PAROLES DE MILITANT /
Jean-Marie-Baert: «On achève bien les chômeurs»
TEXTE & PHOTO TSE / 13 mars 2026 / temps de lecture 1,5 minutes
Exclu du chômage après plus de 30 ans de travail
«Ma situation est devenue catastrophique il y a deux ans et demi: deux mois après avoir perdu ma femme, j’ai perdu mon emploi dans une ASBL et je me suis retrouvé au chômage complet. À 55 ans, après avoir travaillé plus de trente ans, j’ai dû revenir vivre chez mes parents et je me suis retrouvé avec seulement 750 euros d’allocations de chômage par mois.
Je ne trouve plus de travail et, bien qu’on me réponde que je ne conviens pas aux conditions demandées, je sais très bien que c’est mon âge qui pose problème
Mon parcours professionnel a commencé dès mes 18 ans comme carrossier, avant d’être interrompu par mon service militaire obligatoire en Allemagne en 1991-1992. À mon retour en Belgique, après huit ou neuf mois de chômage, j’ai eu la chance d’intégrer l’usine Ford, où j’ai travaillé de 1992 jusqu’à sa fermeture en 2012.
Par la suite, j’ai décroché un CDD de deux ans au Village n°1, mais ce type d’employeur profite des primes à l’embauche pour remplacer le personnel ensuite. J’ai aussi travaillé dans le transport de personnes à mobilité réduite et handicapées, notamment pour des dialyses, ce qui m’a fait découvrir la misère dans les hôpitaux.
Pour retrouver un emploi, je fais beaucoup de porte-à-porte et je consulte les annonces du Forem. Je suis prêt à accepter n’importe quel boulot, même du nettoyage de bureaux. Mais l’âge est l’obstacle principal. J’ai commencé à ressentir que j’étais «trop vieux» dès 50 ans. Pourtant, j’aurais aimé trouver un poste de chef d’atelier ou faire des diagnostics automobiles. Concernant le Forem, je trouve qu’il faut du courage pour suivre leurs formations, car le plus malheureux, c’est qu’il n’y a personne pour nous engager à la fin.
Face à cette nouvelle politique de limitation du chômage, je me sens tout simplement obsolète. Je trouve cela injuste après une trentaine d’années de carrière. En tant que cohabitant chez mes parents, je n’ai même pas droit au CPAS. Quand je suis allée pour m’y inscrire, on m’a posé des questions d’ordre privé sur mes parents: leurs rentrées d’argent et leur patrimoine (compte en banque, épargne, avantages…). Il va de soi que je n’ai pas répondu et qu’il sera donc difficile, voire impossible pour moi, d’avoir l’aide du CPAS. Je suis convaincu que cette situation va mener à des émeutes ou à des suicides dans le pays.»
TEXTE & PHOTO TSE (Pour en savoir plus, lisez «Campagne TSE» dans la rubrique «Bon à savoir»)