EUROPE /
La Directive sur la transparence salariale
Texte : A-C M-L // Photo : Shutterstock // AUTOMNE 2026 // TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTES
Selon les données Eurostat de 2024, les femmes gagnent en moyenne 11 % en moins (par heure) que leurs collègues masculins pour un même travail ou un travail équivalent.
L’écart rapporté est le plus important en Estonie (18,8 %). A l’autre bout du spectre, la Belgique se place en deuxième position, après le Grand-Duché du Luxembourg, avec un écart rapporté de 0,7 %.
Cette écart a des conséquences sur la qualité de vie et plus tard, le montant de la pension. En effet, selon ces mêmes données, on recense en UE un écart de 25 % entre les pensions des hommes et des femmes.
La Directive européenne 2023/970 portant sur la transparence des rémunérations a été adoptée en avril 2023 par le Conseil et devait être transposée en droit national début juin 2026.
La plupart des Etats membres ont raté cette date-butoir. Certains d’entre eux n’ont même pas encore entamé le processus législatif de transposition. En ce qui concerne la Belgique, le gouvernement a officiellement demandé à la Commission européenne un délai supplémentaire de six mois. Certaines dispositions ont toutefois déjà été intégrées dans la législation nationale.
Quel est l’objectif visé par cette Directive ?
La Directive vise à lutter contre la discrimination en matière de rémunération et combler l’écart entre les salaires des hommes et des femmes dans l’Union européenne pour un même travail ou un travail de même valeur. Elle contient également des dispositions garantissant la prise en compte des besoins des travailleurs handicapés.
Concrètement…
Les entreprises devront partager les informations concernant les salaires et prendre des mesures en cas d’écart de rémunération supérieur à 5 % entre leurs travailleurs et travailleuses (pour un même poste ou poste équivalent). Des sanctions et amendes sont prévues pour les entreprises ne respectant pas cette Directive.
Les employeurs devront informer les candidats travailleurs de la fourchette de rémunération initiale du poste pour lesquels ces derniers postulent, avant l’entretien. Les employeurs ne pourront plus demander aux candidats l’historique de leurs rémunérations.
Quant aux travailleurs, ils pourront demander à leur employeur des informations sur les niveaux moyens de rémunération de catégories de travailleurs effectuant un même (type de) travail, ventilés par genre. Les critères de progression du salaire devront également être transparents.
La Directive renverse la charge de la preuve en cas de discrimination. Désormais, ce sont les entreprises, non plus les travailleurs, qui devront prouver qu’elles ne pratiquent pas de discrimination. Le cas échéant, les travailleurs s’estimant discriminés pourront saisir la justice afin de demander une compensation financière.
Du travail en plus ?
Certains pays pointent du doigt le travail administratif supplémentaire que cette législation impose aux entreprises.
En effet, les entreprises de plus de 250 travailleurs devront communiquer annuellement à leur autorité nationale compétente les écarts de rémunération entre leurs travailleurs et travailleuses. Si le rapport révèle un écart de rémunération supérieur à 5 % ne pouvant être justifié par des critères objectifs et non sexistes, les entreprises seront tenues de prendre des mesures sous la forme d’une évaluation conjointe des rémunérations en coopération avec les représentants des travailleurs. D’autres dispositions s’appliquent aux petites et moyennes entreprises.
Qu’en pensent les Européens ?
Un micro-trottoir effectué dans différents pays de l’UE et publié par Euronews le 26 juin 2026 révèle que la transparence salariale est perçue différemment selon les cultures. Les travailleurs de certains pays trouvent les discussions salariales normales et ne trouvent rien à dire sur le fait que leurs collègues soient au courant du montant de leur salaire. D’autres trouvent que ces données sont personnelles et ne devraient pas être diffusées aussi ouvertement.
Toutefois, une grande majorité s’accorde à dire que la réduction des écarts salariaux est essentielle et attache beaucoup d’importance à l’équité salariale.
Sources
- https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/pay-transparency/#How%20can%20EU%20rules%20on%20pay%20transparency%20benefit%20EU%20citizens?
- https://emploi.belgique.be/fr/themes/egalite-et-non-discrimination/transparence-des-remunerations-projet-be-magic
- https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32023L0970
- https://www.euronews.com/business/2026/06/06/pay-transparency-which-eu-countries-are-ready-for-the-new-rules