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DANS L’ENTREPRISE /

Troubles musculosquelettiques: une épidémie silencieuse sur le lieu de travail

TEXTE Anaëlle Akwesi Mobuka / ILLUSTRATION Rutger Vanparys / 18 octobre 2025 / temps de lecture 4 minutes

Le mois d’octobre a été proclamé «mois international de l’ergonomie». Une occasion idéale pour attirer l’attention sur l’une des maladies professionnelles les plus répandues: les troubles musculosquelettiques (TMS). Ces affections sont à la base d’une grande partie des absences de longue durée pour cause de maladie. En Belgique, plus de la moitié des travailleuses et travailleurs déclarent souffrir de douleurs au dos, au cou ou aux épaules. Pourtant, les TMS passent trop souvent inaperçus, car ils apparaissent de manière insidieuse et sont fréquemment considérés comme un problème individuel.

Les TMS regroupent l’ensemble des douleurs touchant les muscles, les tendons, les articulations, les os, les ligaments et les nerfs. Ces douleurs peuvent être aiguës, comme une blessure soudaine au dos, ou chroniques, comme des douleurs persistantes au cou. Leur impact sur la vie quotidienne est considérable: douleurs, mobilité réduite, fatigue et troubles psychologiques. Sur le lieu de travail, les TMS engen-drent une baisse des performances, de l’absentéisme et, parfois, des arrêts de travail définitifs.

Les troubles musculosquelettiques sont souvent dus à de mauvaises conditions de travail, telles que des tâches répétitives, une position assise ou debout prolongée, une charge de travail élevée, un manque de pauses et de soutien ergonomique. Les facteurs sociaux jouent également un rôle. L’âge de la pension recule, ce qui oblige davantage de travailleurs âgés souffrant de troubles physiques à travailler plus longtemps.
Par rapport au passé, davantage de femmes sont actives sur le marché du travail, mais souvent dans des environnements de travail physiquement exigeants, comme dans les secteurs des soins et des services. Résultat: depuis 2009, le nombre de malades de longue durée a doublé, pour atteindre environ un demi-million. 66% de cette hausse concerne la tranche d’âge des 50 ans et plus et, dans 70% des cas, il s’agit de femmes.

Nouvelle législation depuis mai 2024

Le 25 mai 2024, une réforme importante est entrée en vigueur: de nouvelles règles en matière d’ergonomie et de prévention des TMS ont été intégrées dans le Code du bien-être au travail. Les employeurs sont incités à adopter une approche préventive et structurée face aux TMS au travail et à investir davantage dans l’ergonomie au travail.
Pour les délégués des travailleurs, la nouvelle réglementation constitue un levier crucial.

Désormais, les employeurs doivent traiter l’ergonomie comme la sécurité au travail: de manière préventive, structurelle et avec un suivi. Concrètement, ils doivent accomplir les tâches suivantes:

Analyses des risques: l’employeur doit régulièrement identifier les risques (art. VIII.1-1, §2).

Mesures de prévention: sur la base de l’analyse des risques, l’employeur doit prendre des mesures. Celles-ci sont reprises dans le plan global de prévention et, si nécessaire, dans le plan d’action annuel (art. VIII.1-3 et VIII.1-4).

Adaptation du travail aux travailleurs: les tâches et les postes de travail doivent être adaptés aux capacités physiques des travailleurs. La fatigue, tant physique que mentale, doit également être évitée (art. VIII.1-1, §1).

Formation et information: les travailleurs ont droit à des informations claires et à une formation sur l’ergonomie et les TMS (art. VIII.1-5).

Outre ce cadre général, le Code contient également des règles particulières, notamment pour le travail sur écran (titre 2), la manutention manuelle de charges (titre 3) et les postes de travail et les sièges de repos pour le travail debout (titre 4).

Afin de respecter ces règles, l’employeur peut s’appuyer sur le conseiller interne en prévention, mais aussi sur des conseillers en prévention-ergonomes spécialisés du service externe de prévention et de protection auquel il est affilié.

 

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«Les TMS passent trop souvent inaperçus, car ils sont fréquemment considérés comme un problème individuel.»

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Votre rôle en tant que délégué

La lutte contre les risques de troubles musculosquelettiques nécessite une approche structurée et participative. En tant que membre du CPPT, vous avez le droit de connaître les plaintes les plus fréquentes dans votre entreprise. Vous disposez également d’un droit d’avis sur l’analyse des risques et les mesures que l’employeur souhaite prendre.
Le médecin du travail peut avoir des indices de TMS dans votre entreprise et doit partager ces informations au sein du CPPT. Utilisez ces informations pour mettre la prévention au centre des discussions.

Le stress joue également un rôle

Les TMS ne sont pas seulement un problème physique. Des facteurs psychosociaux tels que le stress augmentent le risque de douleurs et de troubles. Le stress provoque une tension musculaire accrue. Une augmentation de l’adrénaline perturbe la circulation sanguine dans les muscles, ce qui entraîne plus rapidement des douleurs musculaires et de la fatigue. Une augmentation des hormones de stress provoque une accumulation de liquide, ce qui peut entraîner des troubles nerveux. Une augmentation des substances inflammatoires augmente le risque d’inflammation des tendons. Le stress n’est donc pas seulement la conséquence d’une charge mentale, mais aussi un facteur de risque physique. Tout comme pour la charge physique, la solution réside dans la prévention primaire: prendre des mesures permettant d’éviter le stress au travail.

Il est temps de passer à la véritable prévention!

La nouvelle réglementation constitue un progrès significatif, mais son efficacité dans la pratique dépendra de la manière dont les entreprises l’appliqueront et de la vigilance des délégués.

Nous devons de toute urgence mettre en place une politique axée sur la prévention et le bien-être. Nous pouvons le faire en créant des habitudes et des rythmes de travail sains, en aménageant le lieu de travail de façon ergonomique, en permettant aux travailleurs de participer davantage à l’organisation du travail et en leur offrant un soutien accru.

Le travail ne doit pas rendre malade. Grâce à la nouvelle législation, les délégués disposent de plus d’outils pour interpeller les employeurs à ce sujet. Celles et ceux qui tombent malades à cause de leur travail méritent d’être reconnus, soutenus et réintégrés dans la dignité. Les troubles musculosquelettiques ne sont pas un problème individuel, mais un défi collectif. Traitons-les ensemble.

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