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EN ACTION /

Face à l’urgence climatique, exigeons la justice sociale et fiscale

Texte Luca Ciccia / Photo Donatienne Coppieters / 10 SEPTEMBRE 2025 / TEMPS DE LECTURE 4 MINUTES

Le 5 octobre prochain, Bruxelles sera une nouvelle fois le théâtre d’une mobilisation citoyenne majeure autour du climat. Cette marche intervient à un moment critique, marqué par une remise en question inquiétante des politiques censées répondre à l’urgence écologique, alors que les crises s’accumulent, non seulement sur le plan climatique, mais aussi dans l’ensemble des écosystèmes planétaires.

Un contexte politique préoccupant: climatoscepticisme et recul des ambitions

Dans plusieurs pays occidentaux, les gouvernements actuels adoptent des positions de plus en plus sceptiques, voire hostiles, face à la nécessité d’une transition écologique rapide. En Belgique par exemple, le ministre de l’Emploi fédéral, David Clarinval a récemment déclaré vouloir «mettre le climat en pause», retardant ainsi les mesures indispensables pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Ce discours, loin d’être isolé, s’inscrit dans une tendance qui fragilise le Green New Deal européen (1) et ouvre la porte à une politique climatique au ralenti, de manière criminelle. L’enjeu est existentiel pour l’humanité. Un réchauffement planétaire de +1,5 degré pourrait entraîner 30.000 décès par an en Europe, en raison de la chaleur extrême. Chaque dixième de degré de plus équivaut à des milliers de morts supplémentaires.

Cette remise en cause s’accompagne d’un développement accru de secteurs énergi-vores tels que l’intelligence artificielle, l’industrie lourde et la défense, qui risquent d’aggraver la crise climatique. La course à la technologie et à la militarisation consomme aussi massivement des ressources et génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre, en contradiction avec les objectifs écologiques affichés.

Le climat au cœur d’une crise écologique globale

Il est essentiel de comprendre que le changement climatique ne peut être isolé des autres grands enjeux écologiques. Les scientifiques ont défini neuf limites planétaires essentielles à la vie dont sept sont déjà dépassées. (2) La planète est aujourd’hui soumise à une pression sans précédent avec pour conséquences la perte de biodiversité, l’épuisement des sols, la pollution chimique, la rareté de l’eau douce, ou encore la perturbation des cycles biogéochimiques.

Le climat est un élément central, mais il doit être abordé dans le cadre global de la crise écologique dans toutes ses dimensions. Penser que la voiture électrique est une solution miracle, c’est oublier les dégâts environnementaux liés à l’extraction des minerais nécessaires à sa fabrication. Tout est lié. Si on ne tient pas compte de ces interconnexions, on risque de proposer des réponses partielles, voire contre-productives.

Le vrai défi n’est pas de remplacer la voiture fossile par une voiture électrique, mais de repenser nos modes de déplacement: transports en commun, voitures partagées, urbanisme plus dense et mieux pensé.

Des impacts climatiques toujours plus lourds

Les données récentes issues du Giec sont alarmantes. Selon son dernier rapport, la température moyenne mondiale a déjà grimpé de +1,2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Et selon les projections, le seuil de +1,5°C - fixé comme limite dans l’Accord de Paris - pourrait être franchi dès 2025, bien avant l’échéance de 2050. Les conséquences sont visibles partout: vagues de chaleur record (jusqu’à 45° en Europe cet été), incendies dévastateurs, inondations touchant des millions de personnes, cyclones plus puissants, etc.

Les coûts économiques sont colossaux: plus de 300 milliards de dollars de pertes liées aux catastrophes climatiques en 2024, soit une hausse de 60% en dix ans. En Europe, les canicules et sécheresses ont déjà coûté plus de 15 milliards d’euros en 2025, impactant particulièrement les secteurs agricoles et industriels. Le coût humain se compte déjà en centaines de morts chaque été, rien qu’en Europe.

La dépendance toujours forte aux énergies fossiles

Malgré ces constats, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 2% en 2024, avec plus de 36 milliards de tonnes rejetées dans l’atmosphère. En Europe, la demande en gaz naturel reste élevée, en partie pour alimenter les industries lourdes et le secteur militaire, deux des plus gros consommateurs d’énergie fossile.

Cette dépendance s’explique par des logiques économiques à court terme, où le profit passe avant la durabilité. Pour les travailleurs, cette situation est complexe: si la transition tarde, les risques climatiques et économiques s’aggravent; si elle est mal pensée, elle peut provoquer précarisation et pertes d’emploi.

Des conséquences économiques et sociales majeures

L’Organisation internationale du travail (OIT) alerte: sans une transition planifiée, jusqu’à 60 millions d’emplois pourraient disparaître dans les secteurs vulnérables d’ici 2030, tandis que près de 100 millions d’emplois verts pourraient être créés d’ici à 2030 si les politiques publiques sont ambitieuses et justes (3).

Les perturbations climatiques fragilisent les chaînes d’approvisionnement, augmentent les coûts pour les entreprises et pèsent lourdement sur les revenus des travailleurs, particulièrement dans l’agriculture, la construction ou le tourisme. Sans accompagnement adapté, les inégalités sociales et régionales vont s’aggraver, creusant encore plus le fossé entre populations vulnérables et privilégiées.

La justice climatique, une obligation légale désormais reconnue

Face à ce contexte, la justice internationale prend de plus en plus conscience de la responsabilité des États. Un avis consultatif historique de la Cour internationale de justice, (CIJ) rendu le 23 juillet 2025, affirme que les violations des obligations climatiques constituent un «fait internationalement illicite» engageant la responsabilité des États. Cette décision historique établit une obligation juridique d’agir, offrant un nouvel outil pour exiger des mesures ambitieuses et contraignantes.  

 

(1) www.cncd.be/Omnibus-la-dereglementation-au

(2) Neuf processus sont retenus comme limites, car ensemble ils remettent en cause la stabilité de la biosphère: le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, les changements d’utilisation des sols, l’acidification des océans, l’utilisation mondiale de l’eau, l’appauvrissement de la couche d’ozone, l’introduction d’entités nouvelles dans l’environnement (pollution chimique) et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère.

(3) Voir doc «Des compétences pour un avenir plus respectueux de l’environnement» https://brnw.ch/rapport_oit_environnement

 

Pourquoi la mobilisation du 5 octobre est fondamentale pour les syndicats?

Le 5 octobre, dans les rues de Bruxelles, faisons entendre notre exigence d’une transition écologique ambitieuse, socialement juste et respectueuse des limites planétaires. Face aux menaces climatiques, économiques et sociales, nous devons être unis pour défendre un futur viable, solidaire et durable.

Cette marche ne concerne pas seulement le climat, mais bien la défense d’un projet de société où la transition écologique rime avec justice sociale. Les travailleurs sont en première ligne des transformations industrielles, énergétiques et technologiques. Nous devons exiger des politiques publiques garantissant des formations adaptées, des protections sociales renforcées et la création d’emplois stables dans les secteurs durables.

Participer à la marche, c’est affirmer que la lutte pour le climat est indissociable de la lutte pour des conditions de travail dignes et une économie respectueuse de la planète et des humains. C’est aussi montrer notre solidarité avec toutes celles et ceux qui subissent déjà les impacts écologiques, souvent les plus fragiles.

Ne laissons pas les intérêts industriels, militaires et climatosceptiques dicter l’avenir de la planète. Mobilisons-nous pour un vrai changement, juste et nécessaire!

Rendez-vous le dimanche 5 octobre dès 12h au stand CSC-Moc-Mutualité chrétienne au Boulevard Albert II, 15. Départ de la manifestation à 13h.

Infos: https://coalitionclimat.be/marche-climat/

Dans l’esprit d'engagement collectif, l'activisme, c'est aussi l'expression de la voix et de la créativité de chacune et chacun! C'est pourquoi la CSC propose de participer à un atelier création de pancartes le mercredi 1er octobre à 16h, à la CSC de Bouge (avant la grande conférence de la CSC wallonne «La croissance ne vaincra pas la pauvreté», animée par Olivier De Schutter, à 18h. Voir rubrique «Bon à savoir»).

Pourquoi participer à la marche climat? https://youtu.be/GigrR1TDpME

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