SANS BORNES /
L’association Femmes Maestro a 25 ans
Texte : A-C M-L // Photo : Aude Vanlathem // printemps 2026 // temps de lecture : 3 minutes
Si les musiciennes pouvaient obtenir un diplôme de direction d’orchestre, elles ont historiquement eu beaucoup plus de difficultés à exercer ce métier considéré comme une prérogative masculine. Il n’y a pas si longtemps d’ici, elles se retrouvaient confinées, pour les plus chanceuses d’entre elles, dans la direction de chorales ou d’orchestres de chambre mais certainement pas de formations plus importantes.
Fort de ce constat, Zofia Wislocka, musicienne et cheffe d’orchestre d’origine polonaise, décida de créer le 8 mars 2001 une association visant à rassembler les quelques centaines de cheffes d’orchestre du monde entier, à se les faire rencontrer, échanger leurs expériences et tenter, ensemble, de faire évoluer les mentalités.
L’objectif de l’association est clair. Il s’agit de « travailler à construire une Culture intégrant les femmes, par un processus constructif, avec les instances publiques, sponsors privés et associations culturelles poursuivant un même objectif de promotion féminine ».
Autant le dire tout de suite, le souhait le plus cher de Zofia, fondatrice mais aussi présidente de l’association, serait de pouvoir dissoudre celle-ci du fait de la disparition des discriminations genrées dans le secteur artistique. Quand le jour viendra où les mentalités auront évolué au point que les cheffes d’orchestre auront les mêmes chances d’exercer que leurs collègues masculins. Quand tout un chacun ne pensera plus en termes d’hommes ou de femmes mais bien en termes de compétence musicale.
Les mentalités évoluent lentement mais sûrement
Historiquement, les cheffes d’orchestre étaient confrontées à un certain nombre d’obstacles. Citons-en trois à titre d’exemple. D’abord, il était attendu d’un maestro qu’il soit un homme, aussi bien par le public que par le secteur artistique. Ensuite, comme les enregistrements mettant en vedette les femmes maestro se vendaient moins bien, cela n’incitait donc pas a priori à faire appel au talent de ces dernières. Dernier obstacle, et non des moindres, comme les décideurs (politiques, culturels, économiques, etc.) sont (toujours) majoritairement des hommes, ces derniers soutiennent en priorité des musiciens faisant partie de leur cercle de connaissances, dont les femmes sont souvent exclues.
« Et je me rappelle que quand on me confiait la direction d’un orchestre, je gagnais moins que mes collègues masculins », témoigne Zofia. « Heureusement, le métier de cheffe d’orchestre tend à se normaliser. Je pense, par exemple, à Clara Baget, qui mène avec succès une carrière internationale, notamment à la direction d’orchestres philharmoniques ».
« Les jeunes ne perçoivent plus les choses de la même manière et les mentalités évoluent lentement mais sûrement. Le public assistant à un concert n’est plus abasourdi quand une cheffe d’orchestre s’avance pour diriger un grand ensemble musical ».
« Néanmoins, il reste encore du chemin à parcourir avant qu’on ne puisse parler d’une parfaite égalité des genres entre hommes et femmes maestro. »
« Il reste encore du chemin à parcourir avant qu’on ne puisse parler d’une parfaite égalité des genres entre hommes et femmes maestro »
Zofia Wislocka
Un anniversaire en musique
Pour se faire connaître du grand public, l’association organise des événements et des concerts classiques.
Et il va sans dire que cet anniversaire ne pouvait se fêter qu’en musique !
Zofia Wislocka a donc organisé un concert le 9 mars 2026 dans la salle Fiocco de la Monnaie. L’orchestre à cordes international qu’elle a fondé en 1991, I Musici Brucellensis, a été dirigé pour l’occasion par trois cheffes invitées, en plus d’elle-même. Chacune a pu choisir une œuvre qu’elle désirait diriger à l’occasion de cet événement. La célèbre pianiste belge Eliane Reyes est intervenue comme soliste dans l’œuvre de Clara Schumann que Zofia avait sélectionnée et a dirigée lors de cette magnifique soirée. //
