close

Une question ou une remarque? Faites-le nous savoir!

Syndicaliste // Confédération des syndicats chrétiens (CSC) // Secrétariat de rédaction // Donatienne Coppieters // syndicaliste@acv-csc.be // Besoin de plus d'informations? Visitez www.cscmilitants.be

Terug naar huidig nummer

INTERVIEW /

«De cette manière, on jette l'argent par les fenêtres»

TEXTE Bram Van Vaerenbergh / PHOTO Shutterstock / 13 MAI 2026 / temps de lecture 4 minutes

La Belgique compte de nombreuses subventions salariales, qui ne sont pas toujours très efficaces ou utiles. Prenons par exemple la subvention pour les premiers engagements – également appelée «plan Plus» – qui a coûté 628 millions d’euros en 2025. D’ici 2029, ce coût devrait s’élever à 630 millions d’euros. «Ma conclusion est que ces ressources pourraient être utilisées plus efficacement. C’est pourquoi je plaide pour la suppression de cette mesure», déclare le professeur Bart Cockx de l’université de Gand, qui a mené une étude sur la réduction des charges salariales pour le premier travailleur engagé.

D'où provient la subvention pour les premiers engagements?

La subvention a été introduite en 2016 pour aider les petites entreprises à engager du personnel. L’idée était que ces petites entreprises sont le moteur de l’économie et méritaient donc un soutien supplémentaire pour pouvoir se développer. La Cour des comptes a ensuite évalué cette mesure, mais elle s’est surtout concentrée sur les abus potentiels, et non sur les effets de la mesure elle-même. Mon équipe et moi-même avons étudié, d’un point de vue économique, si cette subvention salariale était efficace et atteignait son objectif.

Quelles conclusions avez-vous tirées?

Après 2016, nous observons une augmen-tation considérable du nombre d’entreprises comptant un seul travailleur, mais nous ne voyons pas de croissance similaire d’entreprises comptant deux, trois ou quatre travailleurs. En d’autres termes: les entreprises engagent bien un travailleur, mais ne se développent pas davantage par la suite. Il est difficile de dire si une création nette d’emplois a eu lieu: ces travailleurs auraient tout aussi bien pu trouver du travail dans d’autres entreprises. Nos modèles indiquent que l’emploi total n’a pratiquement pas augmenté, et qu’il s’est peut-être même déplacé de grandes entreprises vers de plus petites. De plus, nous constatons que les entreprises concernées sont souvent moins produc-tives. La quantité d’emplois augmente donc, mais leur qualité diminue.

Pouvons-nous affirmer que la subvention manque son objectif?

Elle atteint un seul objectif: davantage de petites entreprises engagent un premier travailleur. Ces premiers engagements ne signifient toutefois pas que l’emploi total augmente. De plus, la mesure coûte énormément d’argent aux pouvoirs publics. Ma conclusion est que ces ressources pourraient être utilisées plus efficacement. C’est pourquoi je plaide pour la suppression de cette mesure. En outre, son coût ne cesse d’augmenter à mesure que de plus en plus d’entreprises y ont recours, compte tenu du caractère illimité de la subvention. Cette mesure existait déjà en 2016, mais à titre temporaire, et rien ne permettait alors de penser qu’elle stimulerait la croissance économique. Cette mesure ne cible pas les entreprises avec un potentiel de croissance. Une meilleure alternative serait d’investir dans la formation, dont nous savons qu’elle a bel et bien un effet.

ronde-foto-bart.png

«Une meilleure alternative serait d’investir dans la formation, dont nous savons qu’elle a bel et bien un effet.»

Bart Cockx
professeur d'économie
à l’université de Gand

Les détracteurs diront que, sans la subvention, de nombreuses entreprises licencieront leur seul travailleur.

Dans un marché du travail tendu, ces travailleurs trouveront du travail ailleurs. De plus, les fonds libérés pourraient être consacrés à des mesures qui créent effectivement de nouveaux emplois. En continuant ainsi, on jette l’argent par les fenêtres. Il est important de considérer la situation dans son ensemble.

De telles mesures sont-elles suffisamment évaluées?

Ce n’est pas simple. Aux Pays-Bas, par exemple, de telles mesures doivent être évaluées au préalable. On pourrait aussi commencer par un projet pilote avant de généraliser la mesure. C’est certainement un aspect auquel il faut réfléchir à l’avance, ce que les politiciens n’aiment pas entendre. Ils risqueraient d’être confrontés à la réalité et de devoir constater que la mesure qu’ils avaient prévue ne fonctionne pas.

Premiers engagements

630 millions d’euros

De quoi s’agit-il?

La réduction groupe-cible pour les premiers engagements accorde aux employeurs une réduction des cotisations ONSS lorsqu’ils engagent du personnel. En 2026, cette réduction s’élève à 3.100 euros maximum par trimestre pour le premier travailleur, sans limitation dans le temps. Pour les deuxième et troisième travailleurs, la réduction est moins importante et se limite à 13 trimestres.

L’accord de gouvernement prévoit une réforme: 2.000 euros par trimestre pour le premier travailleur (sans limite dans le temps) et 1.000 euros par trimestre pendant trois ans pour les deuxième à cinquième travailleurs.

Que propose la CSC?

Nous proposons une extinction totale de la mesure. Aucun nouveau droit ne sera plus accordé, et les avantages existants s’éteindront au bout de 13 trimestres maximum. La durée sera également limitée pour le premier travailleur.

Pourquoi?

Les évaluations de la Cour des comptes, de l’UGent, de l’UCLouvain et de la Banque nationale montrent que la mesure n’apporte aucune plus-value économique démontrable. Elle n’a pas d’effet clair sur la création d’emplois, la productivité ou la croissance des entreprises.

La mesure entraîne surtout un transfert de l’emploi: les travailleurs quittent les grandes entreprises, plus productives, pour rejoindre des entreprises plus petites et moins productives. L’impact total sur l’emploi est négligeable et l’output économique diminue légèrement.

Par ailleurs, des indices d’abus ont été relevés et les contrôles donnent régulièrement lieu à des litiges juridiques. Les interlocuteurs sociaux ont eux aussi déjà recommandé de restreindre la mesure, sans résultat.

En résumé: la subvention incite surtout les petites entreprises à engager un seul travailleur, mais pas à se développer. Elle augmente la quantité, mais pas la qualité de l’emploi.

Quel est l’impact budgétaire?

Cette mesure pèse lourdement sur le budget: en 2025, son coût s’élevait à 628 millions d’euros, pour atteindre environ 630 millions d’euros d’ici 2029. Sans intervention, elle restera une dépense structurelle.

En supprimant graduellement cette mesure, le coût pourrait disparaître complètement d’ici 2029. Les ressources ainsi libérées pourraient être affectées à des mesures politiques plus efficaces qui contribueraient réellement à l’emploi durable et à la croissance économique.

Meer artikels over

emploi budget fiscalité

Related articles