L'ACTU /
Au cours des deux prochaines années, les salaires augmenteront de… 0 %
TEXTE Renaat Hanssens / Illustration Shutterstock / 19 MARS 2025 / TEMPS DE LECTURE: 2 MINUTES
En raison d’un retard considérable dans la publication officielle des chiffres permettant au Conseil central de l’économie (CCE) de calculer la marge maximale disponible pour les augmentations salariales dans l’Accord interprofessionnel (AIP) pour 2025-2026, le CCE a déjà divulgué cette marge maximale disponible le 3 février, sans le calcul qui permet de l’étayer.
Les travailleurs ne nourrissaient pas beaucoup d’espoir. En effet, les pays voisins s’efforcent encore de rattraper leur retard pour ramener les salaires réels au niveau d’avant le pic d’inflation de 2022-2023. Dans notre pays, l’indexation automatique des salaires a permis de le faire avec beaucoup moins de retard, et l’ajustement des salaires à l’inflation a donc été plus rapide que chez nos voisins.
Une norme salariale de 0%, est-ce alors logique? Pas si l’on considère l’ensemble du tableau. Comme dans les pays voisins, la part des salaires dans notre pays diminue depuis de nombreuses années: elle est passée de 65% de la valeur ajoutée en 2013 à à peine 60% en 2024.
Les subventions salariales pas prises en compte
Si les salaires dans les pays voisins évoluent lentement, n’est-il alors pas logique qu’une norme salariale visant à avoir des salaires compétitifs modère également les salaires belges? On pourrait peut-être le penser si la comparaison entre la Belgique et ses pays voisins était faite correctement. Ce n’est pas le cas avec la loi sur la norme salariale. Celle-ci stipule que les importantes subventions salariales, qui représentent pas moins de 5,1% de la masse salariale dans notre pays (contre 0,4% dans nos pays voisins), ne peuvent pas être prises en compte. La loi ne tient pas non plus compte du large éventail d’allègements des charges patronales, qui représentent 1,6% de la masse salariale.
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«Il existe en réalité une très large marge de négociation sans que nos salaires n’évoluent plus vite que dans les pays voisins.»
RENAAT HANSSENS
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Si l’on tient compte de ces subventions salariales et des réductions de charges patronales, il s’avère qu’en 2023, la Belgique comptait une avancée salariale de 2,4%, au lieu d’un handicap salarial de 2,7%. En 2024, cette avancée a même atteint 4%. Conclusion: au lieu de ne pas avoir de marge, il existe en réalité une très large marge de négociation sans que nos salaires n’évoluent plus vite que dans nos pays voisins.
Une marge de 0% est également en contradiction avec la réalité du marché du travail, qui connaît un taux de vacance d’emploi sans précédent. Sans le carcan de la loi sur la norme salariale, les secteurs et entreprises les plus rentables pourraient attirer plus facilement des travailleurs avec des salaires plus attractifs, ce qui serait bénéfique pour la productivité dans l’ensemble de l’économie.
La loi sur la norme salariale porte atteinte à la liberté de négociation
En 2023, le Comité des libertés syndicales de l’Organisation internationale du travail (OIT) a déclaré que la loi belge sur la norme salariale constituait une atteinte illicite à la liberté de négociation protégée par la Convention fondamentale n° 98 de l’OIT. Nous attendons toujours une réponse du gouvernement à cette condamnation.