CLIMAT /
Pourquoi vous n’échappez pas au débat sur l’écologie?
TEXTE Phanny Moray / ILLUSTRATION Shutterstock / 19 MARS 2025 / TEMPS DE LECTURE: 3 MINUTES
En ce début d’année 2025 assez mouvementé, Syndicaliste vous propose de vous pencher sur un sujet qui nous tient à cœur, à savoir celui de la justice sociale, mais cette fois-ci sous le prisme des inégalités socio-environnementales. Pour bien comprendre, nous allons illustrer trois types d’inégalités.
1. La contribution aux dérèglements climatiques
Sans grande surprise, nous ne contribuons pas tous de la même manière aux dérèglements climatiques. Pour bien comprendre cela, quelques notions sont utiles.
Pour calculer cela, on se base sur ce qu’on appelle l’empreinte carbone, et l’on calcule l’empreinte carbone d’une personne en fonction de ce qu’elle consomme. On voit qu’au plus on consomme, au plus l’empreinte carbone augmente. Prenons un exemple simple et simplifié: un smartphone nécessite de l’énergie pour extraire les matériaux, les transporter en Chine pour l’assemblage, puis les acheminer jusqu’à vous.
Imaginez maintenant tous les objets que vous possédez: voiture, maison, ordinateur, vêtements, etc. Chacun a été produit quelque part, nécessitant énergie et matières premières. Vos habitudes de transport et de logement et votre alimentation influencent également votre empreinte carbone.
Bref, vous vivez quoi! Et tout cela nécessite de l’énergie. L’empreinte carbone est donc un calcul de ce que votre vie «coûte» en termes d’émissions de CO2.
Quid de la Chine?
Il n’est pas surprenant que la Chine soit le plus grand émetteur de CO2, étant donné sa population nombreuse et son rôle de producteur mondial. Cependant, si l’on divise les émissions par habitant, la Chine n’est plus en tête. Avec plus d’1,4 milliard d’habitants, ses émissions par personne sont moins élevées. En revanche, l’Arabie Saoudite, avec ses 36 millions d’habitants et sa production de pétrole, a des émissions par habitant plus élevées. Par ailleurs, sur une période de 200 ans, les États-Unis et l’Union Européenne sont les plus grands émetteurs cumulés.
L’empreinte carbone montre que les contributions aux dégradations environnementales dépendent de la consommation de biens et services, liée à la richesse. Deux personnes en Belgique peuvent avoir des empreintes carbone très différentes. L’argent lui-même pourrait-il être «carboné»?

2. L’impact des dérèglements
D’une part, nous ne contribuons pas toutes et tous de la même manière aux dégradations environnementales, et d’autre part nous ne subissons pas de la même manière les impacts de ces dernières.
Nous ne sommes donc pas tous logés à la même enseigne. Prenons l’exemple des tristes conséquences des inondations qui ont frappé la province de Liège en 2021.
Les personnes qui habitent en bordure de la Vesdre sont les personnes dont le revenu médian est le plus faible. Et ce sont ces personnes (dont le revenu est le plus faible) qui ont été le plus atteintes par ces inondations, puisque située en bord de cours d’eau.
Par ailleurs, on sait que les inondations dans le bas de la vallée ont été accentuées par les habitations situées en haut de la vallée (là où le revenu médian est le plus élevé). Cela est dû à l’artificialisation des sols induite par les plus grandes propriétés, qui empêche la terre de contenir les eaux et rend son ruissellement plus facile.
Cet exemple parlant n’est malheureusement pas le seul. Une récente étude dirigée par l’Agence européenne pour la santé publique (EPHA) a démontré que la mauvaise qualité de l’air en Europe coûte 166 milliards d’euros pour 130 millions d’habitants, soit 1.250€ par personne. Pour la Belgique, ce sont plus de 9.000 décès chaque année qui sont attribuables à la mauvaise qualité de l’air. Tout cela a un coût.
3. Les inégalités sociales liées aux politiques de transition
Pour pallier ces enjeux, les autorités publiques et supranationales mettent en place des réglementations et autres mesures que l’on peut regrouper sous le nom de «politiques de transition».
Ces politiques sont souvent pensées sans prendre en compte l’impact social qu’elles représentent. Par exemple, le fait d’imposer toutes sortes de taxes (sur la mobilité, sur l’énergie, sur les produits «carbonés») ou de ne pas soutenir certains marchés pourtant clés (agriculture biologique ou mobilité durable, par exemple) a un impact direct sur les ménages et les personnes les plus vulnérables. En effet, le facteur «prix» touchera toujours plus directement les personnes moins fortunées, alors que les entreprises choisiront de se délocaliser là où les réglementations environnementales et sociales sont moins présentes. Cela a un impact sur l’emploi, comme nous l’a rappelé l’actualité depuis déjà plusieurs années.
Un enjeu de justice sociale
C’est donc bien un enjeu de justice sociale qui se cache finalement derrière les enjeux liés à l’écologie. L’idée n’est pas de «transitionner dans le modèle», mais plutôt de transitionner d’un modèle à un autre, qui soit lui, juste et durable.
Nous demandons aux gouvernements nouvellement en place d’intégrer systématiquement une analyse des conséquences sociales de chaque politique de transition mise en place. Nous aurons plus que jamais besoin d’investissements, qu’ils soient publics ou privés, afin de limiter les dégâts liés aux dégradations environnementales.
Le coût de l’inaction est cinq fois plus élevé que celui de l’action. Cela veut dire qu’un euro qui ne sera pas investi dans la transition coûtera cinq euros à la collectivité. Il n’est pas encore trop tard pour agir sur des dixièmes de degré, alors ne perdons pas espoir!