SANS BORNES /
Conférence ETUC : travailleurs de/sur plateforme
Texte : A-C M-L // Photo : ETUC // HIVER 2025 // TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTES
La CSC-Transcom, United Freelancers et la Fédération de Bruxelles étaient présentes à Chypre fin septembre 2025 pour la quatrième édition de la conférence sur les travailleurs de/sur plateforme.
La première édition de la conférence a vu le jour en 2021 lors de la première proposition de la Commission européenne concernant l’actuelle Directive (UE) 2024/2831 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2024 relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme.
Il s’agissait alors de réunir organisations syndicales et autres parties prenantes afin de recueillir leurs avis sur les propositions de texte et permettre d’orienter au mieux l’organe législatif de l’Union Européenne au bénéfice des travailleurs de et sur plateforme.
Depuis lors, les pays membres ont la charge de transposer cette Directive dans leurs législations nationales. La date butoir est fixée au 2 décembre 2026. Si la transposition de la Directive dans les différentes législations nationales ne semble pas être une priorité pour les pays membres, il faut noter que la Belgique fait figure de bonne élève en la matière même si la transposition n’est pas encore finalisée.
L’édition 2025 de cette conférence visait donc à faire le point en permettant aux participants de se former, de s’informer, d’échanger les uns avec les autres et de réfléchir à des stratégies pour continuer à combattre les abus dans le secteur du travail de et sur plateforme.
« Depuis plusieurs années, la CSC-Transcom conscientise ses militants à l’utilisation de l’intelligence artificielle et/ou d’algorithmes souvent obscurs au sein des entreprises et de leur potentiel impact sur les travailleurs »
C’était également l’occasion de rappeler que depuis plusieurs années, des travailleurs de plateforme issus de plusieurs pays européens (tels que la Belgique, la France, l’Espagne entre autres) entreprennent (et gagnent) des actions auprès des Tribunaux du travail pour faire valoir leurs droits en tant que travailleurs. D’autre part, les entreprises, hors plateformes, sont de plus en plus nombreuses à être gérées par des algorithmes, voire des programmes d’intelligence artificielle pour certaines, qui opèrent de manière opaque et prennent des décisions souvent incompréhensibles mais impactant le bien-être et les conditions de travail.
Le premier jour de la conférence a été dédié aux interventions d’orateurs « en vue ». Ont entre autres pris la parole Tea Jarc, secrétaire confédérale à l’ETUC et responsable de la conférence, Yiannis Panayiotou, ministre du travail et des affaires sociales de Chypre, Leila Chaibi, parlementaire européenne française ainsi que des représentants du service d’inspection du travail allemand et espagnol. La Directive a été présentée, le travail de transposition explicité et les inspecteurs ont pu partager leur expérience avec les participants.
Le deuxième jour de la conférence était consacré à des ateliers participatifs sur des thèmes spécifiques dont par exemple :
• Les services que les syndicats peuvent offrir aux migrants travaillant à partir de plateformes, les moyens de construire des liens forts avec ces travailleurs et les défis rencontrés dans ce cadre.
• La gestion responsable des algorithmes et de l’intelligence artificielle : les syndicats se doivent de s’impliquer tout au début des projets liés à la mise en place de ces technologies tant au niveau de la transparence que des analyses d’impact. Ils doivent pouvoir exprimer des demandes claires vers les entreprises afin de protéger les droits des travailleurs dans des environnements digitaux et encadrer l’utilisation de certaines technologies afin d’en minimiser les effets négatifs sur les travailleurs.
• La présentation du projet GDPoweR permettant aux organisations syndicales d’obtenir des informations sur la gestion algorithmique des entreprises de plateforme.
• Les droits des travailleurs en ligne dans la Directive européenne : actions juridiques entreprises dans divers pays européens et leurs effets sur l’économie de plateforme.
• La travail dans un endroit bien défini et dans le cloud via les plateformes : quels sont les droits des travailleurs, que faire pour protéger ces derniers.
• Une vision économique basée sur les droits de l’homme et travail de plateforme : exploitation du travail tout au long des chaînes logistiques, exemples de soutien à certaines catégories de travailleurs.
Depuis plusieurs années, la CSC-Transcom conscientise ses militants à l’utilisation de l’intelligence artificielle et/ou d’algorithmes souvent obscurs au sein des entreprises et de leur potentiel impact sur les travailleurs.
Faisant suite aux résolutions prises durant son Congrès 2023 « Odyssée 2030 – cap sur le présent », la CSC-Transcom a organisé quatre conférences formatives étalées sur les années 2025 et 2026. Les deux dernières auront lieu les 24 mars et 26 mai 2026.
La première journée aura pour thème les « Surveillance et Réaction face aux Technologies Remplaçant le Travail Humain ». Elle correspond à la résolution de congrès suivante : « De l’industrie 1.0 à l’entreprise 6.0, en regardant dans le passé, nous tenterons de comprendre où nous en sommes et où nous allons. Nous nous intéresserons particulièrement aux évolutions rapides qui sont en cours, tant en termes de mobilité que dans la logistique grâce, ou à cause, des puissances développées par les nouveaux outils de communication ».
Durant la journée, une visite est prévue au centre de tri de Bpost situé à Vilvoorde. Les nouvelles technologies et leur rôle sur le lieu du travail y seront présentés. L’importance des normes de travail et les risques liés aux changements technologiques seront également discutés.
La deuxième et dernière journée portera sur l’impact des technologies de remplacement sur le travail humain, la détection et la surveillance des technologies émergentes dans les entreprises, l’information efficace des organisations syndicales au sujet des évolutions technologiques en entreprise et les stratégies de défense des métiers menacés par l’automatisation et les nouvelles technologies.
Cette journée répond aux lignes de force du congrès 3.a.3 à 3.a.5, à savoir l’attention particulière à porter aux technologies qui tendront à remplacer le travail humain, l’interpellation des politiques sur ces évolutions du monde du travail afin qu’ils trouvent des alternatives et qu’ils échangent avec la Centrale sur les évolutions de l’économie pour préparer ses militants aux métiers futurs et l’engagement de la CSC-Transcom à porter des revendications, avec l’aide de ses militants, afin que le volume de l’emploi global soit maintenu, soit par le maintien du volume du travail, soit en adaptant les normes du travail de manière temporaire ou permanente, soit par le biais de mesures sociales.
Au programme de cette journée sont prévus une visite du Parlement européen et une rencontre avec un député européen. Les participants pourront discuter de la manière de concilier les avancées technologiques avec le respect des normes européennes, telles que l’IA Act, tout en maintenant une dynamique d’innovation face à la concurrence de pays comme la Chine ou les États-Unis évoluant dans un cadre réglementaire beaucoup moins contraignant.
L’après-midi sera consacrée d’une part à un échange avec Claude Rolin, membre du Comité économique et social européen, ancien député Européen, également ancien Secrétaire général de Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC) et d’autre part à une intervention de Franca Salis-Madinier, membre du Comité économique et social européen, engagée sur les questions d’Europe, de numérique, d’IA et de protection des lanceurs d’alerte.
Concrètement, il sera, entre autres, discuté des meilleures pratiques pour protéger les métiers menacés par l’automatisation et des nouvelles technologies et de l’importance de l’information et de la communication dans la défense des emplois.
La CSC-Transcom ne manquera pas de vous tenir régulièrement informés sur ces thématiques devenues incontournables dans tous les environnements de travail. //