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EN DÉBAT /

La «prime trampoline»: tremplin ou risque?

TEXTE Patrick Van Looveren / PHOTO Schutterstock / 8 avril 2026 / temps de lecture 3 minutes

Depuis le mois de mars, les travailleurs belges qui démissionnent de leur propre initiative peuvent prétendre, une seule fois au cours de leur carrière, à une allocation de chômage. Cette allocation est appelée «prime trampoline» ou «droit au rebond». Cette mesure décidée par le gouvernement vise à offrir davantage de perspectives aux personnes bloquées dans leur emploi, afin qu’elles puissent chercher un autre travail ou entamer une formation. Jusqu’à présent, seules les personnes involontairement privées d’emploi pouvaient bénéficier des allocations de chômage. La «prime trampoline» est limitée à six mois. Si le bénéficiaire suit une formation dans un métier en pénurie, l’allocation peut être prolongée de six mois. Est-ce une avancée pour les travailleurs? Ou une mesure risquée?

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«À première vue, cette mesure peut sembler avantageuse pour les travailleurs, mais nous avons des objections fondamentales».

Piet Van den Bergh, conseiller juridique CSC

«Cette mesure remet en question le principe assurantiel. En effet, le principe fondamental de toute assurance est que l’on ne peut pas provoquer sciemment un risque pour ensuite réclamer une indemnisation. En accordant une allocation en cas de démission, on brouille la distinction entre chômage volontaire et involontaire. Cela risque d’affaiblir la légitimité sociale de l’assurance chômage et, par conséquent, de réduire l’adhésion au principe de solidarité.

Par ailleurs, la réglementation mise en place présente des failles, tant sur le plan juridique que technique. Le processus commence par une exclusion prononcée par l’Onem pour abandon de poste, après quoi le travailleur doit lui-même introduire une demande pour obtenir malgré tout des allocations pendant six mois. Cette procédure est inutilement complexe. Il existe donc un risque que seuls les travailleurs bien informés puissent réellement faire valoir ce droit, ce qui pourrait entraîner des inégalités d’accès.

La protection offerte reste également limitée. Qu’en est-il, par exemple, de l’obligation de disponibilité? Si le service de l’emploi considère que vous pouvez réintégrer votre ancien poste lorsque votre ex-employeur recrute à nouveau rapidement, une sanction peut malgré tout être prononcée. La "tolérance" accordée pour abandon volontaire de son emploi n’offre donc aucune sécurité structurelle. Je suis donc sceptique: plutôt qu’un véritable tremplin vers une réorientation professionnelle durable, je crains qu’il ne s’agisse d’un bac à sable dans lequel les travailleurs risquent de s’enliser, sans réelle perspective.»

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«Nous pensons qu’il serait plus utile de réintroduire un congé thématique ou un crédit-temps assorti d’un droit à la reconversion professionnelle ou d’un statut d’apprentissage».

Khadija Khourcha, responsable Travailleurs sans emploi de la CSC

«Il existe un risque que les travailleurs soient poussés à démissionner d’un soi-disant commun accord’ avec leur employeur. Cependant, si à l’issue de la période de rebond, ils ne parviennent pas à décrocher un emploi, ils perdent leur droit aux allocations de chômage et se retrouvent sans revenus.

Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur la réorientation des travailleurs en cours de carrière. Nous pensons toutefois qu’il serait plus utile de réintroduire un congé thématique ou un crédit-temps assorti d’un droit à la reconversion professionnelle ou d’un statut d’apprentissage. Dans ce cas, le travail est simplement suspendu temporairement, et le travailleur conserve son contrat. Autrefois, il existait un crédit-temps sans motif, qui pouvait être utilisé à cette fin. Malheureusement, le gouvernement Michel l’a supprimé en 2014, après avoir propagé des discours caricaturaux sur certains travailleurs prétendument en mode "hamac" ou "globe-trotter". Je suis prête à parier qu’à partir de l’été 2027, les médias feront à nouveaux leurs gorges chaudes de cas de travailleurs ayant démissionné pour "se réorienter" vers des destinations ensoleillées.

Pour les délégués, il sera essentiel d’informer correctement leurs collègues sur les conditions de cette mesure, de les alerter quant aux risques à l’issue des six mois, et de rester vigilants face aux pressions que certains employeurs pourraient exercer pour inciter au départ des travailleurs en difficulté dans leur emploi.

Enfin, si un départ volontaire donne droit à une allocation (même unique), il est légitime de se demander si ce droit ne devrait pas aussi être étendu aux travailleurs indépendants.
Le gouvernement cherche-t-il ainsi à entrouvrir la voie à leur intégration dans le système de l’assurance chômage? Et, dans ce cas, qui financera les cotisations supplémentaires?»

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