/Tous unis pour la défense de l’obligation du service universel et du droit à un service postal régulier et abordable !
Texte : A-C M-L // Photos : Shutterstock // AUTOMNE 2026 // TEMPS DE LECTURE : 4 minutes
UNI Global a réuni les représentants syndicaux des secteurs poste et logistique d’Europe, Afrique et Asie en mai 2026. Mouna Aouni, permanente syndicale chez bpost pour la CSC-Transcom était de la partie.
SANS BORNES /
Mouna Aouni, permanente régionale bpost
Mouna, quels étaient les objectifs de ce forum mondial ?
En réunissant les organisations syndicales du secteur poste et logistique,
ce forum a permis de partager les réalités vécues dans les différents pays, échanger sur l’avenir du service postal universel, renforcer la coopération syndicale internationale et préparer une position commune sur la future Directive européenne « EU Delivery Act » qui déterminera la future réglementation des services postaux et des opérateurs privés. Le fil conducteur des débats portait sur « le service universel sous pression ».
De quelles pressions parle-t-on ?
Toutes les délégations ont rapporté les constats suivants : une baisse continue du volume de courrier alors que le marché des colis a augmenté de manière explosive, le développement du commerce électronique, l’arrivée de nouveaux acteurs tels que Temu, Shein, Amazon, une pression croissante sur la rentabilité, la digitalisation des services et la mondialisation des chaînes logistiques.
Les services postaux publics font face à une diminution drastique de l’envoi de courrier, mettant de ce fait les revenus sous pression. Actuellement, ces services donnent la priorité absolue à la rentabilité tout en exerçant des pressions politique pour assouplir ou réduire le service universel. Au Danemark, depuis le 1er janvier 2026, la poste a cessé de distribuer le courrier papier et supprimé ses boîtes aux lettres.
Elle se concentre sur la distribution de paquets et du numérique. Les lettres sont désormais distribuées par des opérateurs privés.
« Dans le monde entier, le secteur postal doit faire face à une transformation identitaire profonde »
Mouna Aouni
Qu’en est-il de la Belgique ?
Les mêmes pressions et évolutions se font sentir : développement du marché des colis au dépens de l’envoi de lettres, adaptation des organisations du travail, renforcement de la réglementation sur la livraison de colis (sous l’impulsion de la ministre Petra De Sutter), lutte contre certaines formes de dumping social et réflexion sur l’encadrement de la sous-traitance.
La CSC-Transcom veut éviter l’ubérisation du marché, les problématiques de dumping social, de multiplication des modèles low-cost et de plateformes sans protections suffisantes, de précarisation des travailleurs, d’obligation de flexibilité à outrance et de dilution des responsabilités.
Il s’agit de défendre les emplois de qualité, de poser des garde-fous sociaux, d’encadrer la sous-traitance et de maintenir un service public fort.
Qu’en pensent les organisations syndicales de par le monde ?
Comme en Belgique, les organisations syndicales veulent préserver le service universel, renforcer la réglementation, garantir des emplois de qualité et préparer l’avenir.
En effet, le service universel est considéré comme un droit public fondamental, sans lequel on risque des fractures sociales et territoriales encore plus profondes de par, entre autres, l’augmentation du prix de ce service et sa digitalisation.
On estime que la législation devrait être la même pour tous les opérateurs afin d’éviter que la compétitivité repose sur la détérioration des conditions de travail et des droits sociaux. Les conventions collectives sont un outil permettant d’y arriver. Il serait naïf de penser que la croissance garantisse automatiquement de meilleurs emplois. Ces derniers doivent être de qualité, les salaires décents (c. à d. permettant d’en vivre correctement) et le faux travail indépendant doit être combattu.
Quelle était la conclusion de ce forum ?
La coopération internationale entre syndicats est essentielle pour la défense des services postaux comme infrastructure publique de premier plan. Il faut poursuivre les activités de lobbying auprès de l’Union européenne comme des gouvernements nationaux pour défendre des réformes ambitieuses dans ce secteur. Les services postaux doivent certes être modernisés mais pas démantelés.
« Les services postaux doivent certes être modernisés mais pas démantelés »
Mouna Aouni
Nous vous encourageons à soutenir auprès de la Commission européenne la campagne « Save Our Post » (« sauvez notre poste ») via le site https://actionnetwork.org/petitions/save-our-post-now
L’EU Delivery Act (législation sur les services postaux et la livraison des paquets) en quelques mots
Cette future Directive vise à adapter la réglementation européenne aux nouvelles réalités du secteur. Ses enjeux sont multiples : concurrence, conditions de travail, qualité du service, sous-traitance et avenir du service universel.
Trois scenarii ont été étudiés par la Commission européenne.
La première option, soutenue par de nombreux employeurs, prévoit des modifications minimales des deux législations actuelles en la matière, comporte peu de nouvelles obligations et plus de flexibilité. Cette option contribuerait à des pertes d’emplois, l’augmentation de la sous-traitance, la réduction du service universel et une concurrence basée essentiellement sur les coûts.
La deuxième option est une réforme intermédiaire. Elle permettrait de mieux encadrer le marché de distribution des colis, en pleine croissance grâce au commerce électronique, de renforcer les contrôles d’application de la législation, une meilleure protection des consommateurs et certaines obligations sociales en matière de conditions de travail.
Cette option présente aussi des limites. D’abord, les plateformes numériques (comme les plateformes de livraison) ne seraient pas toujours soumises aux mêmes règles que les opérateurs postaux traditionnels. Ensuite, le financement du service universel resterait fragile. Autrement dit, il n’y aurait pas de solution durable pour financer les missions d’intérêt général, comme la distribution du courrier sur l’ensemble du territoire. L’équilibre concurrentiel en pâtirait.
La troisième et dernière option, soutenue par UNI Europe, est une réforme ambitieuse et plus complète. Elle vise à créer un véritable cadre européen couvrant l’ensemble du secteur postal, afin que tous les acteurs évoluent selon les mêmes règles et assument les mêmes responsabilités au niveau du courrier, des colis, des plateformes numériques, du commerce électronique et de la sous-traitance. Ses objectifs sont multiples : intégration des colis dans le service universel, mise à contribution de tous les acteurs, instauration de règles sociales, lutte contre le faux travail indépendant, garantie de concurrence loyale, protection des zones rurales et lien entre qualité du service et qualité de l’emploi.