L’ÉDITO /
Une société n’est pas un marché
TEXTE : Lorenzo MARREDDA // PRINTEMPS 2026 // TEMPS DE LECTURE : 2 MINUTES
Ce que traverse aujourd’hui le monde culturel est révélateur de l’évolution de notre société et des politiques qui la gouvernent.
S’il est évidemment légitime que chacun puisse vivre de son activité, de son art ou de son travail, faut-il pour autant que toutes les activités humaines soient soumises à une logique de rentabilité ?
Une économie dynamique portée par des secteurs florissants est sans doute un signe de bonne santé pour un pays. Elle permet d’organiser des politiques démocratiques et sociales solides, offrant à chacun la possibilité de vivre dignement et sereinement.
Mais que penser des sociétés qui veulent appliquer cette même logique marchande à tout : aux biens communs, aux services publics, aux besoins fondamentaux, à la mobilité, à la santé, à l’enseignement, à la culture ?
Depuis plusieurs décennies, le monde semble être devenu un vaste « champ de blé » où toute activité est jugée à l’aune d’un seul critère : sa capacité à produire de la richesse financière, quel que soit le bien ou le service proposé. Nos démocraties avaient pourtant préservé de cette logique certains domaines essentiels : les systèmes de sécurité sociale qui protègent les citoyens face aux accidents de la vie, mais aussi les activités immatérielles et culturelles parce qu’elles participent au bien-être collectif et au lien social.
Depuis un an, cette protection semble vaciller. La priorité affichée est celle de la performance économique. L’individu est de plus en plus considéré comme une unité productive devant assurer seul sa propre viabilité.
Cette orientation est naturellement contestée par les organisations syndicales car elle interroge non seulement les relations sociales, mais aussi la vitalité démocratique de notre pays. Si la seule finalité devient la production de richesse financière, qu’advient-il de celles et ceux qui ne peuvent ou ne savent pas s’inscrire dans cette logique ? Que deviennent les activités dont l’objectif premier n’est pas la rentabilité mais l’organisation et la cohésion de la société — comme l’enseignement, les services publics de mobilité, les soins de santé ou la culture ?
Sans soutien public, ces services risquent-ils de devenir accessibles uniquement aux revenus les plus élevés ? Et que penser d’une démocratie qui confierait le financement de ces secteurs essentiels à des mécènes ou à des fonds d’investissement, mettant ainsi la stabilité, la sécurité et l’accessibilité des droits fondamentaux entre les mains d’intérêts privés ?
L’Europe est-elle condamnée à adopter un modèle de type ultralibéral ? À la CSC-Transcom, nous ne le pensons pas. Une société ne peut se réduire à un marché. Elle doit rester un espace de droits, de culture, de services publics forts et accessibles à toutes et tous.
La manifestation du 12 mars a servi à le crier haut et fort au gouvernement Arizona pour permettre à notre démocratie de rester vivante.
Bonne lecture !
Lorenzo MARREDDA
Vice-président de la CSC-Transcom