close

Une question ou une remarque? Faites-le nous savoir!

Syndicaliste // Confédération des syndicats chrétiens (CSC) // Secrétariat de rédaction // Donatienne Coppieters // syndicaliste@acv-csc.be // Besoin de plus d'informations? Visitez www.cscmilitants.be

Retour au numéro actuel

L’ACTU /

Une hache émoussée

TEXTE Maarten Gerard / PHOTOS Shutterstock / 11 février 2026 / temps de lecture 5 minutes

Après un an au pouvoir, les failles du gouvernement De Wever commencent déjà à se faire sentir. Malgré les nombreux avertissements appelant à tenir compte des garanties et des systèmes construits au fil des ans pour protéger les citoyens, le gouvernement a taillé à la hache dans le chômage. Quand on «découvre» aujourd’hui que les aidants proches et les personnes non orientables vers le marché du travail sont totalement laissés pour compte, il ne s’agit pas d’un simple oubli, mais d’un mépris délibéré envers ceux qui ont besoin d’aide. Cette réalité s’impose de plus en plus alors qu’il apparaît clairement que le discours prétendant que les employeurs ouvriraient grand leurs portes et que tout le monde retrouverait un emploi relève de la fiction.

Affirmer que le chômage n’est pas destiné aux aidants proches ou aux personnes non orientables vers le marché du travail revient à nier la réalité. Devoir aider un proche de manière informelle peut tous nous concerner: les travailleurs comme les demandeurs d’emploi. C’est précisément pour cette raison qu’il existe une dispense pour les aidants proches au chômage, même si elle s’accompagne d’allocations bien trop faibles.

Tant les systèmes d’invalidité que ceux liés au handicap imposent des conditions que les personnes souffrant de troubles spécifiques ne peuvent souvent jamais remplir.
C’est pourquoi des allocations de protection ont été instaurées, grâce aux efforts de la CSC. Nous continuerons donc à faire pression jusqu’à ce que le gouvernement procède effectivement à des ajustements offrant de vraies solutions. Et pas seulement pour ces groupes: il reste encore beaucoup de corrections à apporter à ce nouveau système de chômage.

Le pire reste à venir

Le plus dur reste d’ailleurs à venir. La loi portant diverses dispositions sur le travail de nuit, la réduction des délais de préavis et la limitation de la durée minimale de travail à 1/10ème a été déposée au parlement où elle sera examinée en vue d’une entrée en vigueur le 1er avril 2026. La loi sur l’élargissement des flexi-jobs prend du retard et ne devrait être soumise que plus tard au parlement.

 

-//-

«Le saut d’index coûtera probablement de l’argent aux pouvoirs publics.»

_

 

Les mesures relatives aux pensions atten-dent toujours l’avis du Conseil d’État. Là aussi, un important travail d’ajustement sera probablement nécessaire. La question est de savoir si, au-delà des réformes globales menées à la hache, le gouvernement restera aveugle aux situations spécifiques signalées à plusieurs reprises. Les accueillants d’enfants, par exemple, sont actuellement particulièrement pénalisés. Même dans les aspects techniques, le gouvernement se montre d’une sévérité extrême en refusant d’assimiler le crédit-temps à temps partiel antérieur à 2011 pour le malus et la pension anticipée.

Entretemps, l’arrêté royal fixant le salaire fictif a été publié. Pour les pensions à partir du 1er janvier 2027, les périodes de crédit-temps, de RCC et de chômage entamées après le 1er février 2025 seront assimilées à un salaire fictif limité. Seuls les emplois de fin de carrière qui se poursuivent jusqu’à l’âge légal de la pension y échappent, grâce à l’accord des interlocuteurs sociaux. En ce qui concerne la limitation des contrats journaliers dans le secteur de l’intérim et les clauses de non-débauchage, le ministre de l’Emploi semble surtout vouloir gagner du temps avec de vagues promesses. Il reste également à voir ce qu’il adviendra de l’annualisation et des contrats d’intérim à durée indéterminée.

Le saut d’index aura un coût pour les pouvoirs publics

La loi-programme doit encore être soumise au gouvernement en deuxième lecture.
Le double saut d’index partiel n’a pas encore été soumis pour avis aux interlocuteurs sociaux, du moins pour le volet relatif aux travailleurs du secteur privé. En revanche, les interlocuteurs sociaux ont déjà pu se prononcer sur l’indexation des allocations.
Là aussi, les employeurs sont restés sourds aux arguments plaidant pour une différenciation, au minimum, pour les prestations familiales. Cette différenciation a été refusée pour les travailleurs salariés, alors qu’elle semblait possible dans les avis rendus pour les indépendants. On ne peut en tout cas pas reprocher au gouvernement de manquer de souplesse mentale. Pour ce qui est de la constance et du sens de la justice, en revanche…

Le Conseil d’État s’est entretemps prononcé, sans pour autant se montrer particulièrement critique. Il ne s’illustre pas non plus par la solidité de ses calculs, en acceptant que le gouvernement invoque la nécessité budgétaire. Le saut d’index, même avec les contributions de solidarité des employeurs, coûtera probablement de l’argent aux pouvoirs publics. Et, bien sûr, aussi aux travailleurs.

plus

Les groupes vulnérables laissés pour compte

Entretemps, la demande d’avis sur l’enveloppe destinée aux groupes vulnérables est arrivée au Conseil national du travail. Il s’agit d’un cache-misère destiné à justifier l’abandon total de l’enveloppe bien-être qui sert à préserver les allocations. L’ambition affichée était d’impliquer les interlocuteurs sociaux. Dans la pratique, nous avons dû attendre des mois pour devoir ensuite rendre un avis à la hâte, en l’espace de deux semaines seulement.

Le gouvernement souhaite augmenter l’allocation de remplacement de revenus pour les personnes isolées, permettre à davantage de travailleurs d’être reconnus en invalidité régulière plutôt que non régulière et aligner les indemnités de maladie des indépendants cohabitants sur celles des salariés. Bien que chacune de ces mesures puisse avoir du mérite en soi, le gouvernement ne peut démontrer qu’avec le budget extrêmement limité prévu, ce sont réellement les groupes les plus vulnérables qui en bénéficieront. Entretemps, il apparaît que le gouvernement a déjà réparti le budget restant en fonction des listes de revendications des différents partis, sans que ces moyens soient consacrés à l’amélioration des allocations sociales et à l’aide aux publics les plus vulnérables.

 

-//-

Depuis le 1er janvier 2026, les employeurs peuvent accorder des chèques‑repas jusqu’à 10 euros, mais ce n’est en rien un droit acquis.

_

 

Admettre que le revenu d’intégration et les allocations de chômage figurent actuellement parmi les prestations les plus problématiques en termes de risque de pauvreté semble relever du tabou. Au contraire, le gouvernement prend des mesures qui plongent encore davantage ces groupes dans la précarité. En matière de revenu d’intégration, les conditions pour les cohabitants sont durcies, ce qui alourdit encore considérablement la charge liée aux enfants qui étudient ou aux personnes âgées dépendantes, aggravant ainsi des situations de pauvreté déjà critiques. Il ne faut guère d’imagination pour comprendre que certains seraient trop heureux d’étendre ces mêmes principes au chômage.

Qu’en est-il de la concertation sectorielle?

Dans l’intervalle, nous avons procédé à une première analyse de la concertation sectorielle. Grâce aux efforts de nombreux négociateurs de la CSC, bon nombre d’accords honorables ont été conclus. Cependant, l’incapacité de parvenir à un accord avec les employeurs dans de nombreux secteurs témoigne de la difficulté de la tâche. Contrairement à ce que prétendent certains responsables politiques, les chèques-repas n’augmentent pas d’eux-mêmes. Pour les employeurs, il est confortable de se retrancher derrière une norme salariale stricte et de vider la concertation sociale de sa substance. Ce mois-ci, nous connaîtrons également les nouveaux chiffres montrant à quel point notre handicap salarial est fictif.

Articles liés publiés précédemment