fortes lorsque les prix grimpent, puisque l’indexation se base sur la consommation d’un ménage moyen. S’ajoute un effet de décalage: plus l’indexation est tardive, plus la perte accumulée est grande. En période de forte inflation, les systèmes liés à l’indicepivot protègent mieux le pouvoir d’achat que ceux prévoyant une adaptation à date fixe. Les travailleurs du privé dont les salaires ne sont indexés qu’une fois par an sont donc les plus exposés.
Le saut d’index de l’Arizona en pratique
Un saut d’index «met en pause» l’indexation pendant une période donnée. Pour le secteur public et les allocations sociales – où une indexation intervient lorsque l’indice pivot est dépassé – on «saute» une indexation. Pour la plupart des autres secteurs, où l’indexation intervient à un moment fixe, on soustrait 2% de l’indexation prévue.
Un saut d’index réduit immédiatement les salaires et les allocations, au bénéfice des entreprises et de l’État. Mais son impact se prolonge: toutes les indexations futures se calculent sur un montant plus bas, ce qui diminue aussi les allocations sociales et les droits à la pension puisque ceux-ci dépendent du niveau de salaire. Plus on est jeune au moment du saut, plus la perte cumulée sur toute une vie est importante.
En décembre dernier, l’Arizona s’est accordé sur les modalités d’un plafonnement de l’index. Par deux fois au cours de la législature, la part des salaires dépassant 4.000 euros brut par mois se verra amputée de 2% de l’indexation totale.
Pour les allocations sociales, le seuil sera mis à 2.000 euros brut. Autrement dit,
le salaire et l’allocation supérieurs vont perdre 2% d’indexation pour le montant au-delà de leur montant limite, à savoir respectivement 4.000 et 2.000 euros brut. Ces sauts partiels d’index seront appliqués deux fois.
La première indexation, qui débutera le 1er avril 2026, se fera sur la base du salaire de base mensuel, sans primes ni suppléments (13ème mois, pécule de vacances, etc.) et plafonné à 4.000 euros. Pour les travailleurs salariés à temps partiel, le salaire de référence est réduit proportionnellement à leur fraction de temps de travail.
Pour le deuxième saut d’index, qui devrait débuter le 1er janvier 2028, le plafond sera indexé.
Les allocations sociales sont également concernées par l’indexation limitée en 2026 et 2028. Leur plafond est fixé à 2.000 euros. Ainsi, les montants minimums pour la pension de ménage (2.260 euros) ou l’allocation d’incapacité de travail avec personnes à charge (2.067 euros) sont touchés, alors qu’ils sont largement inférieurs au seuil de pauvreté (3.197 euros).
Une remise en cause inacceptable
L’indexation partielle des salaires au-delà de 4.000 euros brut représente une économie directe pour les employeurs. Le gouvernement prévoit d’en récupérer la moitié via une «contribution spéciale de modération salariale» prélevée chaque mois durant la première période de modération. Cette adaptation réduit toutefois le pouvoir d’achat d’un large groupe de salariés et de bénéficiaires d’allocations, leurs revenus étant moins bien ajustés au coût de la vie.
Une attaque contre les travailleurs
Économiquement, la mesure s’avère également problématique. En effet, les salaires les plus élevés se trouvent justement dans les secteurs les plus productifs, où le coût salarial pèse moins. Or, c’est précisément là que les salaires seront limités, ce qui encouragera encore davantage les formes alternatives de rémunération.
Pour François Sana du service d’études de la CSC, le gouvernement a choisi, de manière idéologique, d’offrir des cadeaux aux entreprises et d’attaquer le monde du travail alors que de nombreuses pistes alternatives existent pour faire mieux contribuer les ménages les plus riches et les grosses entreprises. «Le mécanisme d’indexation, conquête syndicale majeure, est très efficace pour protéger les travailleurs face à la hausse du coût de la vie. Il n’est donc absolument pas légitime, pour un gouvernement qui prétend «récompenser le travail», de l’attaquer.» conclut-il.
Exemples concrets
Quelle perte dans le cadre d’une indexation de 2% pour:
• un travailleur avec un salaire de 5.000 euros brut par mois indexé une fois par an en janvier?
Ce travailleur touchera 5.080 euros brut en janvier 2027 au lieu de 5.100 euros. Il perdra donc 20 euros brut par mois. En 2028, ce travailleur sera soumis à un deuxième saut partiel d’index. Il aurait dû toucher 5.202 euros brut par mois dès janvier 2028, mais ne touchera que 5.181,6 euros, soit une perte de 20,4 euros brut par mois.
• un pensionné avec une pension qui s’élève à 2.500 euros brut par mois?
Lors du premier dépassement de l’indice-pivot après le 1er avril 2026, ce pensionné touchera 2.540 euros brut au lieu de 2.550. Il perdra donc 10 euros par mois.