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L’ÉDITO /

La Belgique, pays d’accueil ou terre d’écueil ?

TEXTE : Lorenzo MARREDDA // PHOTO: Unsplash // ÉTÉ 2026 // TEMPS DE LECTURE : 2 MINUTES

Au cœur de l’Europe, la Belgique a toujours été une terre de passage, parfois une destination, souvent une promesse d’avenir meilleur. Mais avant d’atteindre cet horizon, combien d’épreuves faut-il traverser ?

Cette année, nous commémorons les 80 ans de l’accord « charbon contre main-d’œuvre » conclu entre la Belgique et l’Italie. Signé pour répondre à des besoins économiques, il a été à l’origine de l’une des plus importantes vagues d’immigration économique intra-européenne. Et cette histoire ne s’est pas écrite dans la facilité.

D’un côté, des hommes et des femmes contraints de quitter leur pays, leurs racines et leurs familles pour fuir la misère. Car il ne faut jamais oublier que la première motivation des migrants, quelle que soit leur origine, n’est généralement pas la recherche d’un hypothétique eldorado mais bien la nécessité d’échapper à une situation devenue insupportable.

De l’autre, une population belge qui voit arriver des personnes différentes, une autre langue, une autre culture, d’autres habitudes. Une population encore marquée par les privations, les traumatismes et les blessures de la guerre. Comment aurait-elle pu accueillir ces nouveaux venus à bras ouverts alors qu’elle peinait déjà à reconstruire sa propre existence ?

L’acceptation de l’immigration n’est pas seulement une question de culture, de religion ou de langue. Elle est aussi liée au partage des richesses et à la peur du manque. Peu importe que ces travailleurs aient contribué à la prospérité du pays en sacrifiant leur santé dans les mines et en accomplissant les tâches les plus pénibles : ce qui nourrit le rejet, c’est souvent la crainte que ce qui est accordé aux uns soit retiré aux autres. Il a fallu plusieurs décennies pour que ces familles italiennes trouvent pleinement leur place dans la société belge.

Depuis lors, d’autres populations ont connu des parcours similaires. Le mécanisme est ancien, opposer les groupes entre eux pour détourner l’attention des véritables enjeux sociaux. Les époques changent mais les ressorts restent souvent les mêmes. Lorsqu’une partie de la population est amenée à croire que ses difficultés sont causées par une autre, il devient plus facile de faire accepter des politiques qui affaiblissent les droits de toutes et tous.

Le gouvernement Arizona s’inscrit dans cette logique lorsqu’il limite l’accès aux allocations de chômage, fragilise l’assurance maladie, remet en cause les pensions ou réduit l’accès à la formation. En opposant les citoyens les uns aux autres, il affaiblit la solidarité qui fonde pourtant notre modèle social. Ces gouvernements sont légitimes, ils ont remporté les élections. Mais la légitimité électorale ne dispense jamais du respect des principes fondamentaux et des droits sociaux.

Avec les autres organisations syndicales, la CSC reste vigilante. Mais sans mobilisation citoyenne, la vigilance ne suffit pas. Nous avons besoin que chacune et chacun fasse entendre cette voix de solidarité. Nous ne sommes pas de simples organismes d’assurance. Nous sommes des organisations de défense collective, engagées pour les droits de toutes et tous, avec les personnes d’ici comme avec celles venues d’ailleurs.

L’histoire de l’immigration italienne nous rappelle une vérité simple : les sociétés progressent lorsqu’elles rassemblent et reculent lorsqu’elles divisent. La Belgique s’est construite grâce à des femmes et des hommes venus d’horizons différents. À nous de faire en sorte qu’elle reste un pays d’accueil plutôt qu’une terre d’écueil.

Bonne lecture !

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Lorenzo MARREDDA
Vice-président de la CSC-Transcom